France

La petite navette de Bercy a volé la vedette à Macron

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 30.08.2016 à 17 h 37

Les images du ministre démissionnaire empruntant la navette fluviale de Bercy ont sauvé les directs des chaînes d'info en continu.

Emmanuel Macron, le 30 août 2016, s'apprêtant à s'engouffrer dans la navette fluviale du ministère de l'Economie et des Finances. LIONEL BONAVENTURE / AFP

Emmanuel Macron, le 30 août 2016, s'apprêtant à s'engouffrer dans la navette fluviale du ministère de l'Economie et des Finances. LIONEL BONAVENTURE / AFP

De toutes les étapes du feuilleton haletant de La Démission d'Emmanuel Macron, qui aura occupé une bonne partie de la journée du 30 août, l'image que l'histoire –avec un petit «h»– retiendra sera certainement celle du trajet à bord de la navette amarrée sur la Seine au pied du bâtiment du ministère de l'Économie et des Finances à Bercy, dans laquelle l'homme du jour s'est engouffré pour rejoindre l'Élysée où il devait rencontrer François Hollande.

Le ministre qui a libéralisé les bus au pays de la SNCF et s'est mis «En Marche!» vers son destin présidentiel (ou pas encore, cet aspect reste à éclaircir lors d'une déclaration à partir de 17h45) a donné à cet insolite et méconnu moyen de transport la popularité qu'il mérite. Car très vite, la magie des chaînes d'info en continu, qui s'étaient mises en mode «Direct» sur l'événement avant même qu'il n'y ait quoi que ce fut à filmer, a offert à la navette manoeuvrant sur la Seine non pas son quart d'heure de gloire, mais une diffusion en boucle hypnotique une bonne partie de l'après-midi, réhaussant les images de plateau et d'experts d'une touche fluviale bienvenue. Pour le plus grand plaisir des commentateurs occasionnels ou professionnels des coulisses de la vie politique, qui se sont régalés de cette micro-péripétie malicieusement insérée dans le fil d'un récit dont on redoutait des rebondissements connus d'avance.

Mais qui d'où vient-elle vraiment, cette fameuse navette? Et quels sont ses réseaux?

L'un de ses prédécesseurs sous la mandature Hollande, Pierre Moscovici, a décrit avec affection ce privilège du poste dans son livre Combats: Pour que la France s'en sorte. Propriété des douanes, le petit bateau à moteur (en réalité, le ministère dispose de deux navettes, qu'on a judicieusement baptisées Concorde et Bercy) est amarré au niveau de l'embarcadère situé sous l'arche du bâtiment qui plonge dans la Seine. Il «ne représente pas un luxe», se défendait comme par anticipation le ministre, mais «un gain de temps appréciable, évitant les aléas de la circulation dans Paris», moyen de locomotion fluide et rapide par lequel le ministre ou ses proches collaborateurs ont accès au tout-Paris des institutions de la République: il peut se rendre en conseil des ministres à l'Élysée, aux réunions interministérielles à Matignon ou aux questions d'actualité à l'Assemblée nationale –sans oublier, précise un article de 20 Minutes, les studios de certaines chaînes de télévision situées en bord de Seine.

«Le reste de la semaine, écrit-il ensuite, il a l'air de s'ennuyer un peu, clapoté seulement par les vagues des bateaux-mouches qui remontent vers les îles qui sont au coeur de la capitale.» Comme l'ancien ministre le remarque avec justesse, la Seine est un lieu de transit et de commerce, pas de transport de personnes, et «on ne se sent que plus seul sur le fleuve quand on a la chance de pouvoir y naviguer quelques instants.»

Macron en Sea Bubble sur BFMTV

Mais l'histoire des bateaux-mouche de Bercy ne s'arrête pas en si bon chemin. Car on a peut-être oublié que les navettes se sont retrouvées il y a deux mois à peine et bien malgré elles au cœur d'une passe d'arme entre le ministre de l'Économie et le secrétaire d'État au Budget, Christian Eckert. Dans le cadre de sa visite d'un salon consacré à l'innovation, VivaTech, Emmanuel Macron avait commandé pour Bercy deux «Sea Bubble», des petits véhicules aux courbes futuristes inventés par le navigateur Alain Thébault, qui lévitent sur l'eau et pourraient faire office de taxis volants sur la Seine.

Or, le portefeuille des douanes est du ressort du Budget, et le ministre concerné avait très mal pris l'affront... Au point de s'emporter sur Twitter en qualifiant son rival de «Ministre de tous les étages de Bercy». Depuis, l'incendie est éteint et nul n'a manifestement plus entendu parler des Sea Bubbles dans les couloirs de Bercy. La maire de Paris Anne Hidalgo souhaite en revanche les mettre en circulation sur la Seine dès 2017.

Moralité: vous avez échappé de justesse à la démission d'Emmanuel Macron, filmée en continu, à bord d'un Sea Bubble de la République. Comme quoi le pire n'est jamais certain. Notons enfin que Michel Sapin, ancien locataire de Bercy qui reprendra du service en remplacement d'Emmanuel Macron, a le privilège de pouvoir naviguer lui-même à bord, comme il l'avait fait lors des journées du patrimoine.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (977 articles)
Journaliste
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