France

La surenchère identitaire bouscule la précampagne présidentielle

Temps de lecture : 4 min

La France ayant apparemment résolu ses problèmes économiques et sociaux, le débat se focalise autour de la question identitaire. Sarkozy, obsédé par sa volonté de réduire Juppé, se livre à une surenchère qui lui fait doubler Le Pen sur sa droite. Et Hollande compte les points.

Nicolas Sarkozy en meeting, le 6 septembre 2016 à Poissy. PATRICK KOVARIK / AFP.
Nicolas Sarkozy en meeting, le 6 septembre 2016 à Poissy. PATRICK KOVARIK / AFP.

La France compte près de trois millions de chômeurs. D'innombrables Français se débattent dans la précarité, quand il ne sont pas tout simplement aux prises avec la pauvreté. La précampagne présidentielle regarde pourtant ailleurs. Sur fond de menace terroriste et de gestion très incertaine de la crise des migrants, le débat se focalise sur la question identitaire. Un thème qui menace même de rebattre les cartes de cette compétition électorale.

Sarkozy plus à droite que Le Pen?

Nicolas Sarkozy chercherait-il à doubler Marine Le Pen sur sa droite pour mieux enfoncer son rival Alain Juppé? C'est l'étrange impression que donne, ces derniers temps, l'ancien président de la République.

Celui-ci ne se contente pas de brocarder «l'identité heureuse» chère au maire de Bordeaux et de s'en prendre aux «accommodements raisonnables» avec l'islam qu'il avait prôné. L'ancien président des Républicains cible, discours après discours, un «islam radical» perçu de manière plutôt large. «Dans nombre de villes de France, les femmes de certains quartiers sont de plus en plus voilées», s'indigne-t-il ainsi au cours d'un développement sur la dangerosité de l'islamisme.

«Nous ne voulons pas de gens qui se considèrent purs et nous considèrent impurs. Nous ne voulons pas de gens qui nous méprisent parce que nous ne partageons pas leur foi», a-t-il encore proclamé à Provins (Seine-et-Marne). «Ces gens-là n'ont rien à faire chez nous!» Le moins qu'on puisse dire est que, dans le climat tendu actuel, ce genre de propos ne va pas dans le sens de l'apaisement.

Marine Le Pen apaisée

Il tranche avec la retenue à laquelle s'astreint Marine Le Pen. Sur TF1, la présidente du Front national répond clairement «Oui» à la question de savoir si l'islam est compatible avec la République. A l'appui de son slogan de la «France apaisée», elle souligne que sa politique «ne vise en aucune manière à opérer des discriminations» à l'égard des musulmans.

Le Pen brandit encore une vigoureuse profession de foi antiraciste qui fera bondir la mouvance identitaire radicale: «Je ne définis pas la France par une couleur de peau. Je mets sur le même plan ceux qui veulent imposer une France métissée» et ceux qui «veulent une France blanche».

La dirigeante frontiste s'est même permis le luxe de refuser la création de centres préventifs pour «tous les individus français fichés et susceptibles de constituer une menace pour la sécurité nationale», comme n'a pas craint de le proposer l'ancien chef de l'Etat. Signe des temps, Le Pen se veut aujourd'hui plus respectueuse de «l'État de droit» que Sarkozy...

Les postures de l'un et de l'autre ne doivent toutefois pas faire oublier que les propositions de la présidente du FN vont globalement plus loin que celles du premier président LR. La première veut ainsi supprimer le «droit du sol» alors que le second entend seulement le réduire. De même Le Pen souhaite-t-elle abroger le regroupement familial que Sarkozy voudrait le «suspendre».

Il n'empêche que la radicalité sarkozyenne permet au FN de franchir une nouvelle étape dans son entreprise de «dédiabolisation». Par comparaison, son discours sur l'immigration ou l'islam ne paraît plus si extrémiste.

Les dernières intentions de vote suggèrent, par ailleurs, que Le Pen n'est pas affaiblie par la concurrence d'un Sarkozy chassant sur ses terres, bien au contraire. Le vote FN est tellement associé, dans l'opinion, aux préoccupations identitaires qu'il profite du contexte actuel sans avoir besoin de hausser le ton.

La félicité identitaire de Juppé

Le durcissement identitaire de Sarkozy vise toutefois d'abord à lui faire gagner la primaire de la droite en mobilisant à son profit le noyau électoral du bloc conservateur. Les dernières enquêtes portant sur la consultation de novembre semblent effectivement faire état d'une réduction de l'écart le séparant de Juppé, son principal concurrent.

Le match oppose, sur ces plans, deux leaders politiques au discours très contrasté. La meilleure défense étant l'attaque, Juppé prend désormais un malin plaisir, comme il l'a fait à Strasbourg, à décliner son «identité heureuse», entendue comme un «idéal» et non «un état de fait», contre «les prophètes de malheur».

Le maire de Bordeaux a abandonné la dangereuse thématique des «accommodements raisonnables» avec l'islam pour délivrer un discours à la fois ferme et ouvert sur ces questions. Juppé veut ainsi conditionner le droit du sol tout comme le regroupement familial. Il prône également «un accord solennel entre la République et les représentants du culte musulman» autour d'une «charte de la laïcité».

Mais l'ancien premier ministre se pose simultanément en champion des «identités réconciliées», de «l'addition des différences», du «dialogue entre la diversité de nos racines et l'unité de notre nation». Toutes choses foncièrement différentes du discours sarkozyen exigeant «l'assimilation» à la «France éternelle» des nouveaux arrivés.

Cette position équilibrée est susceptible de plaire à une majorité de Français, désireux que la République soit respectée par tous mais inquiets d'un possible durcissement des tensions entre les communautés. Il n'est pas certain qu'elle soit un atout électoral au stade de la primaire. Si cette compétition ne devait n'attirer qu'un nombre réduit de participants, la radicalité de Sarkozy pourrait se révéler payante.

Hollande dans le ni-ni

Le président de la République s'est, lui aussi, essayé à l'exercice de la définition identitaire à l'occasion de son discours sur le terrorisme salle Wagram. Mais sur ce sujet, comme sur bien d'autres, son propos est tellement balancé et général qu'il a du mal à emporter la conviction.

«Notre identité, parlons-en, c'est notre histoire, notre culture, nos valeurs notre mode de vie», a-t-il estimé. «L'identité n'est ni heureuse ni malheureuse.» Et encore: «La France est bien plus qu'une identité, c'est une idée, un projet.» Vient alors le couplet attendu sur le risque de la «fermeture»: «Le danger serait que face à l'épreuve la France doute d'elle-même, qu'elle s'arrête, se rétracte, se replie, se referme.»

Un tel discours a fort peu de chances d'être entendu par tous ceux qui s'inquiètent, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, du devenir de la «cohésion nationale» vantée par le président de la République. La situation désespérée qui demeure la sienne dans les dernières enquêtes d'intentions de vote en témoigne. Pendant que la droite est au prises avec la surenchère identitaire, la gauche semble tentée de pratiquer l'évitement identitaire.

Newsletters

Avec Monique Villemin, un personnage-clé de l'affaire Grégory disparaît

Avec Monique Villemin, un personnage-clé de l'affaire Grégory disparaît

La grand-mère du petit garçon est décédée le 19 avril à l'âge de 88 ans. A-t-elle emporté le secret dans sa tombe?

Ensemble

Ensemble

Lentement mais sûrement pas

Lentement mais sûrement pas

Newsletters