LGBTQ

Comment l’histoire d’Evan, homme trans qui a porté son enfant, bouscule notre vision du genre

Repéré par Aude Lorriaux, mis à jour le 02.09.2016 à 13 h 12

Repéré sur Time

La sœur d'Evan raconte dans le magazine Time la grossesse de son frère, né avec un sexe de femme. Aux États-Unis, le nombre de pères trans qui souhaitent accoucher se multiplie.

Maternity-23. Herkie via Flickr CC License by

Maternity-23. Herkie via Flickr CC License by

«Quand Evan m’envoya un texto pour m’annoncer sa grossesse, j’étais enthousiaste pour lui, mais j’avais peur aussi. J’ai tout de suite pensé à ce que les gens qui ne le connaissent pas allaient bien pouvoir dire à mon frère barbu avec son gros ventre, une fois que sa grossesse aurait atteint neuf mois. J’étais inquiète pour sa sécurité et sa tranquillité», raconte sa soeur, Jessi Hempel, dans le magazine américain Time.

Evan, un homme trans dont les papiers d’identité portaient la mention «femme» à la naissance, a toujours voulu être père. Robuste, de taille moyenne et d’allure virile, à la barbe blonde finement taillée, il jouait avec les poupées quand il était plus jeune, tout comme les autres enfants, et peut-être même un peu plus longtemps. Quand Evan était ado, il faisait du baby-sitting. À l’âge de 19 ans, il fit son coming out et commença sa transition. Mais il ne s’est pas arrêté pour autant de noter à la fin de son journal intime ses noms préférés. Ceux qu’il comptait donner un jour à son futur enfant.

Evan n’a jamais subi de chirurgie. Ni changement de sexe, ni masectomie: il est allergique à la plupart des antibiotiques, ce qui compliquait un peu les choses. Et aussi, il voulait garder cette possibilité d’avoir un enfant.

«Et bien c’est une surprise, mais c’est super!»

Avant sa grossesse, il s’injectait, comme tous les hommes trans, des hormones masculines. Lorsqu’il a décidé d’avoir un enfant, en 2013, il a simplement arrêté de le faire. Evan vit avec une femme, il a donc eu recours à un donneur de sperme. Mais il n’a pas rencontré de problèmes particuliers.

Le seul article universitaire sur la question, publié par l’université de Californie, estime d’ailleurs que la grossesse d’un homme trans ne comporte pas de difficultés réelles supplémentaires par rapport à celle d’une femme dite «cis-genre» (dont le sexe assigné à la naissance et le genre «vécu» correspondent).

L’équipe médicale qui l’a suivi, son employeur, et les rares personnes qui ont été mises dans la confidence ont toutes bien réagi à l’annonce de sa grossesse. «Et bien c’est une surprise, mais c’est super!», a répondu la responsable des ressources humaines de son entreprise. Quant aux autres, peu ont remarqué qu’Evan était enceint. «Même à la fin, il ressemblait juste à un type avec un ventre à bière, explique sa soeur. On raconte que les femmes enceintes reçoivent généralement beaucoup d’attention. Mais pour moi, ce n’était pas le cas», dit Evan, qui ne s'en est pas plus mal porté.

Tabou

Pourtant, les craintes de sa sœur concernant l’acceptation de la société sont légitimes. Après le mariage pour tous, la transidentité est le nouveau front des batailles LGBT pour l’égalité. Celui pour lequel il reste encore de multiples tabous, comme le montrent les débats autour des toilettes neutres aux États-Unis, beaucoup d'États et d'hommes et femmes politiques refusant que des personnes trans puissent se rendre dans des WC conformes à leur genre.

La possibilité pour un homme trans de porter un enfant est sans doute le tabou suprême. Lorsqu’en 2008, Thomas Beatie a posé avec un ventre rond comme un ballon pour le magazine People, des commentaires agressifs ont fleuri de tous les coins du monde. Pour nombre d’opposants, il est devenu le symbole de ce qu’ils considèrent comme une monstruosité.

Normes de genre

Depuis, de nombreux pères ont accouché aux États-Unis. En 2010, Andy Inkster a porté plainte contre une clinique qui refusait de le suivre, le trouvant «trop masculin». La clinique spécialisée à Boston où se rend Evan affirme prendre en charge 2.000 personnes dans cette situation, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. Mais malgré ces chiffres en augmentation, le sujet reste encore relativement peu connu aux États-Unis, et encore plus en France, où aucun homme enceint n’a jamais fait son coming out.

«Les Américains commencent tout juste à s’ouvrir à l’idée que l’on puisse être né dans le mauvais corps. Mais que penseront-ils lorsqu’ils réaliseront que des personnes nées dans un corps de femme et qui savent qu’elles sont au fond des hommes désirent malgré tout participer au rite traditionnel qui jusque-là était exclusivement réservé aux femmes? Quel type d’homme êtes-vous alors?» s’interroge le Times.

L’histoire d’Evan et des milliers d’hommes comme lui constituent un vrai défi pour nos sociétés, parce qu’elles bousculent les normes de genre et les perceptions culturelles. Mais elles sont aussi est une véritable chance pour élargir encore un peu plus nos esprits, et comprendre ces situations singulières.

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