Sciences / Histoire

Les mathématiques, un jeu de 24 familles

Temps de lecture : 2 min

Depuis le XVe siècle, les mathématiques auront généré 84 familles de scientifiques, mais seulement 24 d'entre elles rassemblent les trois-quarts des mathématiciens.

Torsten, math teacher, Suède, 1987 | Blondinrikard Fröberg via Flickr CC License by
Torsten, math teacher, Suède, 1987 | Blondinrikard Fröberg via Flickr CC License by

Depuis le XVe siècle, ce sont globalement vingt-quatre familles qui se partagent le gâteau des mathématiques. Il ne s'agit pas ici de familles au sens biologique, mais intellectuel du terme, comme les répertorie le Mathematics Genealogy Project (MGP). Créée à la fin des années 1990 à l'Université du Dakota du Nord et financée entre autres par la Société américaine de mathématiques, cette base de données référence aujourd'hui 201.862 mathématiciens classés en «arbres généalogiques», selon des lignées professeur/étudiant –un directeur de thèse sera un père, son thésard l'enfant, etc.

Une étude publiée le 16 août dans la revue EPJ Data Science est la première à proposer une analyse globale de cette base de données –jusqu'à présent, les mathématiciens s'en servaient surtout pour retracer leur propre généalogie– et à isoler les grandes familles de l'histoire des mathématiques modernes. Avec 56.387 disciples, l'aïeul le plus prolifique est le physicien et philosophe italien Sigismondo Polcastro (1384–1473), il est suivi par le russe Ivan Petrovich Dolbnia (1853-1912), qui comptabilise 18.968 descendants directs et précède le français D'Alembert, fier patriarche de 15 732 héritiers. En tout, depuis le XVe siècle, les mathématiques auront généré quatre-vingt quatre familles, mais seulement vingt-quatre d'entre elles rassemblent les trois-quarts des mathématiciens.

De la physique mathématique à l'informatique

Menée par une équipe de quatre chercheurs affilés à l'Université de Namur et à l'INRIA, dirigés par Floriana Gargiulo, l'étude permet aussi de «voir comment les mathématiques ont évolué dans le temps», précise la scientifique spécialiste des systèmes complexes et de la dynamique des réseaux.

Durant la première moitié du XXe siècle, la discipline reine qu'était la physique mathématique abdique pour les mathématiques fondamentales. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, c'est la statistique qui rafle la mise, avant de céder à son tour l'avantage aux mathématiques appliquées et notamment à l'informatique.

En outre, en subdivisant leur analyse par pays, les chercheurs montrent comment l'histoire des mathématiques suit celle du monde. Au moment de la dissolution de l'Empire austro-hongrois à la fin de la Première Guerre mondiale, on observe un fort déclin des doctorats décernés dans cette région. Entre 1920 et 1940, les États-Unis passent devant l'Allemagne et l'Oncle Sam devient le chef de file des matheux, avec un record de doctorats décernés chaque année. De même, l'hégémonie scientifique de l'URSS suit son apogée politique, que marque un pic de doctorats dans les années 1960, avant un déclin significatif au moment de la chute du régime communiste en 1991.

Slate.fr

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