France

Présidentielle 2017: en arrière toute!

Temps de lecture : 5 min

Chez Arnaud Montebourg et Nicolas Sarkozy comme chez les autres candidats, la plupart des grands défis des vingt prochaines années sont à peine évoqués.

L'Elysée en octobre 2015. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP.
L'Elysée en octobre 2015. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP.

La campagne présidentielle est mal partie. En cause, non pas la multiplicité des candidats, effet inévitable des primaires dans un système politique où tout tourne autour de l’élection du président de la République. Ni même la place extravagante prise par l’interdiction du burkini, qui fait de la France la risée, quand ce n’est pas l’indignation de la presse étrangère.

Il y a plus inquiétant: c’est, le plus souvent, l’absence totale de vision, d’imagination et même le sentiment de régression que l’on éprouve à l’examen des programmes des prétendants à la magistrature suprême. Sans céder à une nostalgie facile, et sans regretter les utopies d’hier, on est très loin du souffle que pouvaient avoir la «nouvelle société» de Jacques Chaban-Delmas, le «changement» promis par François Mitterrand ou même la lutte contre la «fracture sociale» de Jacques Chirac. Il y avait alors une idée de modernité, de renouveau. Rien non plus aujourd’hui qui ne ressemble à l’enthousiasme qu’ont pu susciter Valéry Giscard d’Estaing en 1974 ou même Nicolas Sarkozy en 2007. Si l’on en croit un récent sondage de l’Ifop, c’est aujourdhui un choix particulièrement rebutant qui est offert aux Français: 73% d’entre eux ne veulent pas de l’élection de François Hollande, 66% de celle de Nicolas Sarkozy et 63% de celle de Marine Le Pen…

Les programmes d'une France fatiguée, vieillie, usée

La présidentielle se joue, il est vrai, dans un climat très lourd. Un sentiment d’impuissance de gouvernants après des décennies de croissance molle et de hausse du chômage dans une Europe en panne. Et surtout une société traumatisée par les attentats djihadistes.

Tout en évitant les démagogies de campagne qui ont ensuite plombé les mandatures, on était en droit d’attendre de la part des candidats, dans un monde et une société où tout change très vite, sinon de la disruption, du moins un peu d’imagination, de cohérence et d’audace. Ce sont au contraire des programmes d’une France «fatiguée, vieillie, usée» qui nous sont en général proposés. Des programmes non pas tournés vers l’avenir, mais qui ressassent les querelles d’hier, et les recettes d’avant hier, souvent puisées dans les années 70 ou 80 du siècle précédant.

Les deux dernières entrées officielles en campagne d’Arnaud Montebourg et de Nicolas Sarkozy en sont la caricature. Les deux prétendants se retrouvent déjà à l’unisson avec tous les populistes et, hélas, beaucoup d’autres politiques, pour dénoncer le «système» (dont ils font bien évidemment partie!) et vilipender l’Europe, cause de tous nos maux, comme dans les plus belles envolées de Philippe de Villiers il y vingt ans… Notons que Jean-Luc Mélenchon va plus loin: en proclamant «l’Europe, tu la changes ou tu la quittes» ou en stigmatisant «le travailleur détaché qui vole son pain au travailleur sur place», il emprunte non seulement la rhétorique de Marine Le Pen mais envisage comme elle, le cœur léger, une sortie de l’Union.

Arnaud Montebourg, au nom du «retour de la France», retrouve les accents du Jean-Pierre Chevènement de 2002 ou du Ceres des années 1970. Il prône la sortie du «carcan européen» du déficit limité à 3%, et l’abandon du «dogme» de la concurrence libre et non faussée, en lui substituant «la préférence collective» (en fait nationale) permettant de réserver 80% des marchés publics aux PME hexagonales. Les règles de base de l’Union européenne seraient alors bafouées… Ce que le champion de la démondialisation assume en réclamant «un mandat non négociable de dépassement des traités européens» et une refondation de l’Europe.

Les autres propositions économiques sont souvent puisées aux sources du Programme commun de la gauche de 1972, et parfois plus loin encore: renationalisation d’une grande banque et regret de ne pas l’avoir fait pour Arcelor, ouverture des vannes de la dépense publique sans le début d’un financement, résurrection de la participation gaulliste des années 1960, recréation d’une grande banque de l’investissement sur le modèle du Crédit national de l’après-Première Guerre mondiale…

Sur les institutions, le chantre de la VIe République veut le retour au septennat (non renouvelable) ainsi que l’instauration d’un spoil system dans la haute administration. Sans oublier le rétablissement d’un service national vingt ans après sa suppression –il était alors militaire– par Jacques Chirac.

«Tout est possible, il suffit de le vouloir», s’enflamme Montebourg, quand Rocard aimait à rappeler que «le volontarisme est l’ennemi de la volonté»

À Sarkozy le «retour», l'«abandon», la «remise en cause»

Surfant sur une société profondément ébranlée par les attentats, Nicolas Sarkozy revient à ses fondamentaux et entend axer la campagne sur le triptyque autorité-identité-immigration. Oublié le «petit Français de sang mêlé» alors favorable au vote des étrangers aux élections locales, à la discrimination positive, et même –eh oui!– réticent à l’interdiction du voile à l’école et à la suppression de l’aide médicale d’état. Nicolas Sarkozy savait alors surprendre. Il préfère aujourd’hui –et les mots sont symboliques d’une vision réactionnaire au sens littéral du terme– le «retour» aux peines plancher, la «suspension» du regroupement familial instauré par Giscard d’Estaing, l’«abandon» du menu de substitution, la «remise en cause» du droit du sol, le «rétablissement» d’une cour de sûreté antiterroriste sur le modèle de celle créée en 1963 par de Gaulle en pleine guerre d’Algérie et vague d'attentats de l’OAS. Et le candidat d’expliquer que «l’État de droit n’est pas gravé pour l’éternité dans des tables de pierre», qu’il faut en finir avec l’esprit soixante-huitard (c’était il y a près d’un demi-siècle!) ou encore que «c’est ce que les Français attendent», un peu comme il avait justifié face au militants de la Manif pour tous son retournement en faveur de l’abrogation du mariage homosexuel par un «Si ça vous fait plaisir, ça coûte pas cher»…

Soyons juste, d’autres propositions, notamment économiques, s’inscrivent davantage dans un vrai débat d’aujourd’hui. Même si là encore, comme ses challengers de droite, il y a plus d’audace et de détails dans les baisses d’impôts que sur les 75 ou 110 milliards d’économies qui sont annoncées. Passons enfin sur le retour au tout-nucléaire (toujours les années 1970!) pour constater là encore la défiance à l’égard de l’Europe dont il faudrait renégocier les traités.

Chez Montebourg comme chez Sarkozy et les autres candidats, la plupart des grands défis des vingt prochaines années sont à peine évoqués: la nouvelle économie –numérique, ubérisation, pluriactivité, revenu universel, etc– l’environnement, le réchauffement climatique et la transition énergétique, la médecine et la santé de demain, la lutte contre les inégalités (sociales et scolaires), une vraie réforme fiscale, les territoires, la culture et bien sûr l’Europe.

Après tout, diront les cyniques, tout cela n’a guère d’importance, et une campagne se gagne sur un bon slogan, une belle saillie… Comme François Hollande avec le fameux «Mon ennemi, c’est la finance»

On a vu le résultat.

Gérard Leclerc Journaliste politique à Radio classique. Ancien chef du service politique de France 2 et France 3 et ancien président de LCP

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