Société

Faut-il abandonner nos tote bags?

Temps de lecture : 2 min

L'abondance et la distribution massive de ces sacs en toile réutilisables vont à l'encontre de leur mission première: protéger l'environnement. Il est donc urgent d'apprendre à les utiliser correctement.

Lorsque le tote bag, ce sac en toile écoresponsable qui se porte à l'épaule, a fait son apparition, l'idée était d'inciter les gens à changer leurs habitudes et à délaisser enfin les sacs en plastique pour un objet écologique, réutilisable à l'envi. Une intention louable, au fond, à la simple condition que le produit tienne ses promesses d'un point de vue environnemental. Dans une enquête, The Atlantic démontre que les potentiels bienfaits pour la planète de nos chers tote bags ne sont pas aussi évidents et déconstruit le mythe qui les entourent, étude de l'Agence environnementale britannique (UKEA) à l'appui. En 2008, l'organisme gouvernemental comparait l'impact écologique de différents sacs (sac en papier, sacs en plastique, sacs en toile) et tirait la conclusion suivante: la fabrication d'un tote bag n'est pas plus respectueuse de l'environnement qu'un sac en plastique, notamment à cause de ses coûts de production et de distribution.

Mais, les tote bags ne sont pas pour autant, par essence, une aberration écologique. C'est par notre faute qu'ils le sont devenus et parce que nous les utilisons n'importe comment. En réalité, pour qu'un sac en toile puisse être considéré comme écologique, il faudrait l'utiliser comme ses créateurs l'avaient imaginé: fréquemment, quotidiennement, tout en évitant d'en accumuler plusieurs chez soi sans raison. Pourtant, et vous l'aurez certainement remarqué autour de vous, les tote bags continuent d'être fabriqués en quantité astronomique à travers le monde.

On les retrouve partout, des librairies aux boutiques d'opticiens, des galeries marchandes aux stands d'ONG.

Et pour cause, ils sont pratiques, jolis, sérigraphiés, personnalisables. Ils sont distribués gratuitement, à titre promotionnel, ou alors vendus à des prix très faibles. Les tote bags représentent une opportunité de taille pour les marques qui peuvent ainsi faire parler d'elles à travers un joli dessin imprimé. Bref, on les retrouve partout, des librairies aux boutiques d'opticiens, des galeries marchandes aux stands d'ONG.

Un idéal écologique biaisé

En l'espace de quelques années, les tote bags ont donc troqué leur aspect pratique pour devenir un objet de mode à part entière. En 2007, lors de la sortie du tote bag «I'm not a plastic bag» («Je ne suis pas un sac plastique»), dessiné par la créatrice Anya Hindmarch, les gens s'étaient précipités pour obtenir leur exemplaire, de Paris à Londres, jusqu'à Taïwan où trente personnes ont fini à l'hôpital après des émeutes dans la file d'attente.

En jouant sur les stéréotypes et les idées reçues du grand public, la publicité a accéléré popularisation et la hype du tote bag, poursuit The Atlantic:

«Les photos de tote bags –comme on en voit dans les banques d'images en ligne ou dans les publicités– valident l'imaginaire que l'on projette sur le produit. Les gens sont montrés en train de porter dans leur tote bag des fruits frais et des légumes dans un marché ensoleillé. [...] Ils n'ont pas d'appareils électroniques. Ils emportent leur sac en toile à la plage, au parc, à des vernissages d'expositions, à des concerts, dans des escapades idylliques en campagne [...] Ils incarnent l'imaginaire du tote bag: bon pour la santé, écoresponsable...»

Mais, le pire dans tout ça, c'est que les gens ont tendance à accumuler ces sacs chez eux, mais ne les utilisent pas ou alors très rarement, note The Atlantic. Un sondage en ligne mené en 2014 démontrait que les détenteurs d'un tote bag –persuadés de leur impact favorable sur l'environnement– préféraient tout de même utiliser des sacs en plastique pour aller faire leurs courses. Cherchez l'erreur. «D'un point de vue écologique, le meilleur moyen d'utiliser son tote bag est l'un des deux extrêmes suivants: utilisez-les tout le temps, ou alors pas du tout», finit The Atlantic.

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