France

Jeunes diplômés, ils racontent leur première année sans rentrée

Agathe Charnet, mis à jour le 31.08.2016 à 16 h 16

Pour la première fois, ils ne vont ni se rendre en cours, ni mettre les pieds dans un bureau en cette rentrée de septembre. Slate.fr a recueilli les craintes et les désirs de ces jeunes gens en plein entre-deux qui cherchent à donner un sens à leur vie.

Montage à partir d'une photo AFP/ DENIS CHARLET

Montage à partir d'une photo AFP/ DENIS CHARLET

Ils s'appellent Thomas, Charlee ou Paul. Ils viennent de Poitiers, Paris ou Bordeaux et ont un point commun: cette année, pour la première fois depuis parfois vingt ans, le mois de septembre ne marquera pas pour eux la fin des vacances scolaires.

Parce qu'ils n'ont pas encore trouvé de travail, qu'ils rêvent d'une vie artistique ou qu'ils inventent au quotidien leur vie professionnelle, l'année 2016-2017 leur apparaît comme un grand saut dans le vide, une plongée vers l'inconnu. On n'est pas sérieux quand on a 25 ans!

1.Thomas, 24 ans«J'aimerais trouver un travail qui ait un sens»

«Pour la première fois de ma vie, je n'ai strictement aucune idée de ce que je vais faire, ni dans un mois, ni dans cinq ans! J'ai été diplômé de Sciences Po l'année dernière et j'ai fait un long stage de fin d'études dans le secteur du lobbying. L'entrée dans la vie active me fait très peur. J'ai peur que ce soit un interminable tunnel jusqu'à ma retraite, que je n'arrive pas trop à imaginer... J'ai besoin de trouver du sens à mon travail et d'avoir du temps pour mes projets personnels en parallèle.

Alors cette année, je me suis imposé une rentrée artificielle! Je rentre à Paris le 1er septembre pour chercher un emploi mais je ne sais pas vraiment dans quoi! Je viens de signer une colocation et il va falloir que je me débrouille pour payer le loyer. Mes parents, qui vivent à Poitiers, m'ont annoncé qu'ils ne me financeraient pas une huitième année post-bac et je les comprends. L'idéal pour moi serait de trouver un CDD ou un mi-temps, sinon je vais me rabattre sur des missions d'interim.

Tout cela me semble bien flou et j'espère que cette incertitude ne va pas durer trop longtemps! Mais je suis tout de même soulagé d'avoir fini mes études et d'être libre de choisir ce qui me plaît. Je me suis inscrit à des cours de dessin à l'encre de Chine avec la mairie de Paris et je compte bien profiter de tout ce temps libre pour dessiner le plus possible, j'ai aussi un projet de roman. Bref, je ne compte pas m'ennuyer!»

 

2.Catherine, 25 ans«Vivre du RSA pour mon rêve de théâtre»

«Je suis diplômée d'un Master d'études théâtrales de l'université Paris-3. Le théâtre, c'est ce que je veux faire, j'en suis certaine à présent. La mise en scène surtout. Alors, j'ai décidé de me donner quelques années pour tenter ma chance. Mes parents vont me soutenir et je suis en train de faire les démarches pour demander le RSA en attendant de réunir assez de cachets pour obtenir mon intermittence.

Je sais que mon quotidien va être précaire et que je ne suis pas prête de partir en vacances ou de faire de folles dépenses, mais je sais pourquoi je choisis cette vie

Même si ma vie est beaucoup moins organisée que lorsque j'étais étudiante, il est hors de question de rester chez moi sans rien faire! J'ai déjà bien rempli mon emploi du temps entre les répétitions de ma nouvelle création et les autres projets artistiques auxquels je participe. J'ai prévu de travailler sur la dramaturgie ou d'apprendre mes textes à l'extérieur, dans des cafés ou à l'université Paris-3 à laquelle je reste très attachée. Je suis d'ailleurs toujours bénévole au sein de l'association de théâtre de la fac, ce qui me permettra de conserver, d'une certaine façon, un rythme universitaire.

Je me sens plutôt confiante, même si c'est parfois effrayant de se dire que maintenant tout dépend de moi. Je sais que mon quotidien va être précaire et que je ne suis pas prête de partir en vacances ou de faire de folles dépenses, mais je sais pourquoi je choisis cette vie!»


 

3.Charlee, 26 ans:«Les études vont beaucoup me manquer»

«Ça y est. Mon alternance est finie et je suis diplomée d'un Master de communication digitale à Bordeaux. J'ai enchaîné deux alternances et j'ai compris que le salariat ça n'était pas fait pour moi, je suis trop indépendante. Pourtant, il y a un an ou deux, ça m'aurait fait rêver un contrat à durée indéterminée... Surtout quand je vois mes amis qui galèrent à trouver du boulot...

Alors je vais travailler comme free-lance dans l'entreprise que vient de fonder mon fiancé. Je vais avoir des horaires de bureau, pour me mettre dans une discipline. Je travaillerai à moitié chez moi et à moitié dans un espace de co-working qui fait aussi office d'atelier d'artistes. Car si je n'aime pas les contraintes hiérarchiques, je ne suis pas pour autant une solitaire! Je vais m'autoriser une demi-journée par semaine pour moi. J'ai l'intention d'apprendre la langue des signes, un vieux projet que je n'ai jamais eu le temps de concrétiser.

Les études vont beaucoup me manquer, j'ai toujours aimé l'école, l'ambiance scolaire et la rentrée de septembre... J'aimerais d'ailleurs faire des interventions dans les écoles, ce serait ma manière à moi de revenir en classe!»
 

C'est exactement le mode de vie que je souhaitais: ne pas avoir à attendre des années dans une entreprise pour avoir le droit de prendre des initiatives. Pouvoir tout faire, tout de suite

4.Paul, 25 ans:«Je vais passer ma rentrée dans ma hackerhouse»

«Pour moi, le mois de septembre c'est juste devenu le mois qui succède à celui d'août, rien de plus! J'ai créé ma start-up, il y a un an et demi, en parallèle avec mes études. Et maintenant que je suis enfin diplômé, je m'y consacre à 100%.

Ma start-up a une spécifité: c'est une hackerhouse, la première de France! C'est-à-dire que nous vivons avec une dizaine de personnes dans une grande maison et que nous travaillons comme nous le voulons et quand nous le voulons sur des projets de développement technologique et numériques. Nous avons des poules, une table de ping-pong, un barbecue. Un peu comme une mini-Silicon Valley en Val-de-Marne!

C'est exactement le mode de vie que je souhaitais: ne pas avoir à attendre des années dans une entreprise pour avoir le droit de prendre des initiatives. Pouvoir tout faire, tout de suite. C'est pas parce qu'on est jeunes qu'on a pas d'idées ou de compétences! Au niveau des horaires, je peux me lever à 11 heures du matin ou travailler une bonne partie de la nuit, je n'ai de comptes à rendre à personne. Idem pour les vacances que je prends quand je veux.

Créer un nouveau concept c'est toujours prendre des risques mais, pour ma part, j'ai plutôt hâte de voir ce que cette année me réserve!»
 

5.Mathilde, 25 ans«Je pars sur un cargo, de Tokyo à San Francisco»

«J'ai toujours été un bon soldat. Classe préparatoire, master de recherche en philosophie, préparation des concours de l'enseignement. Ça fait deux ans que je suis admissible et que j'échoue aux oraux. Cette année, je me suis dit que c'était hors de question de passer encore une année en tête-à-tête avec Descartes et Spinoza. Je suis jeune, pleine d'énergie et j'ai envie de sortir la tête de mes concepts. J'ai donc décidé de prendre une année sabbatique: une année sous le signe du voyage, de la découverte et de l'aventure.

Ce rêve à un coût: j'ai donc rendu mon appartement et je retourne vivre chez mes parents. Pour moi qui ai quitté le domicile familial à 18 ans c'est sur que ça fait bizarre. Je vais faire des petits boulots et enfin passer ce fichu permis que je repoussais durant mes études. Une fois que j'aurai réuni assez d'argent, je pars seule faire la traversée du Pacifique: je prends un cargo de Tokyo à San Francisco. Je veux ensuite remonter jusqu'en Alaska, façon Into The Wild ou Jack London.

Je suis à un âge où beaucoup de mes amis commencent à avoir des situations stables, à emménager ensemble et partent à la chasse au CDI. Pour ma part, j'ai la sensation que l'avenir est aussi ouvert qu'incertain. Ça fait peur bien sur, mais c'est ainsi. J'ai d'ailleurs écouté avec amusement la nouvelle chanson de La Femme qui évoque la nostalgie des mois de septembre. Mais je préfère me lancer face au gouffre que de retourner en arrière!»

Agathe Charnet
Agathe Charnet (22 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte