Partager cet article

Il faut s'armer d'une loupe pour discerner l'inversion de la courbe du chômage

Magnifier glass and money / Images Money via Flickr CC License by.

Magnifier glass and money / Images Money via Flickr CC License by.

L’inflexion qui se profile semble toujours bien fragile lorsqu’on élargit l’analyse des statistiques.

Après quatre années marquées par l’espoir longtemps déçu d’une inversion de la courbe du chômage, la promesse de François Hollande semble aujourd’hui se réaliser. Mais c’est avec une loupe qu’il faut aujourd’hui scruter cette inflexion à travers les statistiques de Pôle emploi. La tendance a encore besoin d’être confirmée puisque, si la photographie du mois de juillet est plutôt bonne (-0,5% de chômeurs en catégorie A –sans aucune activité– en juillet par rapport à juin), les mauvais chiffres de mai et juin incitent encore à la prudence. Ainsi, sur trois mois, les statistiques sont finalement tout juste stables, avec un recul de seulement 0,1%.

Sur un an, l’évolution apparaît plus favorable avec une baisse de 1,2% du nombre d’inscrits à Pôle emploi. Toutefois, le quasi doublement du nombre des entrées en stage depuis septembre 2015, qui viennent en déduction du nombre des inscrits, fausse la perception que l’on pourrait avoir du nombre de chômeurs ayant retrouvé un emploi.

En outre, si le nombre d’inscrits sans aucune activité a baissé sur un an, le nombre de personnes en situation précaire, n’exerçant qu’une activité réduite et également inscrites à Pole emploi (catégories B et C) a en revanche augmenté de plus de 4% sur un an.

Halo autour des statistiques

Pas facile, dans ces conditions, d’affirmer que l’inversion de la courbe du chômage est durablement engagée. Toutefois, l’Insee a apporté courant août sa contribution à l’analyse en indiquant que, en moyenne, sur le deuxième trimestre 2016, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) est de 9,9% de la population active en France –et même de 9,6% pour la seule France métropolitaine– après 10,2% au premier trimestre 2016.

Certes, les méthodologies de Pôle emploi et de l’Insee ne se recouvrent pas. Pôle emploi indique le nombre de personnes sans emploi inscrites au chômage alors que l’institut de statistiques évalue le nombre de chômeurs par rapport à la population active selon une définition différente de celle de Pôle emploi. Ce qui ne facilite pas les recoupements d’une étude à l’autre.

Malgré tout, les conclusions à tirer dans un cas comme dans l’autre confirment que le reflux du chômage est aujourd’hui amorcé… avec trois ans de retard sur la promesse de François Hollande, formulée en 2012 et qui devait se réaliser un an plus tard. Pas de quoi chanter victoire trop fort quand, à huit mois du premier tour de l’élection présidentielle, le nombre d’inscrits en catégorie A de Pôle emploi atteint 3,5 millions, contre 2,9 millions en mai 2012.

Ainsi, même si l’inversion est réalisée, François Hollande ne pourra guère revendiquer qu’une victoire à la Pyrrhus, le nombre de chômeurs risquant peu de diminuer de près de 100.000 personnes par mois pour passer en-dessous du niveau auquel le Chef de l’Etat l’avait trouvé en entrant à l’Elysée.

Une situation économique pas assez favorable

D’autant que les statistiques économiques livrent un panorama toujours compliqué de la situation française. La croissance économique, qui avait enregistré un sursaut de 0,7% au premier trimestre de l’année, est redevenue atone avec un zéro pointé au deuxième. Si la conjoncture s’améliore dans le bâtiment, les entrepreneurs du secteur sont moins optimistes sur leur activité des prochains mois. Mais surtout, l’industrie ne redécolle pas et, après une légère amélioration sur un an, elle a enregistré un nouveau ralentissement à la fin du deuxième trimestre 2016.

Globalement, cette situation de l’industrie manufacturière se retrouve dans le solde de la balance commerciale dont le déficit s’est accru de plus d’un milliard d’euros au premier semestre, à cause d’un repli des exportations «qui l’emporte sur l’allègement de la facture énergétique», expliquent les service de Bercy. Que d’inquiétude si le prix du baril se mettait à grimper de nouveau…

Dans ces conditions, seuls les services sont créateurs d’emploi. La construction, après un rebond, en a à nouveau détruit sur ce trimestre.  Mais c’est surtout l’industrie qui voit ses effectifs sans arrêt diminuer. Or, sans inversion de cette tendance de l’activité industrielle qui suppose des politiques volontaristes de long terme, l’inversion de la courbe du chômage demeurera fragile.

Une inflexion pas si évidente

Certes, tous secteurs confondus, quelque 24.000 emplois ont été créés en France. Mais c’est insuffisant  au regard du nombre d’entrées de jeunes dans le monde du travail et des besoins pour permettre aux chômeurs de retrouver un poste. Encore faudrait-il prendre en compte, pour analyser la situation du chômage, toutes les composantes du phénomène.

L’Insee prend ainsi en compte le halo autour du chômage et évalue à près de 1,5 million le nombre de personnes (36% de plus qu’en 2008) qui ne sont pas considérées comme chômeurs mais qui souhaiteraient travailler, ou qui disposent d’un travail précaire –à temps partiel– et seraient disponibles pour travailler plus.

Les statistiques de Pôle emploi permettent d’aboutir à un constat analogue à travers l’évolution du nombre d’inscrits dans les catégories B et C, montrant là aussi une progression de l’ordre d’un tiers en quatre ans.  Sans parler du nombre de chômeurs de longue durée (plus d’un an) qui a lui-aussi augmenté de plus d’un tiers depuis 2012. Voilà qui introduit de singulières nuances sur l’inflexion de la courbe!

Compte tenu de tous ces paramètres, il faudra que le pouvoir en place dispose de statistiques un peu plus probantes pour véritablement et légitimement revendiquer une victoire contre le fléau du chômage. Pour l’instant, le gouvernement maintient sa prévision d’une progression de 1,6% du PIB en 2016. Une anticipation peut-être optimiste compte tenu de la stagnation du deuxième trimestre, et qui devra d’autant plus être confirmée que les effets de la sortie programmée du Royaume-Uni de l’Union européenne ne peuvent pour l’instant pas être précisément mesurés.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte