Monde

Ancien propagandiste d'al-Qaida, il devient expert en déradicalisation

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 30.08.2016 à 11 h 22

Repéré sur New York Times

Jesse Morton, le fondateur d'un site de propagande djihadiste aux États-Unis, travaille désormais pour un think tank spécialisé dans la déradicalisation.

Capture Twitter

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De 2007 à 2011, Jesse Morton, un Américain converti à l'islam à 21 ans, était à la tête de Revolution Muslim (ou Révolution Musulmane), un site djihadiste qui encourageait ses lecteurs à la violence. Un des modes d'action de Younes Abdullah Muhammad (le nom arabe de Morton) était notamment d'aller devant des mosquées de New York le vendredi et de faire des discours critiquant un islam qu'il jugeait trop modéré. Des vidéos de ces prêches étaient ensuite postées en ligne, aux côtés d'enregistrements d'Oussama Ben Laden. 

Après un passage en prison et plusieurs années comme indic pour le FBI, Morton a désormais un poste de chercheur dans un think tank anti-extrémisme affilié à la George Washington University, rapporte le New York Times. 

Ce genre de transition a déjà eu lieu en Angleterre, où Maajid Nawaz, un ex-membre d'un groupe islamiste radical a fondé un think tank de prévention de la radicalisation, mais c'est la première fois aux États-Unis qu'un ancien djihadiste s'est ainsi réhabilité. Avant de l'embaucher, ses employeurs ont effectué plus d'une année d'enquêtes pour s'assurer de la sincérité de sa transformation, précise la journaliste Rukmini Callimachi, qui a interviewé Morton pour le New York Times.

Le message violent de Revolution Muslim avait influencé de nombreux extrémistes musulmans américains qui ont mis sur pied des projets d'attentat et de meurtre, comme Colleen LaRose, connue sous le nom de Jihad Jane, qui a été arrêtée en 2010 pour avoir projeté d'assassiner un caricaturiste suédois.

Appartenir à une cause plus importante

Les fondateurs du site faisaient attention à ce que leurs menaces en ligne soient assez vagues pour rester dans la légalité. Mais en 2011, un jeune associé de Morton a posté sur le site les adresses des créateurs du dessin animé South Park, et a encouragé ses lecteurs à les attaquer pour se venger d'un épisode se moquant du prophète Mahomet. Ce sont ces menaces qui ont mené à l'arrestation de Morton, qui était parti se réfugier au Maroc.

Il a expliqué au New York Times qu'il était devenu particulièrement efficace dans le recrutement car il avait appris à utiliser l'idéologie djihadiste pour donner sens au sentiment d'injustice ressenti par les sympathisants d'al-Qaida aux États-Unis. Selon lui, la clé était «de leur faire penser qu'ils pouvaient faire parti d'une cause importante».

Dans l'interview, Morton lie sa radicalisation à une enfance difficile, avec une mère qui le frappait. Son école n'a pas alors su l'aider et il en a gardé une haine contre la société américaine. Après des années en tant que dealer de drogue, il s'est converti à l'islam et a rencontré un musulman extrémiste en prison.

Sa renonciation au djihadisme a commencé lorsque que des agents américains lui ont permis de garder son Coran lors de son extradition du Maroc vers les États-Unis. En prison, il s'est mis à lire des ouvrages des Lumières, dont la Lettre sur la tolérance de John Locke.

Aujourd'hui, Morton n'a pas renoncé à sa foi musulmane mais veut dédier sa vie à contrer l'extrémisme:

«Tous les gens qui sont partis ou ont commis des actes criminels à cause de mes mots, j'espère en dissuader autant.»

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