Boire & manger / Monde

La folle histoire du Breton devenu une égérie en Corée grâce à sa crêperie

Temps de lecture : 6 min

Parti à 20 ans sans rien ou presque en Nouvelle-Zélande, Arnaud Laudrin vit une expérience de dingue. Mannequinat, pub, participation à des émissions de télé, il a surtout réussi son premier pari: avoir sa propre crêperie en Asie. En attendant un premier fest-noz en octobre...

Vous imaginez une chaîne de télévision asiatique qui interrogerait votre grand-mère dans un documentaire qui vous est consacré, inviterait votre mère sur un plateau télé lors d'un talk-show, vous proposerait de présenter sa prochaine émission? Compliqué à envisager, hein? C’est pourtant ce qu’est en train de vivre Arnaud Laudrin. Le jeune Breton de 28 ans a quelques atouts qui lui ont permis de vivre cette histoire de fou: sa nationalité, son épouse coréenne, son cran, sa soif d'aventures et sa crêpe au caramel au beurre salé. Vous avez dit cliché?

Arnaud accompagné de son épouse et de sa mère sur le tournage d'un talk-show coréen.

«Le BTS, ça m'a saoulé»

En 2009, rien ne prédestinait Arnaud à découvrir les plateaux de télévision. À l'époque, à 20 ans, il vient tout juste de terminer un BTS Négociation et relation client à Pontivy (Morbihan). Un cursus qui l'a «saoulé». Enchanté par un stage en Chine, l'envie lui prend de partir en Asie pour monter sa crêperie.

«Je n'étais pas forcément bretonnant à la base, mais c'est vrai que j’ai toujours aimé la musique bretonne, les fest-noz, les crêpes… Je m'étais dit que si un jour je pouvais partir à l’autre bout du monde pour promouvoir notre culture, ça pourrait être sympa et enrichissant pour moi comme pour les gens. J'ai donc suivi une formation de crêpier à Vannes de deux semaines qui te donne les bases.»

Après quelques petits boulots en France pour survivre lors des premiers mois de son voyage, il débarque en Nouvelle-Zélande et décroche un emploi grâce auquel il se perfectionne à la fois dans la langue de Shakespeare et au maniement du billig (plaque sur laquelle on cuit les galettes). Après trois années sur place et une en Australie, il repart dans l'Hexagone pour se marier. Car, entre temps, notre Breton a trouvé l'amour. Et avec Yeon-Tung, ils décident de partir s'installer dans son pays d'origine: la Corée du Sud.

Acteur dans plusieurs pubs

Quand il atterit dans son nouveau pays, le Morbihannais essaye, là aussi, de survivre le temps d'apprendre les rudiments de la langue. Pour trouver de l'argent, il décide de passer des castings. Les étrangers sont recherchés et c'est très bien payé.

«C’est relativement simple d’avoir du travail au moins en tant que figurant. J’ai fait trois pubs télé en tant qu’acteur principal. Dans ce cas-là, pour la journée, tu peux être payé mille euros. Des bonnes journées quoi… Pendant un mois, tu peux faire deux ou trois pubs, mais parfois tu peux en faire pratiquement tous les jours, ça m’a permis de beaucoup économiser.»

Certains de mes clients trouvaient que ce que je faisais était incroyable parce que j’étais seul dans un quartier 100% coréen

Et surtout de faire rire ses proches. C'est quand même toujours drôle de voir un ami qui n'a jamais brûlé les planches se retrouver à en endosser la toque d'un cuisinier dans une pub pour de la sauce tomate.


Être footballeur pour un site de paris en ligne.

Ou encore golfeur en double page d'un magazine...

Parallèlement, Arnaud ne perd pas non plus son rêve de vue et lance au bout d'une année son petit stand de crêpes Yec'hed Mat (qui veut dire «santé» en breton quand on trinque) sur un marché traditionnel de Séoul pour se faire les dents. Pas évident.

«J'ai créé ce petit boui-boui car on est arrivé en Corée sans argent et donc là j’ai été voir un agent immobilier à côté de chez moi, qui m'a dit qu'il y avait une tente de libre. C'était 300 euros par mois, ce n’était pas un gros risque et j’ai foncé.»

Yeon-Tung et Arnaud à la barre du Yec'hed Mat.

Son affaire a pourtant bien du mal à démarrer, il lui faudra finalement un déclic pour la faire décoller.

Suivi par une émission

Même s'il n'a pas encore énormément de clients, au départ, notre crêpier se fait pourtant très vite remarqué. Bah ouais, sur le marché, c'est le seul expatrié. Arnaud a surtout du bagou. Un beau jour, il reçoit un coup de téléphone de la chaîne nationale KBS, qui lance une émission hebdomadaire pour montrer aux locaux les difficultés qu’ont les expatriés pour s'intégrer.

«Certains de mes clients trouvaient que ce que je faisais était incroyable parce que j’étais seul dans un quartier 100% coréen et donc il y en a certains qui ont appelé la chaîne pour leur dire de venir voir le blanc-bec faire ses crêpes.»

Après un entretien téléphonique, Arnaud convainc les dirigeants de la chaîne et, dès le lendemain, l'équipe technique de «Mon voisin Charles» suit son quotidien. Pendant deux mois, il est filmé quasi-constamment.

Très vite, le Breton devient d’ailleurs le poulain de l’émission avec son faux air à la David Beckham. Un énorme coup de pouce pour son commerce.

«Pendant la diffusion, il y avait une heure de queue devant mon stand, j’enchaînais les crêpes. C’est grâce à la télé que j’ai ouvert mon nouveau restaurant. Le truc que c’est que les gens me reconnaissent mais pas du tout comme une star. Plus comme un gars qui bosse énormément pour concrétiser ses projets.»

Une crêperie dans le quartier étudiant de Séoul

Depuis qu'il a enfin réalisé son rêve d'ouvrir un nouveau restaurant de 100 mètres carré dans le quartier étudiant de la capitale, le moins que l’on puisse dire, c'est qu'Arnaud et son épouse travaillent beaucoup: quatre-vingt-dix heures par semaine en moyenne. Chaque jour, il commence, en général, sa préparation vers vingt-trois heures et finit souvent à minuit en faisant apparemment tous les aliments lui-même, caramel au beurre salé compris.

En Corée, il y a une forte culture, ils ont leurs costumes, une tradition, mais ça reste à peu près la même chose. En France, on a les Bretons, les Alscaciens, les Corses, les Basques… Chacun a son identité régionale

Le Morbihannais a quand même dû trouver des parades pour contenter les Européens et les Coréens qui ont quand même encore parfois du mal à comprendre ce concept Made in Breizh et notamment les plus vieux.

«Est-ce qu'un étranger peut vivre ici en vendant ça?, demande ainsi par exemple une vieille dame devant la caméra lorsqu'il galérait à ses débuts dans le premier épisode. Je suis désolé pour lui à chaque fois que je passe devant son stand.»


En plus des galettes classiques (complète, forestière...), notre Beckham breton a donc décidé de métisser sa carte pour coller aussi au goût des locaux.

«Je me suis fait un délire perso car j’adore la cuisine coréenne. C’est une galette de sarrasin avec du choux que je fermente au restaurant à la façon coréenne et je rajoute de l’Emmental dedans et c’est rigolo parce que c’est très populaire même avec les Français. Il y en a beaucoup qui viennent tous les jours et comme ils mangent tout le temps une complète, goûter cette autre crêpe ça leur change un peu.»

La Bretagne à Séoul, les Coréens à Guénin

Depuis qu’il s’est posé à Séoul, Arnaud, entend bien d’ailleurs favoriser les échanges entre sa région et son pays d’accueil. Après la première saison, la chaîne lui a proposé de continuer à le suivre lorsqu’il a monté son affaire pour réaliser un épisode de cinquante minutes intitulé «Mon voisin Arnaud» qui a fait tout de même 20% de parts de marché.

« Ils m’ont demandé de récupérer des vieilles photos de chez nous. On leur a envoyé des images de l’horloge de mon arrière grand-mère de 1925, des sabots de mon arrière grand-père, la coiffe bretonne de mon arrière grand-mère. Ils ont dit que c’était génial.»

La première chaîne coréenne a tellement aimé qu’une équipe de KBS a été dépêchée pour le suivre lors de ses vacances à Guénin, une ville d'environ 2.000 âmes, pour filmer toute sa famille. On vous laisse apprécier le choc des cultures (Cliquez sur paramètres pour avoir les sous-titres en anglais).

«Ils ne connaissent pas beaucoup la Bretagne mais pas mal de gens que je croise sont intéressés. Dans ce reportage, on a pu montrer beaucoup de choses comme le village tradtionnel breton de Poul-Fetan, le château de Pontivy, quelques images “roots” de la Bretagne. En Corée, il y a une forte culture, ils ont leurs costumes, une tradition, mais ça reste à peu près la même chose. En France, on a les Bretons, les Alscaciens, les Corses, les Basques… Chacun a son identité régionale. C’est vraiment différent et j’essaye de faire comprendre ça aux Coréens.»

La grand-mère d'Arnaud, 84 ans, parlant du mariage de son petit-fils avec Yeon-Tung.

Arnaud, qui va bientôt présenter une émission sur les bonnes adresses culinaires de la capitale, a d'autres projets sur le feu: un échange scolaire entre son ancien lycée pontivyen et un établissement séoulite, le lancement d'un festival coréen à Guénin dans un futur lointain. Dès le mois d'octobre, il aidera aussi une association nantaise à mettre sur pied le premier fest-noz breton du pays. C'est ce qu'on appelle une belle success-story.

Jacques Besnard Journaliste

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