Monde

Un an après la tragique bousculade de La Mecque, un survivant raconte

Temps de lecture : 3 min

Rashid Siddiqui s’est retrouvé dans le mouvement de foule qui a tué des milliers de personnes à Mina en septembre 2015.

Le 24 septembre 2015 I STR / AFP
Le 24 septembre 2015 I STR / AFP

Le 24 septembre 2015, près d'un million de pèlerins du monde entier marchent sur le pont de Jamarat à Mina (Arabie saoudite) lors du troisième jour du pèlerinage annuel des musulmans vers la Mecque (hajj). Rashid Siddiqui, un Américain d’origine indienne, en fait partie. Alors qu’il s'avance vers le pont avec son beau-frère et l’épouse de celui-ci, il se retrouve dans un mouvement de foule sans précédent qui va faire plus de 2.000 morts, l’épisode le plus meurtrier de toute l’histoire du hajj.

Ce pèlerinage est un des cinq piliers de l’Islam et chaque musulman en ayant les moyens est censé l’effectuer au moins une fois dans sa vie. Pendant le hajj, des millions de tentes sont installées à Mina, près de la Mecque, pour permettre l’accueil des pèlerins. Celui de 2015 est le premier pour Rashid Siddiqui, raconte-t-il au New York Times. En ce matin du 24 septembre, il se lève aux premières heures du jour et se prépare pour les rites de la journée. Vers 6h30, il part vers le pont de Jamarat en compagnie de son beau-frère, de la femme de celui-ci et de quelques amis, ainsi que des millions d’autres pèlerins.

«Comme un homme mort»

À environ un kilomètre du pont, le groupe est arrêté par des gardes pour une raison inconnue. Rashid Siddiqui raconte alors qu’avec ses compagnons, il décide de suivre une passerelle afin de contourner le barrage. Alors que le chemin commence à se rétrécir, Siddiqui et ses amis sont obligés de se déplacer en file indienne, tandis que les pèlerins affluent autour d’eux. Au même moment, il remarque que certains commencent à escalader les clôtures en fer qui encadrent la foule, semblant fuir quelque chose. Siddiqui tombe à plusieurs reprises et finit par perdre ses compagnons de route. La foule est si compacte qu’elle bouge d'un seul bloc, «comme une vague», et il est impossible de s’en extraire. Certains pèlerins finissent nus, leurs vêtements arrachés par le mouvement. «J’étais terrorisé. Je ne pensais qu’à ma famille», raconte-t-il.

Dans de tels mouvements de foule, le principal danger est l’asphyxie. Les individus sont tellement compressés qu’ils meurent par manque d’air. Rashid Siddiqui échappe à la tragédie en étant miraculeusement poussé en arrière hors de la foule. D’autres pèlerins, encore dans leurs tentes, essayent d’aider comme ils peuvent en lançant des bouteilles d’eau dans la foule. L’un réussit même à ouvrir un tuyau d’arrosage. Pendant deux heures, Rashid Siddiqui, déshydraté et en état de choc, voit les autorités s’occuper des blessés les plus graves, laissant les morts derrière eux. On lui indique alors de continuer sa route vers le pont de Jamarat, ce qu’il fait, se sentant «comme un homme mort». Arrivé là bas, il effectue les rites traditionnels, complètement sonné, et rentre à sa tente.

Son beau-frère et sa belle-soeur sont injoignables et il passe des jours à les chercher, dans les hôpitaux et les morgues sans aucun succès. Finalement, son beau-frère est identifié quinze jours après la bousculade par son frère, tandis que sa femme ne sera déclarée morte qu’un mois après, sur la base de photos.

Nouvelles mesures

L’État saoudien a toujours nié les accusations concernant des manquements à la sécurité lors des événements du 24 septembre. Mansour al-Turki, un des portes-paroles du ministère de l’Intérieur, avait à l'époque déclaré que la bousculade avait été causée par deux groupes de pèlerins convergeant sur la Route 204. Cette déclaration avait provoqué l’ire de l’Iran et de l’Indonésie, qui ont perdu des centaines de leurs ressortissants dans la bousculade. En octobre 2015, le Conseil musulman des affaires publiques demande une enquête et plus de transparence de la part de l’Arabie saoudite. En 2016, le pays annonce des mesures: des bracelets électroniques seront donnés pour un meilleur traçage et la période pendant laquelle les pèlerins pourront pratiquer le rituel de Jamarat va être réduite.

Après avoir cherché à savoir le comment et le pourquoi de cette tragique bousculade, Rashid Saddiqui a décidé d’arrêter de chercher des réponses:

«J’y étais, mais je ne peux pas vous en dire plus.»

Newsletters

Ces personnes blanches qui se prétendent noires (ou la tentation d'être l'opprimé)

Ces personnes blanches qui se prétendent noires (ou la tentation d'être l'opprimé)

L'histoire d'une professeure américaine blanche qui a fait semblant d'être noire pendant des années révèle les écueils d'un certain identitarisme.

Un prof américain suspendu à cause d'un mot chinois ressemblant à «nègre»

Un prof américain suspendu à cause d'un mot chinois ressemblant à «nègre»

L'université de Californie du Sud a suspendu un professeur de management qui a prononcé un mot en chinois - «ne-ga» - jugé trop proche du mot nègre en anglais.

La Barbade ne veut plus de la reine d’Angleterre comme cheffe d'État

La Barbade ne veut plus de la reine d’Angleterre comme cheffe d'État

Le mouvement Black Lives Matter relance le débat sur l’héritage du colonialisme. D’autres pays caribéens pourraient suivre l’exemple.

Newsletters