France

Macron, le seul à pouvoir battre Juppé ou Sarkozy et Le Pen

Temps de lecture : 4 min

S'il est sans doute parti du gouvernement trop tôt, il reste, par un trou de souris, le seul candidat de centre gauche à pouvoir l'emporter en mai 2017.

Pourquoi n’avoir pas attendu décembre, après la décision de François Hollande de se représenter ou pas? Emmanuel Macron avait toujours dit qu’il ne se présenterait pas si celui qui l’a mis là où il est, le chef de l’Etat, se mettait en ligne pour un second mandat. Lui qui se veut singulier, sans autre ambition que de servir le pays, ne voulait pas prendre la figure du banal traître politique comme il y en a tant. C’eut été perdre cette haute posture qu’il juge indispensable pour avoir une petite chance de gagner alors que toutes les machines politiques sont contre lui.

Et le voilà qui cède. Il n’est pas encore candidat mais il quitte le gouvernement. Sans doute est-ce sous les pressions de ses amis très impatients, trop impatients. Car voilà aujourd’hui l’univers médiatico-politique qui le presse d’aller plus loin, «jusqu’au bout», et de se déclarer candidat à la présidentielle. Aujourd’hui, l’horloge tourne plus vite, en politique comme en toutes choses. «Il faut occuper le terrain», telle est la consigne permanente des communicants. On a vu Emmanuel Macron et madame dans Match. On le voit sortir de l’Elysée démission en poche.

Ce qui a objectivement accéléré le tempo politique cet été est la situation de la gauche. Morte, la gauche. Divisée, déchirée, suicidée, dévorée par morceaux, arrachés par les appétits des Montebourg, Hamon, Duflot et autres. Tous ceux-là font le constat que François Hollande n’a plus aucune chance de repasser. Zéro. Terminé le François. Les derniers épisodes de la déchéance de nationalité et de la loi Travail ont démontré son incapacité à rassembler et la tuerie de Nice a été, par dessus, le troisième attentat, celui de trop. Comme en sus, les résultats économiques sont seulement très moyens, avec une conjoncture qui hésite et qui interdit toute clarté dans les résultats contre le chômage, la messe est dite, aux yeux des anti-Hollande. Ils n’en veulent plus.

Ils tirent un trait non seulement sur la tête de François Hollande mais carrément sur la présidentielle de mai prochain. Ils l’estiment à coup sûr perdue. Ils visent l’après. Ils se comptent, ils se placent. Et ils le font avec une telle haine du président en place et des critiques si définitives contre le social-libéralisme qu’ils ne se rallieront jamais plus derrière lui ni aucun candidat de cette ligne. La vérité consiste à dire que ce sera réciproque: les hollandais ne voteront jamais pour une ligne de gauche tradi, ni un personnage si fat que Montebourg, dit Monteboursouflé. Bilan: aucun candidat de gauche ne peut plus l’emporter. C’est mort.

Deux scénarios

On peut imaginer des scénarios. Dans le premier, Hollande se présente quand même contre tous les présages, c’est bien son genre. Emmanuel Macron, qui pour l’instant ne se présente pas encore à l’élection, parce qu’il affirme vouloir d’abord réussir à lancer En Marche!, pourrait alors reconsidérer sa propre candidature. C’est peu probable mais pas impossible si, malgré tout, le père François arrive à agréger un peu de monde derrière lui et si, en face de lui, les déchirements des égos de la «vraie» gauche apparaissent trop pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire vains. Dans ce cas d’une lutte du père et du fils, mortelle pour les deux, surprise, surprise, tout est possible, y compris des retrouvailles et la promesse d’un haut poste pour Macron dans la campagne de Hollande.

On peut imaginer, deuxième scénario, que Hollande renonce, même si, encore une fois, ce n’est pas son genre. Alors, la primaire de la gauche donnera lieu à une foire d’empoigne dont pourrait émerger Manuel Valls, objectivement le mieux placé, ou… Martine Aubry si elle se décide à aller au front (ce qui n’est pas son genre à elle).

Autant dans le premier scénario, candidat face à Hollande, Emmanuel Macron a des chances epsilonesques, autant dans ce second, il a un coup à jouer. Cela fera beaucoup de monde sur la piste contre le candidat de la droite et contre la candidate d’extrême droite. Les voix vont naturellement se disperser. Dans cette perspective, le trou de souris d’un «Macron, le seul qui peut gagner» n’est pas complètement impossible. Un candidat «de gauche» ne peut pas réussir, il divisera trop son propre camp. Emmanuel Macron a lui beaucoup d’ennemis à gauche, il énerve beaucoup de monde dans tous les camps, il dérange tous les codes établis de la politique française depuis 1969. Mais il a deux atouts majeurs.

Il représente un renouveau et le besoin de neuf est considérable dans l’opinion française. Avec en face de lui un vieux Juppé et la représentante de la famille Le Pen, si vieille dans le paysage politique, l’attrait peut être grand. Il présente le risque de l’aventure mais beaucoup de Français, y compris de droite et d’extrême droite, ont envie de renverser les tables.

L’autre avantage est lié, celui de la jeunesse. Macron peut décider les jeunes à venir voter, ce qu’il perdra dans l’électorat traditionnel de gauche, il peut le conquérir là.

Reste à construire un programme réformiste

Tout ça ne lui ouvre qu’un trou de souris, c’est évident. Troubler le jeu de la politique nationale, beaucoup en ont rêvé, personne n’y est jamais arrivé. Il fallait un de Gaulle pour réussir à forcer l’inertie des «appareils» dans les circonstances exceptionnelles de la guerre d’Algérie.

Tout va se jouer dans les sondages, d’ici à décembre d’abord, puis ensuite. D’ici à décembre, le résultat de Français Hollande dans l’opinion dira ce qu’il fera, se représenter (ce que je crois) ou pas. On verra alors ce qui se passera. D’ici là, il faut à Macron construire un programme réformiste cohérent, radical, juste, détaillé, capable d’être à la hauteur de ce qu’il prétend et qui emporte les convictions. C’est loin d’être fait.

Si Hollande affiche des scores sans autre espoir qu’une humiliante défaite, alors quiconque issu de la gauche n’a aucune chance. Dans ce cadre, Emmanuel Macron, candidat du centre-gauche, peut émerger comme le plus avancé. S’il rallie assez de voix de la gauche moderniste, s’il parvient à grignoter des voix à l’extrême droite sur le thème du renouveau, s’il ringardise un Juppé ou un Sarkozy, le trou de souris peut s’agrandir au fur et à mesure. Emmanuel Macron ne peut être sûr que d’une chose d’ici là: il va subir des tirs rageurs de tous les côtés de la sphère médiatico-politique, d’autant plus rageurs que son projet sera séduisant et que ses chances grandiront. Le voilà sous le feu.

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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