Monde

Le vote des électeurs blancs américains, symbole d'un pays en crise

Temps de lecture : 4 min

Les blancs qui ont fait des études votent massivement Clinton, les autres Trump. Une division inédite dans l'histoire politique américaine.

Lors du Young Values Voters Summit, le 9 septembre 2016 à Washington D.C. CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.
Lors du Young Values Voters Summit, le 9 septembre 2016 à Washington D.C. CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Aux États-Unis, la course à la présidence s’accélère et au moins un sondage relativement cohérent donne Donald Trump en tête. Une enquête nationale CNN/ORC publiée le 6 septembre et conduite entre le 1 et le 4 septembre montre Trump devançant Clinton de deux points de pourcentage, 45% à 43%, parmi les électeurs probables d’une élection à quatre candidats (chez les électeurs inscrits, Clinton mène 44% à 41%). Le sondage montre une progression de la popularité de Trump auprès des indépendants et une consolidation du soutien dont il bénéficie auprès des Républicains.

Certes, ce n’est qu'un sondage parmi d’autres. Celui de NBC News/Survey Monkey publié le même jour montre Clinton en tête de 4 points de pourcentage, sachant qu’il lui reste bien plus de régions à visiter dans sa campagne pour remporter les 270 voix du collège électoral que Trump. Si une dérouillée de dernière minute reste une possibilité, le résultat sera sûrement plus serré que ce que veulent bien reconnaître les partisans de Clinton qui hurlaient «VICTOIRE!» il y a quelques semaines. Le président Obama devançait Mitt Romney de 4 points de pourcentage à l’échelle nationale en 2012. On y est.

Au-delà de cela, les marges dans les différentes tranches démographiques ressembleront à peu près à ce qu’elles étaient en 2012. Clinton remportera les suffrages des électeurs noirs, hispaniques et asiatiques avec des marges stupéfiantes. Trump remportera tranquillement ceux des blancs.

Ce sera le choix que feront les catégories d’électeurs blancs qui rendra cette élection totalement différente des autres.

En 2012, le niveau d'études ne faisait pas grande différence

Le point d’articulation de cette élection est le niveau d’études chez les électeurs blancs. En 2012, selon les sondages à la sortie des urnes, Romney a remporté la majorité des suffrages des blancs avec 59% contre 39% pour Obama. Le niveau d’études ne faisait pas une grande différence: Romney avait remporté 61% des voix des blancs sans diplôme du supérieur et 56% de celles des blancs ayant fait des études.

Considérons maintenant le sondage CNN/ORC, qui, toutes réserves gardées, montre à quoi ressemblerait une coalition gagnante pour Trump. Comme Romney, Trump est en tête chez les électeurs blancs d’une vingtaine de points de pourcentage, 54 à 33%, et affiche moins de 20% chez les électeurs non-blancs. En regardant d’un peu plus près sous le capot, on constate cependant que les électeurs blancs sont divisés. Trump retient 66% des blancs qui n’ont pas de diplôme universitaire, contre 23% pour Hillary Clinton. En revanche, Clinton est en tête parmi les blancs diplômés du supérieur, 49% à 35%. Les Démocrates n’avaient pas remporté les voix des diplômés blancs depuis des dizaines d’années –même pas lors de leur victoire écrasante de 1964!– et là, Clinton s’apprête à les empocher confortablement... tout en perdant les blancs non-diplômés par 33 catastrophiques points de pourcentage. Pour Romney, la division entre les blancs diplômés du supérieur et ceux qui ne l’étaient pas représentait 5 points de pourcentage. Dans ce sondage, elle se monte à 31 points.

Globalement, selon les sondages de sortie des urnes de 2012, Obama avait remporté les voix des diplômés du supérieur de 2 points de pourcentage, 50 à 48%, et ceux des non-diplômés de 4 points, 51 à 47%. Selon ce sondage, Clinton mène chez les diplômés de 27 points, 56 à 29%, et perd chez les non diplômés de 15 points de pourcentage, 36 à 51%.

Voilà où en est l'élection. Et cela permet de comparer utilement le stade de chaque campagne dans la ligne droite qui suit la Fête du travail américaine, le premier lundi de septembre. Donald Trump, par exemple, doit continuer à donner des os à ronger en quantité industrielle à sa base ouvrière blanche tout en essayant de stopper l’hémorragie parmi les diplômés du supérieur blancs. C’est pour cela qu’il a fait un discours très anti-immigration début septembre mais qu’il a aussi pris le temps de poser pour des photos avec le président mexicain et des noirs –non pas parce qu’il a été touché par un soudain œcuménisme ou une toute nouvelle ouverture d’esprit, mais parce qu'il voulait donner à la population blanche diplômée une raison de penser qu’il n’était pas qu’un fanatique sectaire et fou furieux.

Malaise

Pour l’instant, il n’y a aucun moyen de savoir combien de temps dureront les changements de coalition qui marquent cette élection. Mais les leçons que tirera le parti vainqueur d’une élection partagée par ce genre de division donnent déjà une idée de malaise.

Si Hillary Clinton gagne à peu près sans la moindre voix de blanc non-diplômé, les démocrates pourraient se dire qu’il leur est désormais possible de remporter des élections présidentielles sans quasiment le moindre suffrage de cette catégorie de population. Ce qui continuerait de porter préjudice au parti lors des élections de mi-mandat faute d’ajustement régulier du message. Plus important encore: les blancs non-diplômés sont des Américains qui, comme les autres, méritent des réponses ciblées à leurs problèmes, au-delà des rafales de sentimentalisme que Donald Trump utilise, avec succès, pour les séduire.

Si Donald Trump remporte les élections sans les minorités ou les blancs diplômés du supérieur, les républicains pourraient penser qu’ils peuvent désormais remporter la Maison Blanche en continuant d’utiliser le même numéro délirant et extrêmement ciblé qui leur a porté chance lors des élections de mi-mandat. Là, la victime serait la gouvernance responsable.

Lorsque les diplômés et les non-diplômés ont des visions aussi divergentes de l’avenir de leur pays, ce n’est pas le signe d’une république en bonne santé, mais c’est pourtant là où nous en sommes. Et quelle que soit l’issue en novembre, le gagnant ou la gagnante se sentira conforté-e dans ses confortables convictions sur le meilleur moyen de morceler l’électorat.

Jim Newell

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