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L'uniforme à l'école, éternel marronnier du système éducatif français

Britney Spears dans le clip de «... Baby, One More Time» (Jive/Sony Music Entertainment)

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Depuis dix ans, les sondages favorables (mais dont les sondés répondent à des motivations diverses) se multiplient, alors que l'intérêt de cette mesure est loin d'être prouvé.

C'est un «marronnier» que l'on retrouve tous les ans, ou tous les deux ans si l'on a un peu de chance: faut-il obliger les élèves à porter un uniforme à l'école?

Cette année, c'est BVA qui s'en charge pour les journaux de la presse régionale. Et de tous les éléments d'une étude plus générale sur le regard que les Français portent sur l'école, on va principalement retenir que près des deux tiers (65%) des personnes interrogées «se déclarent favorables au rétablissement de l’uniforme à l’école». Un chiffre stable quand on le compare à celui des sondages de ces dernières années, mais en hausse de quinze points par rapport au dernier sondage BVA sur la question, en 2011.

En l'espace de dix ans, le débat est revenu au moins huit fois sur la table via des sondages réalisés par divers instituts, selon notre décompte.

En 2015, un sondage Ifop pour Valeurs Actuelles montrait que 57% des Français interrogés étaient favorables à ce que le port de l'uniforme soit réintroduit dans toutes les écoles et tous les établissements scolaires. Un an plus tôt, dans un sondage CSA pour RTL, 67% des personnes interrogées trouvaient que l’instauration de l’uniforme à l’école serait «une bonne mesure pour lutter contre les inégalités sociales». En 2012, Le Parisien relayait un sondage de Mingle Trend qui assurait que «la majorité des Français [interrogés] est favorable à un rétablissement de l'uniforme dans les écoles». En 2011, Le Figaro se demandait si l'uniforme pouvait faire son retour à l'école, rappelant que deux ans plus tôt, en 2009, 77% de ses lecteurs y étaient favorables. En remontant plus loin, on trouve également un reportage de France 2, réalisé en 2003, intitulé «vers un uniforme à l'école», et qui partait à la rencontre d'élèves dans un collège privé où les enfants sont obligés de respecter certaines règles concernant leurs vêtements.

Un jour sans fin

Alors forcément, certains, telle notre chroniqueuse éducation Louise Tourret, ont l'impression de vivre un jour sans fin:

Pourtant, Blandine Tardieu, de l'institut BVA, assure que la question ne revient pas si souvent au sein de son institut de sondages, puisqu'il fallait remonter cinq années en arrière pour la retrouver. Mais les médias semblent l'apprécier particulièrement, d'autant plus qu'elle revient régulièrement dans le débat politique:

«Nous sommes en période de rentrée scolaire, et on faisait un sondage sur l'école. Le questionnaire comprend de nombreuses questions qui n'étaient pas axées sur l'uniforme. On s'est rendu compte ensuite que les médias avaient beaucoup repris cette question, ce qui n'était pas forcément notre objectif, même si certains ont également repris la question sur la réforme du collège.

 

Effectivement, les reprises titrent beaucoup sur cet aspect, mais au départ, le sondage n'était pas du tout axé là-dessus. [...] On a aussi posé des questions sur la perception des enseignants, de l'enseignement, pour savoir si les sondés jugeaient les enseignants sévères, trop sévères, pas assez sévères, par exemple. C'était une illustration pour savoir s'ils souhaitaient plus de discipline à l'école.»

Pas si clivant?

C'est aussi un sujet moins clivant qu'il ne pourrait paraître, puisque deux tiers des sondés assurent donc souhaiter un retour de l'uniforme. C'est à droite que ce chiffre est le plus élevé (79%) et cela ne surprend pas vraiment Yves-Marie Cann, directeur des études politiques de l'institut Elabe. Pour lui, ce résultat traduit l'aspiration forte à un retour de l'autorité à l'école:

«Les Français attendent une verticalité au sein de l'Éducation nationale et dans la salle de classe, et l'uniforme marque aussi une certaine forme de discipline et de respect par rapport à l'institution scolaire et par rapport au personne enseignant.»

Quelques candidats en course pour la primaire de droite ont d'ailleurs déjà indiqué qu'ils y étaient favorables. Sur son blog, Jean-François Copé propose de «rendre obligatoire le port de l’uniforme dans les écoles publiques», mais aussi le lever du drapeau et le chant de la Marseillaise. Geoffroy Didier souhaite lui «rendre l'uniforme obligatoire jusqu'à la fin du collège». François Fillon y est favorable à l'école primaire.

Le sondeur met également en avant le fait que certaines personnes assurent que cela pourrait régler des problèmes de racket, un argument déjà avancé par (entre autres) Xavier Darcos quand il était ministre de l'Éducation nationale, en 2003. Mais pour que ce chiffre soit si élevé, il faut aussi qu'une partie des personnes interrogées se réclamant de gauche considèrent que le retour de l'uniforme est plutôt une bonne idée. En plus de ceux qui sont également pour un regain d'autorité à l'école, il y a ceux qui estiment que cela permettrait de «gommer les inégalités sociales», souligne Yves-Marie Cann:

«Cela renvoie d'une certaine façon à la contradiction de la gauche elle-même. La gauche est généralement en faveur d'une affirmation de soi-même, mais en même temps, on pourrait lui objecter que le vêtement est devenu un marqueur social et qu'il serait peut-être intéressant de tester et de voir au cas par cas si son instauration ne permet pas de gommer ces disparités sociales au sein des établissements scolaires.»

Bref, un foisonnement de sondages montrant une majorité réelle mais avec des motivations très différentes, ainsi qu'une multiplication de propositions politiques, le tout pour un effet pourtant plus qu'incertain: un article de The Conversation, publié en décembre 2015, ne montrait ni résultats positifs, ni résultats négatifs clairs de l'uniforme sur le comportement des élèves.

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