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Les «panneaux bleus», l'arme fatale anti-réfugiés de Viktor Orbán

Temps de lecture : 3 min

De curieuses affiches taclant Bruxelles ou les migrants ont envahi l’espace public hongrois à l'approche du référendum anti-quotas de réfugiés. Un matraquage auquel participent largement radios et télévisions.

Viktor Orban lors d'un déplacement à la frontière bulgaro-turque, le 14 septembre 2016. NIKOLAY DOYCHINOV / AFP.
Viktor Orban lors d'un déplacement à la frontière bulgaro-turque, le 14 septembre 2016. NIKOLAY DOYCHINOV / AFP.

Budapest (Hongrie)

Pour comprendre, il suffit de se brancher sur Kossuth Rádió, l'une des principales radios hongroises, ou d’emprunter le périphérique de Budapest. Durant votre trajet, vous entendrez ou verrez probablement le message suivant: «Depuis le début de la crise migratoire, près de 300 personnes sont mortes en Europe suite à des attentats terroristes.» Spot approuvé et réalisé par le gouvernement hongrois, balance la voix de baryton déclamant le texte. Où que vous alliez, quoi que vous lisiez ou écoutiez dès l'aube, vous ne pouvez pas y échapper, alors que le pays s'apprête à se prononcer (très probablement négativement), dimanche 2 octobre, sur les quotas de «relocalisation» de demandeurs d'asile en Europe

Ces placards sur fond azur rythment le quotidien des Magyars depuis la réélection de Viktor Orbán, en mai 2014. Il y eut dans l’ordre la baisse des charges locatives obtenue par sa poigne, le succès du pays qui «va mieux» économiquement malgré un Smic local plafonnant autour de 300 euros nets, une autocongratulation guignolesque vantant les «réformes qui marchent» (la déduction d’impôts pour les familles, par exemple) puis l’injonction faite aux migrants de ne pas «voler le travail des Hongrois».

«Effet d’agressivité»

Le responsable de cette stratégie offensive s’appelle Árpád Habony, alias le spin doctor du patron. En Hongrie, on le connaît surtout pour ses chaussures en croco, son mariage mirobolant au musée des Beaux-Arts et ses virées en boîte à Ibiza. C’est lui qui a suggéré à Viktor Orbán d’enfiler des chemises à carreaux histoire de la jouer «populo» alors que ce dingue de foot est diplômé d’Oxford grâce à une bourse du milliardaire George Soros. Un communiquant appréciant le combat car champion de kendo.

Dans sa nouvelle lutte, Habony est encore allé à l’essentiel. Concrètement? Les slogans de l’actuelle campagne anti-migrants incluent l’apostrophe «Le saviez-vous?» suivie d’une phrase lapidaire: «L’augmentation du nombre de violences envers les femmes est justifiée par celle du flux migratoire», «Près d’un million et demi de migrants illégaux sont entrés en Europe rien que sur l’année 2015», «Bruxelles veut construire une ville remplie de migrants en territoire magyar», «Les attentats de Paris ont été commis par des migrants». Devinez quoi : ça paie.

«Les affiches instillent la peur, génèrent de la colère et créent indéniablement un effet d’agressivité», écrit la psychologue Ildikó Szigeti sur le pure-player spécialisé Mindset.hu. «C’est un procédé thérapeutique appliqué à la politique. Il s’agit de contrôler les “patients”, en l’occurrence les électeurs. Le “non” est un remède à leur anxiété. Et cette agressivité peut facilement conduire ceux ou celles qui souhaitent s’exprimer au référendum à cocher la bonne case. Car l’humain agressif dit “non” à tout».

Un des panneaux bleus du référendum hongrois: «Le saviez-vous? Les attentats de Paris ont été commis par des migrants».

«Le saviez-vous? Non. Et on s’en fout»

Les potentiels votants, y compris ceux résidant hors du pays, ont d’ailleurs reçu par la Poste un mini-guide sur le scrutin accompagné d’un bulletin de vote à renvoyer s’ils sont absents le jour J. Pendant ce temps-là, le cabinet du Premier ministre a concocté une nouvelle formule-choc destinée à capter des voix («Ne risquons pas le futur de la Hongrie, votons non!»). Le discours officiel affirme vouloir défendre la culture magyare au-delà des intérêts partisans. Une doxa prêchée jusqu’à plus soif.

«De mi-mai à mi-août, les spots liés à la campagne ont été diffusés 10.481 fois d’après les comptes établis par l’organisme Kantar Media, dont 6.224 à la télévision, 1.403 à la radio, 542 dans les quotidiens papier et 53 dans les magazines, relève un article de HVG.hu. Et durant la première semaine des JO de Rio, la chaîne sportive publique M4 lui a consacré 4.219 secondes de pubs, soit 20% du créneau total disponible sur la période.» Montant de l’investissement? 3,5 milliards de forints (11 millions d’euros).

Une des pancartes moqueuses du parti du Chien à deux têtes: «Le Hongrois moyen a plus de chances de voir un ovni qu'un réfugié de son vivant». ATTILA KISBENEDEK/AFP.

L’appel au boycott des socialistes et les copies moqueuses du parti satirique du Chien à deux queues («Le saviez-vous ? Non. Et on s’en fout») ne parviennent pas à déstabiliser la domination noniste, renforcée par l’attaque au colis piégé du 24 septembre sur le grand boulevard de Budapest. 61% des interrogés rejetteraient les quotas de Bruxelles selon un récent sondage de l’institut Publicus, paru le 24 septembre dans le journal Vasárnapi Hírek. Dans le même temps, une autre étude montre que seulement 42% des électeurs se déclarent sûrs et certains de se rendre aux urnes, ce qui invaliderait de facto le référendum, soumis à un quorum de 50%. La crainte paraît servir le pouvoir, mais le bourrage de crâne orbánien pourrait bien se retourner contre son instigateur.

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