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«Nos femmes»: quand une fausse citation de Bruno Le Maire fait réagir trois ministres

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 04.09.2016 à 10 h 29

Ou comment une citation déformée par BFM TV a provoqué une vaguelette polémique depuis le campus de La Baule.

Bruno Le Maire lors du campus UMP de La Baule, le 3 septembre 2016. JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP.

Bruno Le Maire lors du campus UMP de La Baule, le 3 septembre 2016. JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP.

«Nos femmes ont vocation à être visibles, pas dissimulées.» Preuve d'un sexisme supposé, cette petite phrase de Bruno Le Maire, candidat à la primaire de droite, a créé une vaguelette polémique lors du campus de rentrée du parti Les Républicains à la Baule. Seul léger souci: il ne l'a jamais prononcée.

À l'origine de cet épisode, on trouve un tweet de BFM TV relayant en direct, samedi 3 septembre en fin d'après-midi, le discours du député de l'Eure.

La petite phrase fait ensuite fait réagir plusieurs ministres, qui pour la plupart retweetent d'ailleurs comme source le tweet de BFM TV. La ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes Laurence Rossignol cite ainsi le toast des officiers de cavalerie de Saumur («Allons boire à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent»), utilisé par Jacques Chirac en campagne électorale. Les secrétaires d'État aux Personnes âgées et à l'Autonomie, Pascale Boistard, et au Numérique et à l'Innovation, Axelle Lemaire, répliquent également.

La polémique est également relayée par Le Parisien, par Le Point, par Paris-Normandie, par L'Express, par Le Huffington Post... Bien aidée en cela, il est vrai, par le fait que la droite ne se distingue pas spécialement par son ambition paritaire (environ 15% de députées) et que, de loin, le campus de la Baule semblait caricaturalement masculin, à la veille d'une primaire qui pourrait être 100% mâle.

Sauf que, comme a fini par le souligner sur Twitter l'équipe de campagne du candidat, il n'a en fait jamais prononcé ce «nos femmes», comme permet de le vérifier le visionnage de son discours, disponible en intégralité sur sa page Facebook (le passage «incriminé» se situe autour de 21'). Si Bruno Le Maire emploie bien le «nos» possessif («nos enfants», par exemple, quand il évoque les difficultés d'apprentissage en primaire), voici ce qu'il dit quand il aborde la question de la dissimulation du corps des femmes dans l'espace public:

«Notre culture, elle a toujours défendu l'égalité entre les hommes et les femmes. Ne laissons pas, une fois encore, des esprits obscurcis rendre les femmes invisibles dans la société française. En France, les femmes sont visibles, les femmes sont visibles et elles n'ont pas vocation à être dissimulées.»

BFM a d'ailleurs fini par publier un correctif, dimanche matin. La polémique symbolise en tout cas une campagne présidentielle où les départs de feu risquent d'être très rapides sur les réseaux sociaux à coups de citations triturées ou sorties d'un contexte plus large. L'étonnant dans l'histoire étant que Bruno Le Maire a même fini le soir même par réagir devant la presse... à sa propre fausse citation.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (849 articles)
Rédacteur en chef de Slate.fr. Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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