Monde

Ca faisait quoi d'être journaliste, le 11 septembre 2001, à New York?

Temps de lecture : 2 min

11 septembre 2001 après l'effondrement des tours du World Trade Center
ALEXANDRE FUCHS / AFP
11 septembre 2001 après l'effondrement des tours du World Trade Center ALEXANDRE FUCHS / AFP

Dans un long récit sur le blog Making Of de l'AFP, qui raconte les coulisses de l'information au sein de l'agence de presse, Michel Moutot, spécialisé dans les affaires de terrorisme, raconte son 11-Septembre. Les premières images de la première tour, sur une chaîne de télé locale, New York One, la possibilité d'un incendie, l'épaisse fumée, la sidération, le switch sur CNN, qui filme sous un autre angle. Et puis le deuxième avion. 9H03: la certitude d'un attentat.

A quoi pense-t-il? A quelle rapidité envisage-t-il des attentats dans le monde d'il y a 15 ans, celui où l'Etat Islamique n'existe pas, où le quotidien n'est pas rythmé par le terrorisme? Tout de suite, déjà.

«Je pense à "l'opération Bojinka", un complot monté en 1995 par les islamistes radicaux Ramsi Yousef et Khaled Sheikh Momahed qui avaient imaginé détourner des avions de ligne américains au-dessus du Pacifique pour les fracasser contre des bâtiments, éventé par la police des Philippines.»

Plus tard, ce plan sera considéré comme le précurseur des attaques du 11-Septembre, il envisageait le détournement de onze cibles, dont 4 faisaient partie des mêmes objectifs qu'en 2001.

Quelques mois plus tôt, j'avais couvert devant la justice newyorkaise le premier procès des "USA versus Osama bin Laden", celui de lampistes accusés d'avoir participé aux attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998, au cours duquel l'utilisation de Boeing comme missiles avait été évoquée.

STAN HONDA / AFP

Le journaliste, motorisé, doté d'une carte de presse spéciale délivrée par la police de New York, se rend sur le terrain:

«Dans un silence de cathédrale, qu'on ne connait à New York que les jours de tempête de neige, je marche vers le nuage noir, les reflets d'incendie, qu'on devine droit-devant, au-dessus des toits. Ce n'est pas de la neige qui commence à s'accumuler sur la chaussée et les trottoirs, mais une étrange matière, un mélange de cendres, de poussière et de feuilles de papier. Au coin de Greenwich et Harrison, la couche s'épaissit, recouvre tout. La rue, les voitures, les panneaux, les boîtes aux lettres, bouches d'incendie, poubelles, boîtes à journaux, feux rouges, échafaudages, un chien qui devait être brun et s'ébroue sans succès, tout disparaît sous quinze centimètres de talc grisâtre, d'où émergent des millions de feuilles. Le manteau blanc étouffe les sons, les pas. Seules les sirènes de police et des pompiers résonnent au loin. Partout des chaussures, surtout de femmes, hauts talons abandonnés pour courir plus vite.

Il restera une heure à «à croiser des pompiers hagards, des policiers sous le choc, des volontaires de la Croix Rouge désemparés devant l'absence de blessés à secourir», avant de rentrer au bureau pour devoir envoyer de nouvelles dépêches.

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