HistoireMonde

Ce que les enfants sans pieds retrouvés au Pérou racontent de notre histoire

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 11.09.2016 à 10 h 54

Repéré sur The Guardian, National Geographic, Reuters, MaxiSciences

Capture d'écran Google Maps de Chotuna-Chornancap

Capture d'écran Google Maps de Chotuna-Chornancap

Au Pérou, sur la côte Nord, des archéologues ont retrouvé plus d'une douzaine de tombes remontant au moins au XVe siècle. Le site, Chotuna-Chornancap, est un ancien lieu de pouvoir et de croisement entre plusieurs cultures et le possible centre d'une légendre pré-Incas. Ces ruines comprennent un temple et des pyramides.

Le Guardian, qui relate ces fouilles, explique que six enfants ont été retrouvés dans les tombes, dont deux étaient sans pieds, comme s'ils avaient été coupés. «Leur emplacement a mené les chercheurs à supposer que les enfants avaient été sacrifiés. (...) Les autres tombes contenaient des hommes et des femmes enterrés allongés sur le dos, et certains de leurs os montraient des blessures semblables à celles d'autres victimes de sacrifices de l'époque».

«Nous étudions les sacrifices non pas pour leurs détails sordides, mais parce que de tels rituels donnent des éléments de compréhension sur la culture, l'histoire, la société», a expliqué au Guardian Haagen Klaus, bioarchaéologiste de George Mason University qui a déjà travaillé sur le camp de Chotuna-Chornancap. «Ces sacrifices fournissent des fenêtres vivantes pour mieux observer des rituels qui étaient étroitement liés à l'économie et au politique». Ces sacrifices pouvaient par exemple être exécutés pendant des enterrements.

Ce site de Chotuna-Chornancap fait régulièrement parler de lui dans le cadre de fouilles fructueuses: en 2009, Reuters rapportait la découverte de près de trois douzaines de personnes sacrifiées 600 ans plus tôt. Les corps révélaient des marques de coupures au niveau du coup ou de la clavicule. En 2011, un exécuteur d'élite du XIVe siècle avait été découvert dans l'une des tombes, enterré avec ses couteaux.

Sacrifices d'enfants

En cette même année 2011, la découverte des corps de trois enfants incas inhumés il y a cinq siècles, à plus de 6.000 mètres d’altitude, en Argentine, et retrouvés en parfait état, avait sidéré la communauté scientifique. Les archéologues avaient pu établir avec certitude que les jeunes Incas avaient été victimes de sacrifices humains, lors d'un autre rite, appelé Capacocha.

Rue 89 décrivait alors ce rite, qui s’accomplissait de façon cyclique, pour obtenir les faveurs des dieux. Les enfants étaient sélectionnés pour leur perfection physique parmi les classes dominantes. L’anthropologue Gabriela Recagno précisait:

«N’oublions pas qu’il s’agissait d’un système politique de domination. Dans les régions assujetties se déplaçait un représentant de l’Inca avec un enfant qui allait se transformer en un dieu: il ne mourrait pas et allait pouvoir surveiller tout ce territoire du haut de la montagne. Il devenait un gardien du territoire, un être divinisé. Un système très bien rodé pour, à travers la religion et la peur, exercer une politique de domination à travers les sacrifices. Au sommet, on endormait les enfants, par ailleurs épuisés par une marche de 1 600 kilomètres, avec de "la chicha", un alcool de maïs et sous l’effet du froid, de la basse pression, ils s’endormaient jusqu’à mourir d’hypothermie.»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte