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Les attentats en France ont exacerbé l'islamophobie aux États-Unis

Un partisan de Donald Trump manifeste à Cleveland, dans l'Ohio, près de la Convention nationale des Républicains le 18 juillet 2016. (JIM WATSON / AFP)

Un partisan de Donald Trump manifeste à Cleveland, dans l'Ohio, près de la Convention nationale des Républicains le 18 juillet 2016. (JIM WATSON / AFP)

Agressions, menaces, meurtres... Depuis les attentats du 13 novembre à Paris, l'Amérique souffre d'une islamophobie croissante.

«Barrez-vous des États-Unis, espèce de salopes!» La scène se déroule en pleine rue à Brooklyn: une femme en agresse deux autres, âgées de 23 et 24 ans, alors qu’elles se baladaient, poussettes en main et foulard sur la tête, que l’auteure de l’agression tentera d’arracher.

Le climat est tendu aux États-Unis: ce type d’agression arrive aussi bien dans la rue, que dans un avion ou dans une cour de récréation.

D’après l’initiative Bridge, lancée par l’université de Georgetown à Washington, qui recense pas moins de 119 actes islamophobes entre le mois de novembre 2015 et mars 2016 sur le sol américain, «il n’y a jamais eu autant de crimes de haine commis contre des musulmans depuis le 11-Septembre»

Menaces, pyromanie et meurtres

Quinze ans après, le week-end du 11-Septembre n’a pas seulement été un moment de commémoration. Ces deux jours ont eux aussi été émaillés d’incidents islamophobes. Dans la nuit du 10 au 11 septembre dernier, une femme musulmane a étépris feu à Manhattan. Originaire de Glasgow, la femme de 35 ans –qui s’était arrêtée devant la vitrine d’une boutique de luxe– a senti l’une des manches de son habit traditionnel prendre feu. Ce n’est qu’après l’avoir éteint que la victime a remarqué qu’un homme se tenait à proximité, un briquet à la main. Le lendemain, ce sera au tour de la mosquée floridienne autrefois fréquentée par l'auteur de l'attentat d'Orlando de prendre feu

Les actes islamophobes ne se limitent pas seulement aux confrontations à caractère raciste plus ou moins violentes et à la pyromanie, ce sont aussi des lettres de menaces, parfois de mort, quand ce ne sont pas carrément des meurtres. Nazma Khanam n’a pas survécu aux coups de couteaux qui lui ont été portés le soir du 31 août dernier, alors qu’elle sortait tout juste d’une mosquée du Queens, à New York. Une affaire qui survient quelques semaines après qu’un imam et son assistant ont été tués d’une balle dans la tête en plein jour, dans le même quartier new-yorkais.

Amalgames post-attentats

«C’est symptomatique d’une hausse générale du sentiment islamophobe. Notre société a connu un pic d’agressions et de crimes haineux à travers l’ensemble du pays pendant toute l’année», déplore Ibrahim Hooper, le porte-parole du Conseil des relations entre l’Amérique et l’Islam, dans une interview accordée à The Independent.

Depuis les attentats du 13 novembre à Paris, la France n’est pas le seul pays à souffrir d’une islamophobie croissante. Selon le Conseil des relations entre l’Amérique et l’Islam, les attentats survenus à Paris en novembre 2015 marquent le point de départ de ce qu'ils observent aujourd'hui. À l’époque, des chercheurs ont établi que 68% des tweets haineux vis-à-vis des musulmans ou des réfugiés publiés au lendemain des attaques parisiennes venaient des États-Unis.

Alors que Trump appelle à la fermeture des mosquées, les attaques islamophobes en décembre 2O15 ont triplé

Bien sûr, le pays a connu des vagues de violence à l’encontre des musulmans après le 11-Septembre. Depuis, les États-Unis ne s’en sont jamais vraiment remis: des soupçons complotistes ont longtemps pesé sur la confession de Barack Obama. En juillet 2014 déjà, le Pew Research Center estimait que les musulmans formaient le groupe religieux le moins apprécié par les Américains, juste après les athées. Mais la vague de haine commencée en 2015 est particulièrement intense. Les statistiques des semaines ayant suivi les attaques de Paris et de San Bernardino ont montré que les crimes islamophobes avaient été multipliés par trois sur le sol américain, selon Brian Levin, directeur du Centre pour l’étude de la haine et de l’extrémisme.

Donald Trump attise

Les attentats de Paris et San Bernardino ne sont probablement pas les seules causes de la hausse de l’islamophobie constatée aux États-Unis. Impossible d’ignorer les discours de Donald Trump, qui a multiplié les propos anti-musulmans pendant ses apparitions télévisées.

«Alors que Trump appelle à la fermeture des mosquées quelques jours après les attaques de Paris et San Bernadino, les attaques islamophobes du mois de décembre 2015 ont triplé. Un tiers de ces attaques ont ciblé des mosquées», analyse Bridge.

 Au moins trois des agressions islamophobes recensées entre mars 2015 et mars 2016 impliquaient des sympathisants du candidat à l’élection présidentielle américaine.

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