France

Et si on plébiscitait les candidats qui ont vraiment confiance en la France?

Eric Le Boucher, mis à jour le 15.09.2016 à 14 h 16

Alors ma France chérie? Heureuse?

Sourire | Stéphanie via Flickr CC License by

Sourire | Stéphanie via Flickr CC License by

«La France est bien plus qu’une identité, c’est une idée», dit l’un, François Hollande. «Contre vents et marées, je porte une idée, presque un idéal, celui de l’identité heureuse», dit l’autre, Alain Juppé. Les deux sont des camps politiques opposés, gauche et droite, les deux sont dans le même camp sur leur vision de «l’identité», sur leur «idée» de la France. La ligne de partage ne passe pas là.

Les deux discours –lors du colloque sur la démocratie le 8 septembre pour le chef de l’État, lors d’un déplacement le 8 juin à Lille pour le maire de Bordeaux– se ressemblent sur le fond. Ils voient la singularité française comme une force positive, celle d’un projet, d’une construction qui s’est bâtie dans un long passé et qui se fera encore. La France a et est un avenir. Juppé parle de «tension créatrice», d’un «dialogue entre la diversité de nos racines et l’unité de notre nation». Hollande évoque «un mouvement perpétuel», «le projet qu’elle (la France) porte, c’est cette exemplarité, c’est cette confiance dans la démocratie».

Confiance est le mot qui fait nouvelle frontière. Alain Juppé comme François Hollande ont «confiance» dans la force de la France à assimiler les identités différentes. L’immigration pose d’immenses problèmes, aucun n’en doute évidemment, à commencer par le cancer terroriste. Mais rien ne peut empêcher la France des libertés, le pays de la démocratie, de triompher contre l’État islamique par les armes (Hollande). Si elle sait rester elle-même, phare de la liberté, entreprenante, inventive, ouverte, la France a tous les atouts pour être «heureuse», dit Alain Juppé.

Insistant sur ce thème, malgré les critiques à boulets rouges contre lui, il affirme son «optimisme». À Strasbourg, il cite l’Alsace, une région qui offre «l’exemple d’une population ouverte sur son voisinage et sur le monde» et qui a réussi la transformation «des identités de combat en identités réconciliées». La France a été «un puissant aimant depuis des siècles» grâce à ses idées et ses valeurs, elle doit le rester.

LE grand défi de 2017

Dans ce camp des confiants, on trouve chez les Républicains, Bruno Le Maire, comme il l'a montré le 8 juin dernier sur France 2:

«Ce qui me plaît, c'est le terme de culture. L'identité, ça vous enferme. L'identité, c'est immobile. La culture française, elle, elle est vivante. Elle bouge. Elle s'enrichit de plein d'apports extérieurs. Et c'est justement parce que cette culture est forte, qu'elle repose sur la création, sur la mémoire, sur l'histoire, sur notre langue française qui est quelque chose qui n'est pas négociable, qu'on peut faire de la culture, peut-être, LE grand défi de 2017. Il faut que nous retrouvions notre culture française pour inventer notre avenir.»

En face, les craintifs. Ils ont peur d’une dilution de la France, du «grand remplacement» à la Houellebecq. Tout au bout à droite, une Marion Maréchal-Le Pen, députée Front National du Vaucluse. «Je suis de droite, souverainiste, identitaire», explique-t-elle mercredi 8 juin, sur BFM-TV. Elle veut défendre l’«identité française» contre l’islam radical, le multiculturalisme, le «communautarisme», le «métissage imposé».

Est-ce que l’islam est compatible avec la République: c’est aux musulmans de répondre

Marine Le Pen

En dehors d’elle qui milite clairement pour une France chrétienne et blanche, les positions sont plus diverses mais elles ont en commun d’être toutes défensives. Marine Le Pen refuse l’idée d’une «France blanche» mais elle plaide pour le rétablissement à l’extérieur des frontières et à l’intérieur d’une laïcité stricte:

«Est-ce que l’islam est compatible avec la République: c’est aux musulmans de répondre. Je crois que oui. Un islam tel que nous l’avons connu, laïcisé, oui. (…) Je ne définis pas la France par une couleur de peau. Ce qui est important c’est le sentiment d’appartenance à la nation française.»

Nicolas Sarkozy, avant-hier proche des idées identitaires d’un Patrick Buisson s’en est repenti en 2015. Il y revient aujourd’hui.

«La France que nous avons cru éternelle comme ses landes de granit breton ou ses grands plateaux de l'Aubrac, la France n'est-elle pas en train de se dissoudre, de s'effacer, de disparaître à coup de renoncements, de lâchetés, de reculs, de démissions? Cette question est essentielle car elle constitue le véritable sens des échéances politiques qui nous attendent dans moins d’un an.» 

Et de brocarder Alain Juppé. «Il n'y a pas d'identité heureuse quand des milliers de Français nés en France, élevés en France en viennent à haïr à ce point leur patrie. (…) Il n'y a pas d'identité nationale heureuse quand la politique menée conduit à ce qu'il n'y ait plus une seule France, mais une agrégation de communautés, d'identités particulières, où le droit à la différence devient plus important que la communauté de destin.»

«Un universalisme qui défait les liens et abolit les frontières»

L’ancien chef de l’État dénonce «les élites» qui laissent la dilution se faire. «Nos prétendus progressistes considèrent que le dépassement de notre identité est la condition de ce nouvel universalisme, un universalisme qui défait les liens et abolit les frontières.» Il faut «un réveil de la Nation», défendre l’autorité et le pouvoir de la majorité.

«Pourquoi, dans la société multiculturelle, tout le monde aurait-il le droit de cultiver sa différence, tout le monde sauf la majorité, tout le monde sauf le Peuple français qui commettrait un crime contre l’altérité en voulant demeurer lui-même?»

«L’identité indépassable» de Nicolas Sarkozy ou «la société de confiance» telle que veut la construire Alain Juppé? «Le danger, dit François Hollande, serait que face à l’épreuve, la France doute d’elle-même, qu’elle s’arrête, se rétracte, se replie, se referme», et en somme «qu’elle tourne le dos à sa mission»

Vision défensive ou confiance dans l’harmonie «entre notre diversité et notre unité» (Juppé)? La question de l’identité et celle, connexe, des élites et du peuple, font apparaitre des frontières politiques toutes neuves et radicales. Gauche contre droite, les barrières ne sont plus là. Les nouvelles passent au sein des anciens partis et elles sont très hautes.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (535 articles)
Journaliste
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