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Aux VMAs, «vérités» chaotiques et fantasme d’une présidence Kanye West

Image extraite du discours de Kanye West aux MTV VMAs 2016

Image extraite du discours de Kanye West aux MTV VMAs 2016

Voilà ce qui se passe lorsque l'on donne quatre minutes d'antenne libre au rappeur américain.

Les États-Unis ont peur. Le 25 août dernier, le site TMZ prévient ses lecteurs: lors des emblématiques MTV Video Music Awards, le rappeur Kanye West aura droit le droit de faire ce qu’il veut sur scène pendant quatre minutes. «Les producteurs de la cérémonie attendent quelque chose d’énorme… Ils ne savent juste pas de QUOI il s’agit», écrit le site people.

Perçu comme une diva imprévisible (coucou Taylor Swift), sa montée sur scène promettait d’être grandiose. Mais plutôt qu’un show, le rappeur nous a offert en prélude de son dernier clip –«Fade»– un autre type de prestation qu’il aime particulièrement: un discours. «Je vais vous présenter ma nouvelle vidéo, mais avant ça… Je vais parler», a-t-il lâché devant un public conquis et habitué à ses prises de paroles.


Le discours, disponible en entier sur le site de Slate.com, est une mosaïque de thèmes en apparence disparates mais qui sont tous liés d’une façon ou d’une autre à West, à la gloire, et à l’Amérique. Il évoque son amie Beyoncé, son clip polémique «Famous», sa femme, Taylor Swift… avant de rappeler que 22 personnes ont été tuées la semaine passée à Chicago, la ville où il a grandi.

«Je parlais à l’Institut de l’Art [de Chicago, ndlr] l’année dernière et un gamin est venu me voir et m’a dit: “Trois de mes amis sont morts et je ne sais pas si je serai le prochain”. […] Vous savez quand vous êtes en dernière année au lycée et que c’est le dernier mois et que vous n’avez plus envie de bosser? Si vous avez l’impression de voir des gens mourir autour de vous, vous pouvez vous demander quel est le but de tout ça, non? La vie pourrait, d’une certaine façon, donner l’impression qu’elle n’en vaut pas la peine.»

Estime de soi

Il a ensuite évoqué des «gens riches et plus vieux, c’est-à-dire les blancs» qui lui demandent de ne pas se comparer à Steve Jobs ou Walt Disney, comme pour lui faire comprendre qu’il ne sera jamais comme ces «marchands d’art» qu’il aime temps. Ce à quoi il répond en citant les paroles d’un proche: «Il y a trois choses pour faire en sorte que les gens restent pauvres. Leur prendre leur estime, leur prendre leurs ressources et leur prendre leurs modèles.»


Si une partie de la presse s’amuse de ce discours, y voyant un autre délire égocentrique de Kanye West, il ne faut pas sous-estimer l’impact de ce genre de déclarations, que l’on pourrait presque comparer à celles d’un candidat à la Maison-Blanche. Sous quelques hésitations et digressions, sont évoqués le manque d’opportunités laissées aux Noirs et les problèmes de racisme qui rongent encore les États-Unis. D’ailleurs, il est difficile de ne pas y voir un parallèle avec le discours qu’il a prononcé l’année dernière, lorsque les VMAs lui remettaient le Video Vanguard Award. Tout en affirmant qu’il n’est «pas un politicien» et après avoir avoué qu’il avait fumé autre chose que des cigarettes, il a eu des mots particulièrement forts sur la génération des «millenials» qui prendra un jour le pouvoir.

«C’est une nouvelle mentalité. Nous n’allons pas contrôler nos enfants avec des marques. Nous n’allons pas leur enseigner la haine et à oublier l’estime d’eux-mêmes. Nous allons apprendre à nos enfants qu’ils peuvent devenir quelqu’un. Nous allons apprendre à nos enfants qu’ils peuvent se lever et s’affirmer. Nous allons apprendre à nos enfants qu’ils peuvent croire en eux.»

Puis, après avoir mentionné l’importance d’idées nouvelles et des gens qui croient en la vérité, il avait lâché: «J’ai décidé de me présenter aux élections présidentielles de 2020.»

#Kanye2020

Depuis les VMAs 2015, l’idée d’un Kanye West en course pour la Maison-Blanche a fait son petit bout de chemin dans la tête de ce qui se disent que, après tout, Donal Trump a bien réussi à devenir le candidat officiel du parti républicain. Même Barack Obama, qui l’avait qualifié de crétin en 2009 après sa montée sur scène des mêmes VMAs, en a parlé en octobre dernier. «Vous pensez vraiment que ce pays va élire un homme noir originaire du South Side à Chicago, et qui a un nom étrange, pour qu’il devienne président?», a-t-il déclaré pour la blague avant d’ajouter: «On verra ce que Kanye a à dire quand le moment sera venu.»  

Dans son dernier album sorti début 2016, The Life of Pablo, West a de nouveau réaffirmé ce que certains prenaient comment une blague en chantant «en 2020, je vais me présenter à l’élection».

Aujourd’hui, avec ce nouveau discours fantasque, le rappeur positionne un peu plus son engagement politique. Et quand on connaît le personnage et que l'on suit ce qu’il se passe lors de ces élections présidentielles 2016, on ne devra pas s’étonner si un jour le hashtag #Kanye2020 s’affiche dans les rues américaines.

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