Boire & manger

Neuf façons de recycler le whisky cheap qui vous a fait tout l’été

Christine Lambert, mis à jour le 05.09.2016 à 20 h 31

Allez, il est temps de rendre le cola aux enfants et d'arrêter de le faire gicler dans le whisky. Il y a mieux à faire. Et plus original.

Happy Birthday to Me! Georgi Kirichkov via Flickr CC License by.

Happy Birthday to Me! Georgi Kirichkov via Flickr CC License by.

Canicule oblige, vous vous êtes contentés ces deux derniers mois de siroter des whiskies médiocres dopés au Coca glacé –c’est bon, vous êtes pardonné. Mais maintenant, qu’est-ce qu’on fait de la bouteille qui traîne? Quelques trucs pour la faire monter en gamme.

1.Noyez votre whisky sans vous cacher

Faites diversion et noyez le problème –méthode universellement éprouvée. Pour une dose de whisky sans charme, couvrez de cinq à sept doses d’autre chose plus agréable et sans alcool. Ne vous infligez pas la double peine en ajoutant à la gnôle tue-mouche un soft drink qui vous délogera les plombages des molaires. Il s’agit de «pimper» votre blend ou votre malt, pas de vous poncer chimiquement l’œsophage.

Ginger ale (à l’écossaise) ou ginger beer (pour un effet plus épicé), tonic, ice tea, eau gazeuse, eau de coco sont vos alliés. Pensez au Pimento (gingembre et piment) pour anesthésier le whisky en mode caliente. Le cola? Bien sûr, pas question de vous sevrer à peine la rentrée entamée. Mais choisissez-le pas trop sucré –le Curiosity Cola de Fentiman’s est une tuerie, recette d’apothicaire à base de gingembre et d’extraits de plantes.

2.Anabolisez votre blend

Jouez les apprentis blenders et créez vos propres assemblages. On a déjà fait le tour de la question ici, me reste plus qu’à vous souhaiter bonne chance.

3.Aromatisez-le (et copiez le rhum arrangé)

On trouve en rayon depuis trois ou quatre ans des «boissons spiritueuses» à base de bourbons ou de whisky aromatisés au miel, au citron vert, au gingembre, pomme, cerise… –j’en passe et des plus pires. Elles sont le plus souvent embouteillées à 35°, avec parfois des taux de sucre à caraméliser la transpiration de quiconque les sifflerait en plein soleil. Légalement, elles ne peuvent afficher le terme «whisky» sur le label. Un conseil: comme pour les rhums arrangés, fabriquez le vôtre vous-même. Après tout, c’est ainsi que les Ecossais consommaient leur whisky aux origines, pour en oublier le goût.  

4.Enfermez-le dans la pharmacie

Tout ce que le whisky ne soigne pas est incurable, prétend un dicton qu’on se renvoie de l’Ecosse à l’Irlande, où on le sert avec de l’eau chaude, du citron, des plantes, sucre, etc, pour soigner les coups de froid. Au pire, la gueule de bois vous fera oublier la sinusite. C’est aussi un vaso-dilatateur qui, à dose homéopathique, détend le début de mal de crâne –mais l’explose en overdose, alors prudence. Enfin, il engourdit les rages de dents et apaise les aphtes grâce à ses vertus antiseptiques. Certes, ça fait cher le bain de bouche, mais au moins vous savez pourquoi vous le recrachez, ce whisky.

5.Sublimez-le en cocktail

Je sens que je vais me friter avec mes amis bartenders sur ce coup. Allons-y. On vous dit souvent que les bons produits forment la clé de voûte d’un bon cocktail, et c’est vrai… jusqu’à un certain point. L’expérience m’a souvent démontré que le spiritueux de base pouvait se contenter d’apporter la dose d’alcool nécessaire au drink, à condition que les autres ingrédients soient de qualité –sinon, on ne ferait pas de cocktails à la vodka.

Moyennant quoi, vous concocterez des Manhattan, Sour, Penicillin, etc, qui tiennent la route avec un bourbon ou un scotch cheap. Pour enfoncer le clou, sachez qu’au Japon on sirote de très rafraîchissants Mizuwaris ou Highballs avec des blends qui, servis secs, vous poinçonneraient la trachée. Croyez-moi, c’est toujours meilleur qu’un Spritz. Sortez l’eau (plate ou gazeuse) et la glace, rien de tel pour maquiller un whisky sans en avoir l’air. (Sublimer, maquiller, j’ai l’impression d’écrire pour le magazine Elle, tout va bien. Note de l’auteure qui n’a pas pris de vacances.)

6.Passez votre whisky à la casserole

Gardez-le pour les marinades, pour flamber les volailles, pour remplacer une partie du balsamique dans la vinaigrette (miraculeux), pour secouer la pâte à crêpes ou à gâteaux, déglacer la poêle… Bref, sortez la bouteille du bar et expédiez-la en cuisine, dernière étape du déclassement spiritueux.

7.Battez-lui froid sans vergogne

Conservez la bouteille au congélo. Le froid va faire perdre au whisky toute sa complexité aromatique, mais ça tombe bien: il en était dépourvu. Il modifiera en même temps la texture du spiritueux, qui deviendra plus épaisse, plus liquoreuse, et fera remonter ses notes sucrées. Vous n’aurez plus qu’à le servir en schnaps dans des timbales givrées –parfait pour accompagner les desserts chocolatés ou glacés.

8.Créez votre liqueur maison

Même procédé que pour l’aromatisation: laissez macérer dans le whisky fruits et/ou écorces et/ou plantes et/ou épices en gardant à l’esprit ce que vous souhaitez extraire comme profil aromatique. Dans l’idéal, comme pour la recette du home made gin, divisez votre alcool et travaillez par petites quantités. Car si les fruits (dénoyautés) peuvent macérer des jours, voire des semaines, les épices se contenteront parfois de quelques heures. Filtrez.

Sucrez sans trembler, jamais moins de 100 g d’édulcorant par litre, et jusqu’à 300 g. Au lieu de jeter le sucre semoule dans la jarre de gnôle (option Pierrafeu), raffinez la torture. Goûtez votre macération. Trop fruitée? Ajoutez une part de sirop d’érable pour apporter un peu de profondeur et de boisé. A l’inverse, choisissez plutôt du miel ou du sirop d’agave pour regagner en gourmandise. Mieux, complétez avec un oléo-saccharum maison: dans un bocal, alternez une couche de zestes d’agrumes et une couche de sucre sur plusieurs rangées, fermez hermétiquement et laissez reposer plusieurs semaines. Les huiles essentielles vont s’extraire à froid en migrant vers le sucre, absorbées par son pouvoir solvant. Vous obtiendrez ainsi un édulcorant magnifique de complexité.

Au passage, s’il vous reste un fond de whisky ou de bourbon surboisé (issus d’un de ces kits de vieillissement avec lequel vous vous serez magnifiquement raté), incorporez-en une dose (pas plus de 10%) dans le rata. Miraculeux pour profiler une liqueur un peu unidimensionnelle. Laissez vieillir la liqueur quelques semaines ou, mieux, quelques mois, en l’oxygénant de temps en temps.

9.Frictionnez votre bétail

Quand ils admettent que les Irlandais ont bel et bien les premiers distillé du whisky sous ces latitudes frisquettes, les Ecossais ajoutent aussitôt dans un sourire moqueur: «Ils se servaient de leur eau-de-vie, tout juste bonne à cela, comme onguent pour frictionner les muscles des chevaux.» Les Highlanders prétendent avoir perfectionné la recette jusqu’à obtenir le nectar qu’on connaît: «Les Irlandais, eux, n’ont jamais changé la leur.» Avis aux lecteurs de Slate qui n’élèvent pas de troupeaux: chiens et chats, en principe, ne se classent pas dans la catégorie bétail –à vérifier.

Christine Lambert
Christine Lambert (175 articles)
Journaliste
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