Israël de plus en plus isolé
La diplomatie israélienne vient d'essuyer une série de rebuffades sans précédent avec la Turquie, le Qatar, l'ONU, la Suède et les Etats-Unis.
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La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton est arrivée tôt dimanche 1er novembre à Marrakech au Maroc, où elle doit poursuivre ses efforts en vue de relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens. La chef de la diplomatie américaine revient du Proche-Orient. Elle s'est entretenue successivement samedi 31 octobre avec le président palestinien Mahmoud Abbas et avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Les Etats-Unis plaident pour une reprise au plus tôt des négociations de paix, interrompues après l'offensive israélienne à Gaza depuis la fin 2008. Benjamin Netanyahou est sous une pression grandissante.
Car la diplomatie israélienne va d'échec en échec. Cette situation voit l'Etat juif perdre un à un des soutiens précieux. Elle est notamment liée à l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de droite contraint de satisfaire l'aile nationaliste de sa coalition.
Après le revirement politique amorcé par la Turquie qui s'est rapprochée de la Syrie et de l'Iran, le parlement du Bahrein vient de voter l'interdiction de tout contact avec l'Etat juif. «Quiconque entretiendra des discussions avec des représentants israéliens sera condamné à une peine de prison de 3 à 5 ans» ont décidé les parlementaires. Cette rupture fait déjà suite à celle de la Mauritanie le 16 janvier. L'un des rares pays de la Ligue arabe à avoir des relations officielles avec Israël avait décidé de rappeler son ambassadeur en Israël et de suspendre ses relations diplomatiques pour protester contre l'offensive israélienne à Gaza. L'ambassade israélienne de Nouakchott a été fermée le 6 mars à la demande des autorités mauritaniennes.
La ministre des affaires étrangères Tsipi Livni, sensible aux contacts tout azimut, s'était déplacée en 2008 au Qatar pour rencontrer au grand jour son homologue omanais dans le cadre d'une reprise de relations diplomatiques. Le sultanat avait rompu ses relations en 2000 à la suite de la deuxième intifada. Ce travail d'approche a été réduit à néant en ce début d'année puisque l'émir du Qatar a proposé aux pays arabes de reconsidérer leurs relations avec Israël en raison de l'invasion de Gaza. Et, pour marquer sa désapprobation, il a décidé de créer un fonds de reconstruction du territoire palestinien en acceptant de verser la somme de 250 millions de dollars.
Pour trouver une situation similaire, il faudrait se reporter à l'année 1973 quand, en conséquence de la Guerre de Kippour, l'Afrique a voulu marquer sa solidarité avec les pays arabes en décidant une rupture collective des relations diplomatiques avec l'Etat juif. Après l'âge d'or des années 1960 où Israël entretenait des relations avec la majorité des pays indépendants d'Afrique, la Guerre de Kippour sonna le glas de relations qui ne reprirent qu'après 1980. De nombreux pays de l'Est avaient alors eux-aussi entériné cette décision de rupture. Israël, qui voit le vide se faire autour de lui aujourd'hui, a peur d'une contamination qui risque de lui enlever ses derniers soutiens.
La situation avec l'Europe n'est pas meilleure puisque les alliés historiques se rebiffent aussi. La Suède et Israël se sont trouvés au bord d'une rupture diplomatique en août 2009 lorsque le gouvernement israélien a exigé que Stockholm condamne officiellement un article de pressé jugé antisémite. Dans cette ambiance tendue, le ministre des affaires étrangères suédois avait refusé de recevoir, le 25 septembre, son homologue israélien Avigdor Lieberman par ailleurs persona non grata en Europe occidentale.
Les rapports avec l'ONU sont à l'avenant. La décision du Conseil des droits de l'Homme d'appuyer la résolution préparée par les palestiniens n'a pas surpris les israéliens. En approuvant par 25 voix pour, 6 contre et 11 abstentions le rapport Goldstone dénonçant les «crimes de guerre» commis par Israël lors de la dernière guerre de Gaza, le Conseil a pris le risque d'isoler encore plus l'Etat juif et surtout, de le radicaliser face à un processus de paix figé. Certes, Israël n'attendait aucun soutien de l'ONU puisque des majorités automatiques s'expriment toujours contre lui mais il craint que cette unanimité incite ses ennemis à plus d'intransigeance.
La situation avec les Etats-Unis passe elle aussi par une situation critique. Elle se tend sans que l'on sache jusqu'où peut mener le bras de fer entre Barack Obama et Benjamin Netanyahou. Les Israéliens, qui ont réfuté la doctrine Obama sur le Proche-Orient, ne croient pas à un clash, tout au plus à des frictions, mais ils estiment en revanche qu'un changement notable de cap de la politique internationale est engagé. En dépit des efforts récents de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, les chances de réactiver un processus de paix moribond restent minces d'autant plus que la côte de popularité d'Obama et ses difficultés de politique intérieure ne le mettent pas en état d'exiger de son allié un acte fondateur sans ouvrir un nouveau front contre ses adversaires républicains.
Benjamin Netanyahou est conscient de la situation d'isolement dans laquelle est plongé progressivement son pays et pour cela, après quatre mois de bouderie, il a suscité une rencontre avec la chef de l'opposition Tsipi Livni pour tenter d'enrayer la vague mondiale de désapprobation diplomatique. L'Europe étant aux abonnés absents, les espoirs se tournent à présent vers les pays de l'Est, plus réceptifs depuis la nomination de l'un des leurs aux affaires étrangères israéliennes. Le ministre russe Sergueï Lavrov a été attentif aux arguments de Tsipi Livni puisque la Russie a tenté d'empêcher la tenue d'un débat sur le rapport Goldstone à l'Assemblée Générale de l'ONU.
La France reste un cas particulier dans ce contexte. Le Quai d'Orsay, fidèle à sa tradition héritée du gaullisme, manifeste ouvertement sa position anti-israélienne en étant à la pointe du combat diplomatique contre l'Etat juif. Mais l'originalité de la situation tient au fait que le président Nicolas Sarkozy adopte vis-à-vis d'Israël une attitude plus conciliante, sinon plus tolérante. Les frictions qui en résultent sur les problèmes israélien et iranien donnent à penser que le Quai d'Orsay et Sarkozy ne font pas bon ménage. L'Elysée a adopté, contre la position affirmée en 2007 par Bernard Kouchner, la vision des américains et des israéliens sur la guerre de Gaza. Il a exigé que la France refuse d'apporter son soutien à une résolution dénonçant Israël mais le ministre Kouchner, présent personnellement à New-York, a décidé de voter ce texte contre l'avis du président.
Nicolas Sarkozy n'a pas pris de sanction mais a trouvé la parade en opposant son veto au voyage en Iran que Bernard Kouchner avait préparé de longue date. L'Etat d'Israël n'avait pas apprécié l'activisme du titulaire du Quai d'Orsay et, malgré l'isolement politique qui s'instaurait, il a accru le désamour en refusant d'autoriser Bernard Kouchner à se rendre dans la bande de Gaza du 23 au 25 octobre, dans le cadre d'une tournée Syrie-Liban-Israël. A cette occasion, le chantier de reconstruction de l'hôpital Al-Qods, détruit durant la guerre de Gaza et financé par la France et le Qatar, devait être inauguré.
Les pressions actuelles exercées sur Benjamin Netanyahou risquent de porter des effets inverses à ceux escomptés. Elles risquent de l'acculer à une fuite en avant qui pourrait l'entrainer vers le déclenchement d'un conflit, notamment avec l'Iran. Selon les théories admises, la guerre peut contribuer à maintenir ou restaurer la cohésion d'un pays car «la guerre est l'acte politique par lequel des Etats, ne pouvant concilier ce qu'ils croient être leurs devoirs, leurs droits et leurs intérêts, recourent à la lutte armée» pour citer Thierry Funck-Brentano et Albert Sorel. En tout état de cause, la diplomatie israélienne est actuellement bien en panne ce qui n'est pas de nature à stabiliser la région.
Jacques Benillouche
Lire également sur la politique israélienne: Coup de froid entre Israël et la Turquie, Vers une troisième intifada? et Les risques d'une attaque israélienne contre l'Iran.
Image de Une: Benjamin Netanyahou et Hillary Clinton à Jérusalem Reuters
Mis à jour le 05/11/2009 à 23h52








































Les pressions actuelles exercées sur Benjamin Netanyahou risquent de porter des effets inverses à ceux escomptés. Elles risquent de l'acculer à une fuite en avant qui pourrait l'entrainer vers le déclenchement d'un conflit, notamment avec l'Iran.
J'ai l'impression que depuis l'assassinat de Rabin, Israël est dans une fuite en avant permante. Tôt où tard, interviendra la sortie de route, si aucun homme politique israélien n'arrive à freiner le bolide. Alors est-ce que ce sera l'agression de l'Iran qui sera à l'origine de la sortie de la route ?
"Les pressions actuelles exercées sur Benjamin Netanyahou risquent de porter des effets inverses à ceux escomptés. Elles risquent de l'acculer à une fuite en avant qui pourrait l'entrainer vers le déclenchement d'un conflit, notamment avec l'Iran."
Comme toujours, M.Benillouche tourne comme un chat dans tous les sens en jouant son rôle de critique (bienveillant bien sûr) de l'Israël pour tomber toujours le pied qu'aurait voulu un gouvernement israélien - cette fois-ci le 'menace' de l'Iran.
Si l'Israël est isolé aujourd'hui c'est parce le pays s'est isolé tout seul - par son non respect des décisions de l'ONU depuis 67, par son non respect de ce que le reste du monde considère comme décent et par des actes individuels et collectifs répréhensifs (assassinats politiques, Gaza, les camps Libanais d'antan, la colonisation illégale aujourd’hui).
Ne cherchons donc pas des responsables ailleurs à qui l'on prête trop volontiers le flanc pour excuser ses propres retards et tergiversations systématiques - aujourd'hui l'Iran, avant l'Irak, avant ça le terrorisme (des autres bien sûr pas le sien) etc. etc.
L'ex ambassadeur en France d’Israël, Elie Barnavi, résume bien la situation dans son livre "Aujourd'hui ou jamais". Sur les ondes, un auditeur, sans doute lui-même Israélien, de France Inter a immédiatement contredit ce Monsieur très élégant en ajoutant qu’il ‘ne représentait rien en Israël’
C’est dommage car le monde en a assez de cette injustice trop flagrante et ces manières dilatoires. Il y a des causes beaucoup plus valables ailleurs dans le monde qui demandent autant sinon plus d’attention qu’un pays qui a eu 60 ans pour résoudre ses problèmes avec ses voisins.
Une précision à votre commentaire afin d’expliquer l’intervention de l’auditeur de France-Inter.
Elie Barnavi a été nommé Ambassadeur à Paris sous le gouvernement Barak et sur recommandation de l’ancien ministre des affaires étrangères Shlomo Ben Ami, membre de la délégation israélienne lors de la Conférence de Madrid et membre important de la délégation israélienne au Sommet de Camp David. C’était du temps où la gauche en Israël comptait et où le camp de la paix était au pouvoir.
Elie Barnavi a fait partie de la mouvance « Shalom Archav : La paix maintenant » qui est classifié en Israël comme organisation d’extrême-gauche. Très respecté pour ses idées et son courage politique, il dispose dans son pays d’une faible tribune qui tend à le marginaliser. Si l’on évalue sa force politique en membres de son parti, en députés ou ministres, effectivement « il ne représente rien en Israël » à l’instar d’un Raymond Aron ou Jean-Paul Sartre.
Il maintient la gauche israélienne, malade, sous perfusion tandis que les travaillistes sont en voie d’extinction. Tout comme Shimon Pérès en son temps, il est plus connu et plus apprécié à l’Etranger que parmi les siens, en particulier pour ses écrits. Ses idées iconoclastes font de lui un ennemi des colons et des extrémistes de droite qui fustigent ses contacts étroits avec les palestiniens.
Je vous remercie d'avoir pris le temps d'ajouter un commentaire à mon commentaire. L'avis d'un 'insider' est toujours fructueux.
Mais je n'ai pas dit le contraire de ce que vous dites. Il se peut bien que M. Barnavi soit un 'outsider' dans son propore camp.
J'ai dit, concernant les critiques de M. l'ex-ambassadeur des gouvernements successiifs de votre pays et l'absence d'une voix plus intelligent dans le débat que : "c’est dommage car le monde en a assez de cette injustice trop flagrante et ces manières dilatoires."
Je constate que vous n'avez rien à dire sur ce propos.