France

Comment Cambadélis est devenu la machine à punchlines du quinquennat

Temps de lecture : 5 min

Depuis toujours, l'ancien trotskiste est en roue libre et régale journalistes et politiques de ses bons mots. Pour le meilleur, et parfois pour le pire.

Jean-Christophe Cambadélis, le 29 août 2016 à Colomiers. PASCAL PAVANI / AFP.
Jean-Christophe Cambadélis, le 29 août 2016 à Colomiers. PASCAL PAVANI / AFP.

Ce qu'il aime avant tout, Jean-Christophe Cambadélis, ce sont les métaphores. Évoquant la gauche et le risque de division, le premier secrétaire du Parti socialiste exhortait ainsi ses camarades, le 23 septembre: «Il ne s'agit pas de jouer perso, sinon on termine comme Ben Arfa.» Transféré cet été au PSG, le footballeur connu pour ses dribbles chaloupés a été écarté du groupe par son entraîneur... Motif: il ne travaille pas assez!

Puis évoquant la droite, qui occupe tous les radars médiatiques de ce début de primaire, avec Nicolas Sarkozy en guest star, Jean-Christophe Cambadélis osait carrément: «Les quatre Dalton de la droite –et je ne vous dirais pas qui est Joe– sont dans la surenchère.» Tout le monde aura reconnu l'allusion à l'ancien chef de l'Etat, connu pour lancer une polémique par jour: Gaulois, Gabon, migrants, tout y passe... Face au cador médiatique, Cambadélis fait ce qu'il sait faire: régaler la galerie pour allumer des contre-feux.

«Camba, on lui a prêté le parti», sourit un ancien de l’Unef, assistant parlementaire d'un député frondeur, qui connaît aussi bien les rouages du PS que les intrigues de couloir de Solférino. «Le but de Cambadélis, ajoute-t-il, c’est d’accompagner le gouvernement et de faire sa publicité. Mais c’est déjà très fort, hein! On peut dire qu'il y met du sien...» À la tête du PS –son rêve– grâce à Manuel Valls et François Hollande, Cambadélis est devenu le Raymond Devos de la politique française: maître des formules dans un paysage politique parfois aseptisé.

Quand Hollande était un «pervers pépère»

«Alors ça, on peut dire que Camba, c'est Mister Punchlines!», confirme Nadège Abomangoli, vice-présidente du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis et porte-parole du PS, qui connaît bien le personnage... «Mais contrairement à d'autres, il n'efface pas ses tweets ou ses posts de blog: il assume tout!» Référence à un billet de 2009 exhumé des entrailles du web, où Jean-Christophe Cambadélis comparait François Hollande, alors bien loin de l'Élysée, à un «pervers pépère». À l'époque, c'est Martine Aubry qui est à Solférino et Nicolas Sarkozy à l'Elysée. A la veille des européennes, Hollande fait du pied au Modem, ce qui ne plaît guère à «Camba», qui se fend d'une note assassine sur son blog.

Mais tout ça est derrière lui. Depuis qu’il a, enfin, enfilé le costume de premier secrétaire en avril 2014 –à la place d’Harlem Désir, dont le passage rue de Solférino ne restera pas dans les mémoires–, Jean-Christophe Cambadélis sue sang et eau pour faire la com’ du gouvernement. A défaut d’être ministre, il existe: il multiplie les sorties médiatiques. Il est même devenu, par la grâce de ses punchlines, le roi incontesté du LOL. Celui qui invente des formules ciselées pour les journalistes, des bons mots qui seront repris dans les JT. Autant de petites phrases qui ont un but: sauver le soldat Hollande.

Récemment, son nouveau bouc émissaire s'appelle Emmanuel Macron, à qui il réserve ses flèches les plus affutées («Kinder Surprise», «deuxième droite»). Il faut dire que, depuis sa démission du gouvernement, l'ex-ministre de l'Économie prend les traits du croque-mort de la gauche pour 2017.

Déjà, en avril 2016, dans le JDD, Cambadélis osait filer la métaphore du fils prodige: «Emmanuel Macron s’imaginait en Sully, il ne faudrait pas qu’il finisse en Brutus, comme certains l’y poussent. Sa campagne lui échappe. Car la placer sous l’égide de "ni droite ni gauche" ne peut pas être un avenir pour la gauche».

«PS, cela veut dire Parti socialiste... et pas PlayStation»

Cambadélis se révèle tel qu'il est: en excellent commentateur du PS et de ses turpitudes. En octobre 2014, quelques mois après des municipales désastreuses pour la majorité et alors que le parti se déchire, le premier secrétaire appelle au calme. «J’aimerais dire une chose aux socialistes: PS, cela veut dire Parti socialiste… et pas PlayStation. Il ne s’agit pas de descendre le maximum de socialistes en moins de temps possible», verrouille-t-il.

Jean-Christophe Cambadélis s'avère aussi être un VRP de luxe pour François Hollande, mettant son art de la petite phrase au service du chef de l'Etat. Malgré les sondages, le chômage et les scandales, Cambadélis ne change pas d'avis, et affirme que le bilan du président est «contrasté mais positif». Avec ce genre de formules, «Camba» mériterait d'être dans un manuel de littérature au chapitre suivant: qu'est-ce qu'une litote?

«Au moment où la croissance redémarre et où le chômage baisse, il serait paradoxal de ne pas souligner que nous avons redressé le pays, malgré l’ardoise que nous avait laissée la droite en 2012», détaille le premier secrétaire du PS. Cambadélis ne ménage pas ses efforts: «Sur le bilan, je suis désolé, la croissance est de retour, les déficits sont en recul, le chômage baisse quoi qu’on en dise... timidement mais il baisse». Tout est dans le «timidement»...

Un «consensus médiatico-sondagier» contre Hollande

La droite en prend pour son grade. En septembre 2014, Cambadélis taclait Sarkozy: «Il revient la rancune au cœur et la revanche à l'esprit. Son programme c'est lui, son bilan c'est l'autre!» En février 2016, le premier secrétaire se moquait de l'inflation de candidats à la primaire: «Ils sont sept, bientôt ils seront dix, ou onze. A droite, ce n'est plus une primaire, c'est une équipe de foot!» Evidemment, la phrase est reprise partout. Slate s'est même chargé de retrouver les joueurs de cette équipe...

Mais ses piques n'épargnent pas la gauche, où les candidatures fleurissent également. Fin août, il donne au JDD une interview au titre surréaliste: «La présidentielle, ce n'est pas la chasse aux Pokémon!». Et dans le texte: «J’observe la multiplication des candidatures chez les frondeurs qui n’ont pas réussi à s’accorder sur une candidature unique. Marie-Noëlle Lienemann, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Gérard Filoche, ça fait beaucoup».

Le premier secrétaire est aussi un grand optimiste. Sans rire, il annonce que cette primaire (refusée par les Verts, le PCF et une partie du PRG) «sera plus large que celle de 2011». Et si personne ne le croit, tant pis: «Camba» a un autre atout dans sa manche. Il dénonce un complot... Complot qui prend le visage d'un «consensus médiatico-sondagier» destiné à savonner la planche à François Hollande. Et s'attaque même à une «oligarchie» responsable d'«un Hollande bashing et un socialisme bashing» qui seraient «systématiques».

Un refrain qu'il a par exemple repris, au cœur de l'été, lors du débat sur le burkini. Cette polémique, affirmait-il sur Europe 1, serait un moyen de ne pas parler du bilan de François Hollande:

Qu'importe que Manuel Valls se soit fortement positionné sur le sujet, en défendant les arrêtés anti-burkini et en dénonçant toute «revendication religieuse» sur les plages. Selon Cambadélis, finalement, la meilleure preuve que «ça va mieux» (ou que tout ne va pas si mal...), c'est que la rentrée politique s'est faite sur l'islam et non sur le chômage. Une nouvelle marque d'audace rapidement refroidie par l'annonce des chiffres du mois d'août.

Jérémy Collado Journaliste

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