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Alicia Keys a décidé de ne plus se maquiller et le monde est devenu fou

Alicia Keys et son mari Swizz Beatz au MTV Video Music Award, le 28 août 2016 à New York Larry Busacca/Getty Images/AFP

Alicia Keys et son mari Swizz Beatz au MTV Video Music Award, le 28 août 2016 à New York Larry Busacca/Getty Images/AFP

La chanteuse Alicia Keys a décidé d’arrêter de se maquiller, provoquant un raz-de-marée de réaction des journalistes et des internautes. Des réactions qui en disent long sur notre façon de concevoir la beauté féminine.

Attention, âmes sensibles s’abstenir. Les lignes qui vont suivre vont sans doute vous choquer. On va parler d’absence de maquillage. Le 31 mai dernier, la chanteuse Alicia Keys publiait un article dans la newsletter de Lena Dunham, Lenny, pour parler de la pression mise sur son image et de sa peur panique de sortir sans maquillage. L'artiste mettait là le doigt sur un point très sensible. Le maquillage est parfois un masque qu’on met pour se rassurer. Elle a fait le choix d’enlever le masque pour un shooting photo et s’est sentie libérée. «Je prie Dieu que ce soit une révolution», écrit-elle.

Depuis la pop star se montre à tous les événements sans une once de maquillage, que ce soit à la Convention démocrate ou aux MTV Video Music Awards. Et bien entendu, en interview, on ne lui parle plus que de ça. Dans l’émission Today, elle se retrouve face à une équipe de journalistes qui lui parle de ses projets pour enchaîner au bout de deux minutes sur son choix de ne plus se maquiller. Si beaucoup soutiennent la chanteuse sur sa décision, certains ne sont pas forcément pour, y voyant une nouvelle injonction. Les médias s’affolent, parlant d’un nouveau mouvement. Le tout prend tellement d’ampleur que le propre mari de la chanteuse a publié une vidéo où il exprime toute son incrédulité:

«C’est fou. Certains deviennent fous chez eux parce que quelqu’un ne porte pas de maquillage?»

La chanteuse a elle-même dû s’exprimer sur le sujet, rappelant que son choix était personnel.


Tout le foin qu’on fait autour de la décision de la chanteuse est symptomatique de notre société, raconte le New York Times.

«Tout est tellement famillier, explique la féministe et auteur américaine Letty Cottin Pogrebin. Alicia Keys pourrait s’inspirer de l’orthodoxie pas-de-maquillage des mouvements féministes d’il y a quarante ans. Je n’avais jamais entendu parler d’elle auparavant, mais maintenant je la suivrais n’importe où. Ce qu’elle fait est un vrai éveil des consciences. Elle ne parle pas seulement de la tyrannie du maquillage. Elle parle de l’authenticité féminine. Elle se confronte aux standards de féminité et à l’incessante industrie de la beauté.»

Surtout que la posture de la jeune femme intervient à un moment où on est inondé de pubs de maquillage et surtout de tutos «comment se faire une belle peau» et où les magazines nous apprennent la technique du strobing et du contouring.

«Ce sont des looks extrêmes –on ne les avaient pas vu depuis les années 1980. On est en pleine culture selfie et là, quelqu’un comme Alicia Keys arrive et dit “je ne le ferais pas” et les gens perdent la tête», explique Linda Wells, fondatrice d’Allure.

Vision de la beauté

Car ce qu’on interroge ici, c’est bien la vision de la beauté des femmes, sans arrêt montrée du doigt, commentée et soumise à de nombreuses injonctions. On demande toujours aux femmes d'être souriantes et belles. 

«Bien entendu, ce n’est pas qu’une question de maquillage. Je ne pense pas que les gens se rendent compte à quel point il est difficile pour une femme comme Alicia Keys de s’inquiéter en permanence de son apparence. C’est le monde horrible dans lequel nous vivons. Soyons juste sympas entre nous, et ne jugeons pas autant», explique la maquilleuse Bobbi Brown, propriétaire de la marque du même nom.

Tout le problème est là, nous sommes toujours bons à critiquer et les femmes, si elles sont les victimes, sont aussi les bourreaux (les hommes aussi ne s'en privent pas, soyons bien clairs). La journaliste Anne Kramer, qui a choisi de garder ses cheveux gris, a raconté son expérience dans un livre. «Les femmes étaient les plus critiques», regrette-t-elle. La gymnaste Gabby Douglas, lors des Jeux olympiques de 2012, voyait sa coiffure constamment pointée du doigt, et par des femmes. 

Critiquer une femme pour son choix voudrait ainsi dire quelque chose de nous-même. Le maquillage, comme le fait de teindre ses cheveux blancs, est parfois une façon de se cacher. Quand quelqu’un décide de ne plus le faire, on se prend ainsi sa propre attitude au visage. Pourquoi est-ce que je me maquille? Pourquoi est-ce que je me teins les cheveux?

Mais finalement, la meilleure attitude à avoir, c’est de faire ce qui nous plaît et d’envoyer au diable les jugements. Vous ne voulez pas porter de maquillage? Ne le faites pas. Vous voulez mettre du rouge à lèvres, faites-le. Et arrêtons de faire de ces choix personnels des sujets d’actualité.

«Pour moi, nous ne sommes pas des victimes passives. Fais ton choix, comme Alicia Keys. Décide de faire ce qui te rend confiante et apprécie-le», clame Linda Wells.

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