Histoire

Sillamäe, l'étrange histoire de la ville qui «n'existait» pas

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 07.09.2016 à 10 h 46

Repéré sur Der Spiegel

Elle n'apparaissait pas sur les cartes et les étrangers n'y avaient pas accès.

Capture Twitter

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À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS a bâti une ville secrète sur les décombres d'un petit village côtier estonien de la mer Baltique détruit par les combats entre les troupes hitlériennes et l'Armée rouge. Située à quelques kilomètres de la frontière russe, la station balnéaire de Sillamäe était idéalement situé à moins de 200 km de Leningrad (l'actuelle Saint-Pétersbourg) et disposait d'un sous-sol riche en schistes bitumineux. Exactement ce que cherchait alors Staline, obnubilé qu'il était par un projet ultra-secret: fabriquer une bombe atomique.

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel raconte cette semaine l'histoire étrange de cette petite ville qui, des années durant, n'apparaissait pas sur les cartes et dont l'accès était interdit aux étrangers.

Les habitants du village d'origine ont d'abord été chassés et expropriés et un vaste goulag a été construit sur les ruines de la station balnéaire. Les travailleurs étaient avant tout des prisonniers politiques baltes. Ils étaient relativement bien traités, note Der Spiegel, comparé aux prisonniers des autres goulags:

«Il y avait des portions de nourriture en plus, et ceux qui faisaient des heures supplémentaires pouvaient raccourcir leur détention. Car le temps pressait. En quelques mois à peine, les milliers de travailleurs mis sur pied une usine de traitement d'uranium et de fabrication de substances radioactives.»

«Le lac de la mort»

Le projet étant secret, les employés de l'usine ignoraient ce qu'ils faisaient exactement: «Mes parents, qui travaillaient à l'usine, ne savaient pas exactement ce qui y était fabriqué. Mais tous savaient que c'était quelque chose de dangereux», se souvient Alla Vetoshkina, une habitante de Sillamäe. Le lac situé à proximité, dans les eaux duquel les déchets de l'usine étaient déversés, était ainsi surnommé «le lac de la mort» par les habitants.

En 1957, la nouvelle ville de Sillamäe comptait déjà 10.000 habitants. Mais elle continuait, officiellement, à ne pas exister. Ses habitants n'avaient pas le droit de révéler son nom, leurs proches leur écrivaient à «Leningrad 1» ou «Narva 1».

Des gardes patrouillaient en permanence dans les rues de la ville, des panneaux situés à l'extérieur en interdisaient l'accès aux non-résidents et la frontière russo-estonienne était très surveillée. «Sillamäe était un État dans l'État», affirme Aleksander Popolitov, fondateur du musée de la ville.

Détail intéressant, la mairie de Sillamäe était pourvue d'un clocher d'église, de manière à tromper les avions ennemis survolant la ville en leur faisant croire qu'il s'agissait d'un banal village estonien.

En 1991, lorsque l'indépendance de l'Estonie a été proclamée, l'usine a fermé ses portes et beaucoup d'habitants ont perdu leur emploi. Aujourd'hui, les habitants de Sillamäe sont nostalgiques de l'époque soviétique, et ne sentent souvent ni estoniens, ni russes.

En 2009, le «lac de la mort» a été sécurisé au cours d'un chantier pharaonique afin d'empêcher les 6,5 millions de mètres cubes de déchets radioactifs qu'il recèle de contaminer la mer baltique toute proche. Ce qui n'empêche pas la ville de se vider. Sa population est passée de 20.000 à 14.000 habitants depuis la chute du bloc soviétique.

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