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La polémique entourant le restaurant Le Cénacle le prouve, internet n'oublie jamais (enfin presque)

Grégor Brandy, mis à jour le 02.09.2016 à 17 h 51

Le restaurant devenu célèbre après la diffusion d'un film montrant deux femmes voilées se fair exclure de l'établissement risque toutefois de s'en souvenir encore longtemps.

Shush! | PunkToad via Flickr CC License by

Shush! | PunkToad via Flickr CC License by

Sur internet, Le Cénacle aura probablement du mal à s'en remettre. Après la publication d'une vidéo où l'on voit deux clientes assises à leur table avant d'être renvoyées parce que le restaurateur n'accepte pas de les servir en raison de leur voile, significatif de leur appartenance à la religion musulmane, le restaurant francilien s'est retrouvé au milieu d'une immense polémique.

Cette altercation a été filmée avant d'être mise en ligne le 28 août. Reprise par le site Info et Islam, elle a été vue plus de 500.000 fois, explique Rue89. En guise de représailles, de nombreux comptes Twitter et pages Facebook ont appelé à faire circuler la vidéo pour «montrer la réalité que vivent les musulmans et musulmanes», et «ruiner la réputation de ce restaurant sur tous les espaces en ligne où il est listé», parce que «les consommateurs doivent être dûment informés de telles pratiques». 

Sur une page Facebook, le ton était similaire, et un mode d'emploi était même fourni pour les internautes:

«Noter le restaurant [...] sur Facebook et laisser un commentaire [...]
Noter le restaurant [...] sur Google et laisser un commentaire [...]
Noter le restaurant [...] sur le site TripAdvisor et laisser un commentaire [...]»

Une simple visite sur les deux premiers permet de constater que les consignes ont été suivies à la lettre. Une mini-guerre entre défenseurs du restaurateur et ceux qui l'accusaient de racisme montre la violence des débats.

En revanche, comme l'avait déjà remarqué Rue 89, dès le début de la polémique, pas une seule mauvaise note ou commentaire sur le sujet sur la page TripAdvisor du restaurant.

Le cas TripAdvisor

Le dernier commentaire date de la semaine dernière, avant le début de cette affaire. Depuis le score reste inchangé. Alors pourquoi? Contactée, l'agence de communication qui s'occupe de TripAdvisor nous explique que les avis n'ont pas été mis en ligne car ils ne correspondaient pas aux critères de publication des commentaires sur le site, l'une des cinq raisons principales pour lesquelles un avis peut être retiré. C'est d'ailleurs ce qui est écrit dans les conditions d'utilisation du site:

«N'écrivez pas de messages contenant des propos insultants, des campagnes de dénigrement, ou des opinions personnelles sur la politique, l'éthique, la religion ou sur des sujets de société.»

Pourtant TripAdvisor ne contrôle pas la totalité des commentaires avant leur publication (255 par minutes, nous assure-t-on).

«Il nous est tout simplement impossible de vérifier factuellement tout ce contenu, mais au cas par cas, nous pouvons envoyer un e-mail de vérification pour nous assurer que le contributeur soumet un avis sur une expérience qu'il a vraiment vécue. [...] Chaque avis passe par notre système de suivi puis l'avis peut être revérifié par nos équipes spécialistes de contenu s'il n'a pas été validé par l'outil automatisé.»

Alors TripAdvisor a-t-il vite senti monter la polémique et bloqué toute publication ou note pour éviter que tout cela nerejaillisse sur la note du Cénacle? L'équipe en charge de la communication n'a pas répondu à nos questions sur ce point.

Le précédent niçois

Le restaurant francilien n'est pas le seul à ne pas avoir sa réputation détruite à la suite d'une polémique «extérieure» sur le site américain. En juillet dernier, Le Grand Balcon, un restaurant niçois était accusé d'avoir fermé ses portes à plusieurs personnes que Mohamed Lahouaiej Bouhlel tuait 84 personnes au volant de son camion, lancé à pleine vitesse le long de la plage azuréeenne. En plein milieu de cette polémique, le chargé de communication du restaurant dénonçait un «lynchage» sur Rue89:

«On reçoit 2.000 appels par jour pour nous insulter ou nous traiter de collabo! Après il y a aussi les gens moins courageux qui nous envoient des e-mails ou pourrissent notre page Tripadvisor.»

Aujourd'hui, la page TripAdvisor ne compte plus la moindre mention de l'évènement. Sur Google si la totalité des commentaires négatifs sur cet épisode a disparu, quelques notes à une étoile sans le moindre commentaire et d'autres notes et commentaires plus positifs (à cinq étoiles qui n'ont fait l'objet d'aucune réclamation) sont toujours présents. Ils sont la seule trace de la polémique qui a eu lieu pendant quelques jours.

Les politiques d'utilisation du site permettent en effet aux propriétaires d'établissement de faire supprimer tout ce qui ne concerne pas le restaurant en tant que tel:

«Parfois, en raison de l'actualité ou d'événements particuliers, l'attention du public se porte particulièrement sur certains endroits. Bien que nous respections et apprécions votre opinion, les avis ne sont pas destinés aux commentaires d'ordre politique ou social. D'autres plateformes, telles que les blogs ou les réseaux sociaux, sont mieux adaptées à ce genre de discours. Contentez-vous donc de parler de votre expérience directe et évitez les commentaires qui seraient motivés par l'actualité récente.»

Pas d'oubli sur internet

Google nous renvoyant donc vers les réseaux sociaux, nous sommes allés faire un tour sur Facebook. Et sur le principal réseau social, si la page officielle ne contient aucun souvenir de cette nuit ou de la polémique, sur une autre –non officielle– les avis sont encore principalement centrés sur ces événements. Et là où de nombreuses personnes accusent le restaurant d'avoir refuser d'ouvrir ses portes et lui attribuent généralement la note d'une étoile pour le plomber, d'autres soutiennent les gérants, certains demandent à tout le monde de pardonner ou d'arrêter de «gâcher la vie de cette patronne sur les réseaux sociaux».

Pas sûr que les futurs clients passent par cette page Facebook avant d'aller y dîner. Mais dans le monde de la restauration, comme dans celui des marques, le droit à l'oubli n'existe pas. Et même si TripAdvisor et Google ont beau accepter de supprimer certains avis, les polémiques s'affichent toujours parmi les premiers résultats de recherche.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (391 articles)
Journaliste
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