Sports

Max Verstappen, jeune homme pressé et Zlatan de la F1

Temps de lecture : 4 min

À Monza, où s'arrête le championnat du monde ce week-end, tout va plus vite qu’ailleurs. Justement, le pilote néerlandais, à 18 ans, n’a pas de temps à perdre…

Max Verstappen. GABRIEL BOUYS / AFP.
Max Verstappen. GABRIEL BOUYS / AFP.

Le circuit de Monza défie le temps en Formule 1. Située à une demi-heure de Milan, cette piste de 5,8km est, à sa façon, la plus endurante du Championnat du monde. En effet, à l’exception de son édition 1980, courue à Imola en raison de travaux sur le tracé, le Grand Prix d’Italie, organisé dimanche 4 septembre, s’est toujours tenu dans ce lieu depuis la création de la Formule 1 en 1950.

Aucun autre circuit que Monza, pas même Silverstone en Angleterre, n’est aussi enraciné dans l’histoire de la discipline reine de l’automobile. Et l’aventure continuera puisqu’après des mois de négociations intenses avec Bernie Ecclestone, le patron de la F1 qui brandissait la menace d’un départ, le circuit a été reconduit pour trois années supplémentaires à compter de 2017. Au moment où l’Allemagne risque de perdre son Grand Prix, après la France en 2008, l’Italie tient le choc, vaille que vaille.

Monza, tourniquet d’un autre temps, mais parfaitement reconnaissable entre tous devant un poste de télévision, traverse donc les époques du monde bousculé d’une Formule 1 de plus en plus avide de territoires nouveaux, loin de son berceau européen. Cette capacité à tenir la distance à travers les décennies est, en vérité, à rebours de son identité. La course de fond n’est absolument pas la signature de Monza, véritable temple de la vitesse puisqu’il s’agit du Grand Prix le plus rapide de l’année.

En 2005, le Colombien Juan Pablo Montoya y avait déployé la vitesse de 372.6km/h, une pointe jamais atteinte ou dépassée depuis en Formule 1. En 2003, Michael Schumacher y avait remporté le Grand Prix le plus rapide de la saga de la F1 à la moyenne de 247.585km/h pour boucler la course en 1h14 et 19 secondes. Au même Grand Prix d’Italie en 1965, la position de tête avait changé 41 fois –un record– preuve que Monza ressemble avant tout à un sprint permanent.

Depuis une dizaine d’années, sécurité oblige, la Formule 1 a «bridé» Monza en y ajoutant des zones de ralentissement si bien qu’en 2015, Lewis Hamilton avait mis 1h18 pour accomplir les 53 tours (près de quatre minutes de plus que Schumacher en 2003) et pour y triompher pour la troisième fois de sa carrière. Mais cet antre automobile n’a pas perdu son cachet en allant à peine moins vite et a conservé toute la passion qui l’entoure. Il a été construit pour Ferrari et pour ses tifosi qui, ce week-end, porteront l’essentiel de leurs regards vers Sebastian Vettel et Kimi Räikkönen au volant des voitures rouges –ces tifosi qui risquent, en revanche, de ne pas avoir des yeux de Chimène pour la nouvelle sensation de la Formule 1, le Néerlandais Max Verstappen.

Culot d'acier

Né le 30 septembre 1997, Max Verstappen est devenu, le 15 mai dernier, le plus jeune vainqueur de l’histoire en Formule en 1 lors du Grand Prix d’Espagne à Barcelone, qu’il a remporté au volant de sa Red Bull à seulement 18 ans et 228 jours. Un record qui appartenait auparavant à Sebastian Vettel qui était devenu, justement au Grand Prix d'Italie, le plus jeune lauréat d'une pole et vainqueur d'une course, à moins de 22 ans.

Verstappen arrive lancé, si l’on peut dire, des polémiques qu’il a suscitées, le 28 août, lors du Grand Prix de Belgique où son caractère impétueux a créé bien des soucis aux deux pilotes Ferrari: au contact du Hollandais, Sebastian Vettel a été ainsi mis hors course dès le premier virage de Spa-Francorchamps et, plus tard, Max Verstappen a changé plusieurs fois de trajectoires pour empêcher Kimi Räikkönen de le dépasser. Ces mauvaises manières ont déclenché l’ire du paddock sans que cela n’émeuve le principal intéressé, fort de ses certitudes, énormes, qui ne sont pas sans rappeler le culot d’acier de Michael Schumacher et d’Ayrton Senna, jadis parfois aux limites réglementaires.

En mars dernier, déjà, lors du Grand Prix d’Australie, la fougue de Verstappen avait été remarquée alors que l’adolescent, fils de Jos Verstappen, un ancien coureur de F1, avait échangé des propos peu amènes, par radio, avec son équipe. Lewis Hamilton, champion également pressé depuis toujours, avait alors tenté de jouer les sages: «Les erreurs peuvent arriver. Il y a tellement de pression sur les pilotes, particulièrement les plus jeunes.»

En vérité, Verstappen n’en a cure et il s’est d’ailleurs comparé à Zlatan Ibrahimovic en préambule de ce rendez-vous avec les tifosi en Lombardie. «Apprécierait-il d’être mis en défense parce que certaines personnes auraient décrété qu’il serait meilleur à ce poste?, s’est-il interrogé. Je ne crois pas qu’il écouterait ces gens. Ce n’est pas parce que certains voudraient me voir changer de style que je vais les écouter.»

Ligne droite de tous les dangers

Monza, où «on a le sentiment de pouvoir décoller à tout instant», selon les mots de l'ancien pilote français Jean Alesi, devrait lui donner à nouveau l’occasion d’illustrer ses qualités d’attaquant sachant que la première ligne droite est toujours celle de tous les dangers au Grand Prix d’Italie. C’est au terme de celle-ci que le Suédois Ronnie Peterson avait eu l’accident qui allait emporter sa vie en 1978 pour rejoindre les (nombreux) autres morts de Monza, l’Italien Alberto Ascari en 1955, mais aussi l’Allemand Wolfgang von Trips en 1961 et l’Autrichien Jochen Rindt en 1970, ces deux derniers s’approchant alors du titre mondial (Rindt a été sacré à titre posthume, un cas unique en F1).

«Cela se terminera mal un jour», a prévenu Toto Wolff, le patron de l’équipe Mercedes de Lewis Hamilton et de Nico Rosberg, tandis que Niki Lauda, l’ancien champion du monde autrichien, a conseillé à Verstappen «d’aller voir un psy» après les incidents de Spa. Loin de ces prédictions funèbres, espérons qu’à Monza, cela s’achèvera magnifiquement au cœur de la Parabolique, ce dernier virage sensationnel du circuit, l’une des rares courbes inchangées depuis les années cinquante et abordée à toute berzingue. Réussir à freiner plus tard qu’un rival peut s’avérer décisif dans ce passage décoiffant, mais l’élan impulsé en sortie de virage est primordial avant la ligne droite d’arrivée et dans l’hypothèse d’un dépassement.

En 1971, dans la course de Formule 1 la plus serrée de l’histoire (encore un record de Monza), cinq pilotes s’étaient retrouvés au coude à coude dans cette diabolique parabolique à quelques dizaines de mètres du drapeau à damier: Ronnie Peterson (March), François Cevert (Tyrell), Howden Ganley (BRM), Peter Gethin (BRM) et Mike Hailwood (Surtees), aucun d’entre eux n’ayant jamais gagné le moindre Grand Prix. Gethin s’était imposé d’un centième de seconde devant Peterson, de neuf centièmes devant Cevert, de 18 devant Hailwood et de 61 devant Ganley. Pourquoi ne pas imaginer Max Verstappen, Lewis Hamilton, Nico Rosberg, Sebastian Vettel et Kimi Räikkönen dans la même situation ou déjà simplement deux luttant pour la victoire? A Monza, le temps passe toujours très vite, mais l’histoire ne finit, elle, jamais…

Yannick Cochennec Journaliste

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