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La journée type d’un adolescent dans un collège rempli de Pokémon

Temps de lecture : 7 min

Après un été de chasse aux petits monstres, la rentrée des classes s’annonce prolifique pour les élèves et problématique pour les professeurs.

Montage Slate.fr à partir d'une photo de Damien MEYER pour l'AFP.
Montage Slate.fr à partir d'une photo de Damien MEYER pour l'AFP.

En lançant son jeu phénomène Pokémon Go en pleines vacances estivales, la société Niantic assurait son succès auprès d’un jeune public en quête d’activités de plein air pour occuper ses journées. Mais en transformant chaque recoin de notre environnement en nid à Pokémons, Pokéstops et arènes, les écoles, collèges, lycées, et même universités s’exposent à une marée de joueurs quand ils rouvriront leurs portes dans quelques jours. Et si le nombre de joueurs a baissé, de nombreux problèmes pourraient survenir en classe. C’est pour cette raison que Slate.fr a décidé d’imaginer la journée type (et évidemment caricaturale) d’un collégien de 15 ans, que nous appellerons Théo, dans un décor qu’il connaît bien mais où les Pokémons peuvent désormais surgir à n’importe quel moment. Merci à Manon, 14 ans, et Maël, 13 ans, qui nous ont aidé à écrire cette petite histoire.

7h15: Théo ne doit être en cours qu’à 8h30 mais a décidé de se lever plus tôt que d’habitude. Non pas parce que l’idée de passer deux heures en cours de maths avec Mme Humbert lui paraît follement passionnante, mais bien parce qu’il a repéré quelques Pokéstops qui nécessitent un détour avant d’arriver au collège. Et puis, il pourra faire éclore son œuf de deux kilomètres.

8h10: Un Chenipan sort de l’œuf. Théo, cache mal sa frustration. Encore un Pokémon qui va finir dans l'enclos du professeur Saule.

8h25: Un Ponyta très intéressant mais coriace (430 points de combat) a retenu Théo près d’un Pokéstop, à cinq minutes à pied du collège. Deux baies et quatre superballs ont été nécessaires pour le capturer. Il craint d’arriver trop tard et de tomber sur les grilles fermées du collège.

8h32: Pierre, le surveillant qui joue aussi quand il peut, a été sympa et a laissé passer Théo pour qu’il aille en cours. Après avoir rangé son iPhone (évidemment interdit en classe), le collégien frappe à la porte de sa salle de cours, située au troisième étage du bâtiment. Mme Humbert accepte le retard de son élève, mais ne peut pas s’empêcher de lui lancer: «Alors, on chassait du Pikachu?» Mme Humbert n’avait aucune idée de la raison pour laquelle Théo était en retard, mais elle avait fait le choix stratégique: lors de ses vacances en Corrèze, elle avait appris le nom de quelques Pokémons et travaillé leur prononciation afin d’élaborer une répartie qu’elle utiliserait dès qu’elle en aurait l’occasion. La veille, elle avait utilisé la même blague avec une élève de cinquième arrivée en retard, remplaçant avec audace le nom de Pikachu par celui du rare et puissant Dracolosse.

9h30: il reste encore quarante-cinq minutes de cours. S’il arrive à se concentrer sur les identités remarquables de son cours, Théo a du mal à cacher sa nervosité. Dès qu’il aperçoit un camarade de classe sortir discrètement son téléphone, il l’imagine en train de capturer un Pokémon rare. Lui n’ose pas sortir le sien. Quelques jours plus tôt, le jour de la rentrée, les professeurs principaux ont évoqué Pokémon Go devant les élèves. Ils ont rappelé que les téléphones étaient interdits dans les classes, à peine tolérés en dehors, et qu’ils comptaient sur leur savoir-vivre en dehors des horaires de cours pour ne pas créer de problèmes à cause du jeu. Tout élève pris en train de jouer en cours serait immédiatement renvoyé et collé, et si des problèmes survenaient dans la cour ou dans les couloirs, les téléphones pourraient être tout simplement interdits dans l’enceinte du collège. Une décision qui serait vécue comme une tragédie par les joueurs, et comme une trahison par les autres.

10h15: C’est la récré, la journée du joueur commence vraiment pour les amateurs de combats. Depuis quelques jours, l’arène située au centre de la cour, inaccessible pendant l’été, est devenue une zone où s’agglutinent les joueurs qui rêvent tous de prétendre au titre de «roi de l’arène du collège». La direction a demandé à une surveillante de rester près de l’arène afin de prévenir tout début de conflit ou même de chamaillerie. La principale, Mme Dulieux, a tenté d’envoyer un formulaire à Niantic, la société éditrice du jeu, pour demander le retrait de l’arène, mais n’a pas encore reçu de réponse. Elle a fini par placer tous ses espoirs chez sa ministre, Najat Vallaud Belkacem, qui vient de demander à Niantic qu'aucun Pokémon rare n'apparaisse dans les établissements scolaires. Soit, mais peut-on vraiment maîtriser le terrible et lunatique Mewtwo?

En attendant, Théo a décidé, avec ses autres camarades de la team rouge, d’attendre que la foule se disperse pour reprendre le titre à l’infâme équipe jaune, menée par Kévin, le garçon le plus populaire du collège. Théo est prêt pour le combat: il a passé le niveau 23 la semaine dernière et le niveau de PC de son Ptéra, son champion, avoisine les 2.300.

10h28: La team jaune conserve l’arène. Le Dracolosse niveau 2.800 de Kévin a calmé tout le monde. Théo se sent l’âme d’un Roucool.

11h17: Théo, qui s’applique lors de sa lecture d’une fable de La Fontaine en cours de français, attend avec impatience la pause déjeuner. Aujourd’hui, il passe au premier service, qui regroupe moins d’élèves que celui de 12h30 et lui donne donc plus de chances de manger à la table magique. Isolée et située près d’un Pokéstop, elle est très prisée par les joueurs qui posent à tour de rôle un leurre pour profiter de leur repas tout en chassant des Pokémon. Ce jour est d’autant plus crucial que les professeurs et les surveillants, ayant remarqué l’intérêt autour de la table, pourraient bientôt décider de la privatiser.

11h45: Après avoir marché tels des Yohann Diniz vers la cantine pour ne pas se faire remarquer, Théo et ses copains réussissent à s’emparer de la table magique. C’est au tour de Karim, le meilleur joueur de la bande, de fournir son leurre. Le repas se passe sans encombre et la bande, trop absorbée par sa chasse, en oublie presque l’horrible goût de l’escalope à la milanaise. Bilan: deux Ptitard, deux Magicarpe et un Lippoutou. Le temps de faire le plein de Pokéballs, ils laissent la table magique au groupe de 12h30 et repartent en classe.

14h10: Maxime, le meilleur ami de Théo, quitte le cours de SVT pour aller aux toilettes. Du moins, c’est que la professeure pense. Tout le monde sait dans la classe que les toilettes du rez-de-chaussée, situées près d’un mur tagué par un artiste du coin, ont été choisies comme Pokéstop. Et Maxime, ignorant tous les risques en sortant son téléphone en classe, a remarqué qu’un leurre y a été posé il y a quelques minutes. L’assurance d’y voir des Pokémon intéressants, si ce n’est rares. Même s’il ne pourra rester que quelques minutes pour ne pas éveiller les soupçons des pions qui surveillent les couloirs de près, il a bon espoir de remplir un peu plus son Pokédex.

14h18: Maxime revient mécontent. Il n’a eu le temps d’attraper qu’un Roudoudou avec seulement 46 PC. Son voisin de table le chambre gentiment.


16h49: Onze minutes avant la fin de la journée de cours, et alors que la classe de Théo au grand complet répète les mots parfaitement prononcés par la cassette audio du cours d’anglais, une élève prénommée Sarah repère un M. Mime, en plein milieu de la classe. Folle d’impatience, elle fait passer le message à ses camarades. Dès lors, la classe se divise en deux: ceux qui bravent l’interdit et sortent leur smartphone pour tenter de le capturer discrètement, et ceux qui serrent les poings pour calmer leur frustration et masquer leur jalousie. Théo, placé au premier rang, contient une nouvelle fois sa frustration de ne pas pouvoir jouer et préfère s’appliquer dans sa prononciation du mot «amazing».

Mais alors que la classe reprend son calme, un élève débutant, qui n’a pas enlevé la réalité augmentée dans les réglages, lève son téléphone en plein cours et commence à filmer le bureau du professeur, devant lequel gesticule M. Mime. Et là, c’est le drame. M. Hernandez, qui n’est définitivement pas un fan des Pokémon malgré son jeune âge, confisque le téléphone et envoie l’élève chez le CPE. Le fautif s’en sortira avec une heure de colle et une rédaction à faire sur les dangers des smartphones au collège.


17h12: Fin de la journée, la bande de Théo s’attarde un peu pour en dresser le bilan et établir un nouveau plan d’attaque contre Kévin et son équipe. Tous promettent d’utiliser un œuf chance pour augmenter leur niveau et de renforcer encore un peu plus leurs Pokémon les plus forts. Théo rentre directement chez lui, sans faire son détour habituel: demain, Mme Humbert les interroge sur les identités remarquables. En passant près du parking des professeurs, lui et Maxime surprennent M. Hernandez en train de capturer un minable Rattata. Ils le regardent de haut et, quand leur professeur lève enfin les yeux vers eux, lui lancent un sourire narquois. Finalement, la journée était plutôt réussie.

Vincent Manilève Journaliste

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