Boire & manger

Saint-Tropez, la bulle de luxe et de snobisme qui ne dégonfle jamais

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 12.09.2016 à 17 h 50

La station balnéaire n'a pas désempli de l'été.

Port de Saint-Tropez - Château de la Messardière

Port de Saint-Tropez - Château de la Messardière

Le port de pêcheurs cher à Signac, Colette et Brigitte Bardot affiche de bons résultats pour la saison d’été, même si le plan Vigipirate a été maintenu et que les soirées festives, un brin délirantes, ont été plus que réduites –une baisse de 8% des touristes est annoncée, l’arrière-saison est favorable jusqu’à la braderie géante du début octobre, 150.000 curieux attendus.

«Il n’y a pas à se plaindre», dit-on du côté de l’Office de Tourisme. «Saint-Tropez a échappé à la morosité de Paris et des villes phares du Sud-Est, confie Alexandre Durand-Viel, directeur général de la Messardière. Les Américains n’ont pas fait défaut si la clientèle russe (4,54 %) a déserté ces lieux de plaisir et de farniente.»

Avec le temps, la Cité du Bailli s’est muée en une sorte de capitale varoise du tourisme international haut de gamme: Saint-Tropez est cher. Les chiffres officiels indiquent que 85 nationalités se sont croisées sur les quais, les plages et dans les lieux d’accueil contre 25 en 1970 –énorme progrès. La clientèle «high class» est privilégiée, il n’y a pas de campings à Saint-Tropez et les hôtels de médiocre confort, mal situés, tendent à disparaître.

15% de Français

Hors saison, la population du village se monte à 4.500 autochtones, mais à l’année on compte six millions de visiteurs dont trois millions en juillet et août. Deux mois d’encombrement, d’engorgement des ruelles étroites et de défilés de badauds devant la parade des 800 yachts de plus en plus gros –presque des paquebots– immobiles devant les boutiques de fringues et les restaurants du quai Jean Jaurès où se trouve l’enseigne historique Sénéquier (1880) passé du nougat à la restauration chic et coûteuse: un must pour les habitués et les néophytes.

Château de la Messardière

Il y a moins de Français à Saint-Tropez (15%). La municipalité, le maire Jean-Pierre Tuveri, très présent, et Claude Maniscalco, l’as de la communication, ont fait du paisible village hors vacances une marque mondiale du grand tourisme. Chaque année, soixante actions promotionnelles sont menées par l’état-major de la cité, hors des frontières: vingt-sept pays ciblés et visités en 2016.

Il s’agit pour les têtes pensantes de mettre en valeur les atouts tropéziens à des gens du Kazakhstan, de Colombie, du Kenya qui ignorent tout des rivages de la Méditerranée, de la Provence verte, des nourritures locales, du mythe Bardot et du plaisir de vivre sous le soleil du Midi de la France sur une presqu’île protégée.

Saint-Tropez, «fille de la mer» (Maupassant en 1888), le nom du village est connu partout, il faut donc meubler l’imaginaire de ces populations et créer le désir de séjourner dans le pays varois, dans les villages alentours comme Gassin, Grimaud, Cogolin, car la promotion tropézienne dépasse de loin les contours du village cher à Michèle Morgan et Eddy Mitchell où est née la tarte tropézienne bien crémeuse.

Trente-cinq hôtels et trois palaces

Prêcher la bonne parole à New York, Rio, Moscou, Londres, Berlin, la partie est facile car le voyage à Saint-Tropez figure dans les destinations régulières de ces adeptes des voyages en France (85 millions de touristes). À des gens non européens qui vivent très loin et sans références culturelles françaises, c’est un autre défi.

À Saint-Tropez, tout bouge et rien ne change, dit-on chez les connaisseurs du secteur varois. Il reste qu’il faut remplir les hôtels, les villas, les yachts et que la concurrence est partout à Cannes, Nice et sur la Riviera jusqu’à Monaco. Le plus, l’atout-majeur est que Saint-Tropez véhicule des notions de fêtes, de joies et de luxe que les touristes informés recherchent –en cela la destination est unique.

Restaurant l'Acacia au Château de la Messardière

À Cannes, certains palaces cet été bradaient de belles chambres sur la Croisette, vidées des princes arabes, des Japonais et… des Français (moins 25%). Saint-Tropez a échappé à cette hémorragie car le village n’est qu’une petite bulle de luxe et de snobisme. Saint-Tropez valorise ceux qui s’y rendent –on vend du rêve, de l’euphorie, de la gaieté (plus contenue cette année) place des Lices et dans les villas surveillées des parcs.

Le Michelin recense 35 hôtels et trois palaces officiels: le Byblos, le plus ancien, le Château de la Messardière sur les hauteurs, et la Villa Marie, route de Ramatuelle. Le haut de gamme n’est pas donné à Saint-Tropez: mille euros la nuit, c’est courant en pleine saison et 40% des beaux hôtels visent le top niveau –et très peu les congrès et séminaires, sauf l’Hôtel de Paris restauré par Madame Dray et la Messardière à cause de l’espace, de la beauté du site et du parc de dix hectares arboré. Des villas et des yachts à louer pour 100.000 euros pour la saison ne sont pas des exceptions.

Reine du glamour

Avec le temps et les ressources sonnantes et trébuchantes des noctambules lampeurs du champagne Cristal Roederer à 50.000 euros le magnum, Saint-Tropez a su capter cette clientèle hors normes dont le Byblos reste le quartier général, les Caves du Roy, la fameuse boîte de nuit oblige.

De ce point de vue, Saint-Tropez a hérité d’activités mondaines, autrefois organisées dans la Principauté de Monaco en travaux géants sur la place du Casino –50 chambres seulement à l’Hôtel de Paris.

Oui, Saint-Tropez a réussi à étendre son image glamour au-delà des soirées festives en blanc ou pas, moins courues cet été pour cause de danger terroriste vécu sur la Promenade des Anglais, une tragédie pour la Côte d’Azur. Pas de débordements excessifs a exhorté le préfet et les édiles, prudence de rigueur dans la cité varoise.

«Nous cherchons à stimuler les relations affectives envers Saint-Tropez, souligne Claude Maniscalco, le meilleur connaisseur des arcanes du village, des non-dits, des secrets. Il y a une magie spécifique à ce port préservé, le marché mardi et samedi, les joueurs de boules place des Lices, le Musée de l’Annonciade rénové, l’exposition de photos de Pablo Picasso, les balades en mer, le shopping géant, les Voiles de Saint-Tropez et le Musée de la Gendarmerie et du Cinéma en hommage à des films français et à Louis de Funès qui ont marqué notre mémoire, ce musée est un grand succès.»

La vie chère

Chacun vit Saint-Tropez comme il l’entend, jusqu’aux résidents calfeutrés dans les villas cossues des hauteurs. Saint-Tropez est multiple, c’est ce qui fait son charme, son attractivité croissante.

Dessert au restaurant l'Acacia du Château de la Messardière

Certes la mode a envahi le port, ce qui ne plaît pas à tous. Sur les 800 boutiques et commerces, combien vendent des fringues, robes, chemisiers, maillots de bains et sandalettes –600? L’homme le plus riche de France, Bernard Arnault, tombé amoureux du village varois il y a quatre décennies, a fait installer les marques de son groupe LVMH partout dans les ruelles, les places, et les bâtiments : c’est une invasion commerciale qui peut choquer les amoureux du site historique préservé.

Au rez-de-chaussée de la Villa Dior, il y a désormais un restaurant pour le dîner sélect et le White 1921, l’ancienne Maison Blanche (1900), est voué à des dégustations de champagnes et eaux-de-vie du groupe, Dom Pérignon en tête, et tapas méditerranéens à croquer –six chambres seulement.

On ne compte plus les boutiques Vuitton, Chanel dispose d’une magnifique villa gardée par des vigiles à l’entrée du village, et le chausseur Jimmy Choo vient d’installer une belle échoppe dans une rue très commerçante.

Mythe vivant

En fait, les marques en vue ont choisi Saint-Tropez pour lancer des créations, des modèles new look qui vont captiver l’élite des touristes brésiliens, allemands (14%), italiens (10%), suisses (12%), britanniques (16%) et américains (14%) qui les retrouveront chez eux. Saint-Tropez est devenu une sorte de laboratoire pour de futures «fashion weeks» à Londres, Milan, Genève, New York… jusqu’en Asie. Et la marque «Saint-Tropez» a été dûment déposée, notamment pour les Voiles de Saint-Tropez en septembre.

Oui, le mythe tropézien est bien vivant, entretenu de façon à faire du village varois une destination incontournable. Et puis le charme du site provençal et marin a été sauvegardé. «Rien n’est pareil à ce golfe, à ces terres heureuses, à leur verdure sans effort… Quel climat… c’est un miracle», écrivait la grande Colette qui habita la Treille Muscate, sa villa tropézienne de 1925 à 1939 quand elle décida de se fixer à Paris.
 

Une sélection d’hôtels/restaurants…


Château de la Messardière

Un diamant vert situé dans un parc aux essences rares, balade bucolique. Ce Leading Hotels n’a pas d’équivalent sur la presqu’île par son positionnement romantique sur les hauteurs du village, à l’écart de la foule et des badauds. C’est un oasis de sérénité, de repos autour de la piscine turquoise et de la terrasse du restaurant pour un déjeuner décontracté en maillot de bains près de la piscine et le soir à l’Acacia pour un dîner élégant sur l’immense balcon face aux pins parasols. Une parenthèse de gourmandises mitonnées par le chef Bilal Amrani, un as du beurre blanc pour le loup de ligne, le carpaccio de langouste ou la selle d’agneau fermier –pas loin de l’étoile pour la vérité des assiettes.

Ce vaste jardin sur la mer est plébiscité par les amoureux de la Cité du Bailli. L’architecture théâtrale est saisissante et les terrasses des chambres et suites, un plus indéniable. Leader des grands hôtels pour le Michelin avec le Byblos.

• 2, route de Tahiti. Tél.: 04 94 56 76 00. Menus à 80 et 120 euros. Carte de 90 à 120 euros. Chambres à partir de 320 euros. SPA, coiffeur, boutiques, navettes gratuites.


Hôtel de Paris Saint-Tropez

En plein centre, tout près du Musée de la Gendarmerie et du Cinéma (entrée 4 euros), un très beau monument design, patio et piscine au sommet. Bar-restaurant le Pationata très fréquenté par la gentry tropézienne.

• 1, traverse de la Gendarmerie. Tél.: 04 83 09 60 00. Chambres à partir de 280 euros.


La Bastide de Saint-Tropez

Ce Relais & Châteaux, conçu comme une maison de maître et ses quatre mas, a été créé par l’architecte Boris-Serge Sidoroff et son épouse Janine il y a trente ans. Amoureux du village, ils n’ont cessé d’améliorer le cadre de vie. Le restaurant l’Olivier vise l’étoile Michelin, ambiance amicale bienvenue.

• 25, boulevard des Antiboul. Tél. : 04 94 55 82 55. Chambres à partir de 320 euros. Petit déjeuner à 30 euros.


Le White 1921

L’ancienne Maison Blanche et ses cinq chambres et trois suites design avec au rez-de-chaussée une terrasse élégante pour une petite faim. Grands champagnes.

• Place des Lices. Tél.: 04 94 45 50 50. Chambres à partir de 290 euros.


Le Colombier

Tout près du cœur battant de Saint-Tropez, une maison de famille à des prix avantageux pour un joli décor.

• Impasse des Conquettes. Tél.: 04 94 97 05 31. Chambres à partir de 100 euros.

 

Hôtel Les Palmiers

Place des Lices, une imposante demeure bourgeoise avec un jardin ombragé.

• Tél.: 04 94 97 01 61. Chambres à partir de 160 euros.
 

La Vague d’Or de la Pinède

Déjeuner à 95 euros, plats sur commande. Au dîner, menus à 270 euros en cinq actes, 340 euros en huit actes. Carte de 220 à 280 euros. Bouillabaisse à 205 euros. Carte des vins très complète, un rosé élégant de Marseille choisi par le sommelier Alexandre Larvoir. Service inégalable en France. Chambres à partir de 250 euros. Fermeture le 9 octobre.

• Plage de la Bouillabaisse. Tél. : 04 94 55 91 00.

 

…et de simples restaurants

 

Sénéquier

Le fameux café-pâtisserie aux stores rouges du quai Jean Jaurès s’est agrandi d’un restaurant confortable au fond de la terrasse. Carte bien faite, élaborée par Maurice Guillouët, ancien chef du Ritz à Paris. Burrata à la tomate (32 euros), tartare de Salers (28 euros), foie de veau épais (45 euros), tartare de saumon (23 euros), homard et pâtes épicées (45 euros), pâtes aux truffes (45 euros), pêche melba (25 euros). Vin Château Minuty au verre (12 euros). Bondé le soir.

• Tél.: 04 94 97 20 20.


Le Girelier

Sur le port, la meilleure carte de poissons frais du secteur : bouillabaisse (55 euros), pâtes tomatées au homard (54 euros), ceviche de daurade (29 euros), loup en croûte de sel (90 euros pour deux). Ambiance festive dès 23 h, disc jockey et bonne chère. Accueil d’Aimé, le patron.

• Quai Jean Jaurès. Tél.: 04 94 97 03 87. Carte de 60 à 100 euros.

Nicolas de Rabaudy
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