Science & santé

«J’ai du mal à me dire qu’il faudra jouer le jeu alors que je sais désormais que ce n'est pas mon fils»

Lucile Bellan, mis à jour le 13.09.2016 à 16 h 18

Cette semaine, Lucille conseille Franck, un homme destabilisé depuis qu'il a appris qu'il n'était pas le père biologique de son unique enfant.

 Retour du fils prodigue  | par Pompeo Batoni via Wikimedia CC License by

Retour du fils prodigue | par Pompeo Batoni via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Il y a quelques mois, à l’occasion d’examens médicaux, j’ai découvert que mon fils, aujourd’hui âgé de 33 ans, n’était pas mon fils biologique. Nos groupes sanguins sont, en effet, incompatibles.

Je ne lui ai rien révélé de cette découverte, mais, après quelques semaines de réflexion, j’ai décidé d’en parler à ma femme, sa mère, qui m’a avoué qu’au moment de la naissance elle avait eu «un doute», mais qu’elle l’avait relégué au fil du temps dans les «oubliettes de sa mémoire».

D’un commun accord, nous avons décidé de ne rien révéler à notre fils, de crainte de le déstabiliser. S’il semble aujourd’hui relativement solide et sûr de lui, il est passé en fin d’adolescence par des épisodes de «bouffées délirantes» qui nous avaient beaucoup inquiétés et qui ont débouché sur plusieurs hospitalisations en service psychiatrique.

Le secret a partie liée avec le mensonge et la culpabilité, toutes choses auxquelles je pensais pouvoir échapper

Mais ce qui est devenu, bien malgré moi, un «secret de famille» me pèse et m’angoisse. Le secret a partie liée avec le mensonge et la culpabilité, toutes choses auxquelles je pensais pouvoir échapper, alors que, par ailleurs, ma vie m’apporte beaucoup de satisfactions. Je crains aujourd’hui que cette vérité que je ne peux pas révéler ne me mine intérieurement et ne me rende malheureux.

Ce fils est le seul enfant que j’ai eu, je ne sais pas comment me comporter, à terme, à l’égard d’un «vide» que je ne soupçonnais pas. J’ai du mal à me dire qu’il faudra continuer à jouer le jeu, à répondre à toutes les questions concernant mon fils, alors que je sais très bien qu’il ne l’est pas. Je suis contraint par les circonstances de me comporter en schizophrène et je ne le veux pas. Que faire?

Franck

Cher Franck,

Je crois au poids du mensonge. Je crois qu’un secret larvé peut être dévastateur sur plusieurs générations. C’est pourquoi, quoi qu’il arrive, je vous conseille d’aller voir un professionnel avec votre femme pour aborder le problème puis décider de la marche à suivre concernant votre fils. Psychologue, psychiatre, seul un tiers habilité pourra vous aiguiller sur le quand et le comment de l’annonce.

Je dis «votre fils» parce la personne que vous avez éduqué et aimé pendant des années est bien votre fils. Ses gênes n’ont rien à voir avec le lien que vous avez tissé, les expériences et les souvenirs partagés. C’est votre fils, le seul que vous avez eu, celui qui a partagé votre vie pendant trente-trois ans et ne mérite pas d’en être balayé pour une histoire dont il n’est pas responsable.

Ce secret dévoilé ne remet pas en cause l’implication que vous avez eu

Ce secret dévoilé ne remet pas en cause l’implication que vous avez eu dans votre relation pendant trente-trois ans. Et il pourrait même renforcer encore un peu plus votre lien. On dit souvent que les enfants choisissent leurs parents, ici c’est à vous de «choisir» votre fils. De confirmer par votre attitude l’amour que vous avez pour lui et qui n’est pas dépendant de liens du sang.

Je ne juge pas vos doutes. J’imagine qu’à cause de ce sinistre hasard, vos certitudes se retrouvent bousculées. Cette découverte mérite-t-elle de détruire votre vie, celle de votre épouse et celle de votre fils, pour une histoire qui date de trente-trois ans?

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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