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L'Allemagne peut se permettre un choc fiscal, pas la France

Oriane Claire, mis à jour le 05.11.2009 à 19 h 12

L'Allemagne entend relancer son économie par une vague de baisse d'impôts. Ces finances publiques et ses excèdents commerciaux lui donnent cette marge de manoeuvre.

L'Allemagne se lance un nouveau défi: relancer son économie par une vague de baisse d'impôts. Une série d'allègements fiscaux de 24 milliards d'euros est prévue d'ici 2011. Au programme: une diminution d'impôts sur les sociétés et des droits de succession, une augmentation des allocations familiales et aucune coupe prévue dans les budgets sociaux. Les déficits de l'Agence pour l'emploi et des caisses d'assurance maladie ne seront pas compensés par des hausses de cotisations salariales.

Une fois n'est pas coutume l'Allemagne rompt avec l'orthodoxie budgétaire qui avait guidé jusqu'à présent sa politique économique.  Est-ce une bonne nouvelle? Sûrement, en particulier dans un pays qui peine à consommer et dont l'industrie a besoin de rester compétitive alors que l'économie mondiale montre des signes de relance.

Un vaste programme qui tombe à pic pour la France. Notre partenaire privilégié va enfin se montrer plus détendu sur la situation de ses finances. Une mutation saluée de toute part dans l'Hexagone et qui va sûrement motiver les pouvoirs publics en France à accorder davantage aux salariés et aux entreprises. Si l'Allemagne tente une nouvelle stratégie, celle d'une baisse de sa fiscalité, il est de l'intérêt immédiat de la France d'emboîter le pas, nous explique-t-on. Rien ne sert d'aller à contre sens.

Il faut néanmoins se rendre à l'évidence: nos marges de manœuvre sont largement plus faibles qu'Outre -Rhin. D'une part, notre niveau de déficit est bien plus alarmant que celui de nos voisins. Il devrait atteindre 8,5% du PIB cette année contre 4,9% en Allemagne. Par ailleurs, notre chômage explose, enregistrant un taux fin du deuxième trimestre de 9,4% de la population active. L'INSEE a recensé près de 485 000 emplois salariés détruits depuis le début 2008. La barre des 10% devrait être dépassée fin 2009 et d'ici 2011 aucune amélioration n'est attendue sur le front de l'emploi. En Allemagne, la situation n'est guère reluisante. Néanmoins, le chômage n'augmente pas aussi vite que prévu. On évaluait le nombre de chômeurs à 3,7 millions de personnes, au final il ne dépassera pas 3,5 millions soit un taux de chômage de 8.3%. Donc bien en deçà de nos statistiques.

Alors, inciter les Allemands à consommer et à produire en restant compétitifs dans un contexte de globalisation a du sens lorsqu'ils continuent de travailler et que leurs entreprises continuent de vendre leurs produits.  En France, la situation est différente. La dégradation du marché de l'emploi ne pourra pas soutenir la consommation, et les entreprises courbent le dos en attendant que l'orage passe.  A tel point que le gouvernement a décidé de lancer un grand emprunt national pour prendre le relais du manque structurel d'investissement privé dans la sphère réelle. Et même si aujourd'hui, on ne connaît pas le montant de ce vaste plan industriel, il va de soi que les finances publiques ne devraient pas en sortir indemnes.

Rien ne sert de se voiler la face, les mesures budgétaires qui ont été prises pour soutenir l'économie devront à terme être transformées en impôts. Pour Jean Pisani Ferry, économiste, «il ne sera pas possible de compter sur la seule reprise, parce qu'une partie des recettes disparues ne reviendront pas et parce qu'il faudra payer pour la charge de l'endettement supplémentaire, alors même que le vieillissement de la population commencera à peser sur les finances». La dégradation des comptes publics et notre incapacité à générer une croissance forte risquent in fine de coûter très cher au contribuable.

Les mesures de baisses d'impôts décidées par les allemands ne devraient pas nous conforter dans notre penchant naturel pour une politique budgétaire expansionniste. Outre-Rhin, ces mesures font suite à un nouvel amendement à la Constitution, voté en juillet dernier, qui prévoit de réduire fortement la capacité de l'Allemagne à accumuler des déficits. Selon celui-ci, le déficit structurel du gouvernement central ne pourra pas excéder 0,35% du PIB à partir de 2016 et les Länder ne pourront plus afficher de déficit à partir de 2020. En France, ce sujet ne fait même pas débat. Les politiques préfèrent nous faire rêver. Il n'y aura pourtant pas de miracle à attendre concernant l'impôt et la dette.

Oriane Claire

Lire également sur les politiques économiques de l'Allemagne et de la France: L'Allemagne et la France sur des trajectoires divergentes et Le déficit doit être détruit avant qu'il nous détruise.

Image de Une: L'horloge de la dette allemande à Berlin Fabrizio Bensch / Reuters

 

 

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