Culture

Parlons un peu d’amour avec The Divine Comedy (on en a bien besoin)

Temps de lecture : 6 min

Le onzième album de Neil Hannon, «Foreverland», est une merveille pop, on s'en doutait. Mais c'est aussi l'album de la maturité. Un cliché que l'on a décidé de justifier auprès de l'intéressé.

Morceau de la pochette de l'album «Foreverland»
Morceau de la pochette de l'album «Foreverland»

Un nouvel album de The Divine Comedy est toujours une bonne nouvelle pour les amoureux de la pop. Depuis 1989, Neil Hannon cisèle ses mélodies pour embellir ou briser le cœur de ses auditeurs (souvent en même temps d’ailleurs). À l’occasion de la sortie de Foreverland, son onzième album studio, j’ai eu envie d’avoir une discussion à bâton rompu avec la tête pensante de The Divine Comedy pour parler de ce qui l’agite en ce moment.

Au fil des années, Neil Hannon s’est évertué à parler des différentes étapes des relations amoureuses ou des états d’âmes qui peuvent agiter n’importe quel être humain un tant soit peu porté sur l’introspection. Mais cette fois quelque chose est différent. Par-delà ses histoires bizarres et tordues, l’Irlandais semble heureux, serein, solaire. Et toujours blagueur à froid.

Neil Hannon et son projet The Divine Comedy nous avaient habitué à des histoires d’amour étranges. Mais le morceau, «Catherine the Great», qui accompagne la sortie du nouvel album est présenté comme l’histoire d’amour la plus historiquement inexacte ou comme «le genre d’histoire d’amour que vous écrivez si vous regardez trop BBC Four».


Toujours mutin et pince sans-rire Neil Hannon avoue passer des heures à regarder de nombreux documentaires aux angles tordus sur les transports, les infrastructures ou bien les Shetlands :

«C’est le genre de choses qui passaient à la télé avant que celle-ci soient devenue vraiment commerciale. Ce que je veux dire que c’est que j’ai écrit de nombreuses chansons d’amour “classiques”: celle où l’on dit “je t’aime” etc. Et c’était bien. Certaines de ces chansons sont vraiment bonnes de mon point de vue. Mais après un moment, j’ai eu envie de trouver une nouvelle manière de le dire… pour que cela reste frais et intéressant. Pour Foreverland, j’ai imaginé une histoire d’amour comme s’il s’agissait de relations diplomatiques et de traités entre les États

Il éclaire: «Dans toute relation, il y a des règles qui sont souvent non dites. Certaines choses vous énervent mais vous composez. Et si quelqu’un attaque votre allié, malgré toutes les différences, vous faites front.»

À la rescousse des animaux

Aux jeux des analogies, il est indispensable de plonger dans les textes (hautement compréhensibles même si l'on ne pratique que modérément la langue des Beatles). «To The Rescue» est un autre titre fort du disque et l'on peut facilement imaginer Neil Hannon en chevalier servant allant secourir sa belle. Sauf que l'interprétation qu'en donne son auteur est radicalement différente. Cette chanson est un hommage à sa petite amie, Cathy Davey, qui fait partie d'une association qui sauve régulièrement des animaux de compagnie maltraités. Neil Hannon ajoute tout de suite avec une pointe de fierté qu'elle est également chanteuse.

«Cathy abandonne le chant, elle laisse tout tomber pour voler au secours de chiens, de chevaux, de canards. Cette chanson parle du problème que j’avais par rapport à ça. Cette activité me l’enlevait pendant de longues périodes. Je ne peux rien dire car ce qu’elle fait est tellement noble.»

Cela ancre Foreveraland dans la catégorie des grands albums d'amour. Pas simplement une collection de chansons d'amour. Comme tout chanteur ou artiste, Neil Hannon peut passer beaucoup de temps à ausculter ses sentiments et à se demander ce qu'ils sont. Le travail de l'artiste réussit à se débarrasser de certains biais personnels pour trouver une forme d'objectivité et tendre vers l'universalisme.

A Short Album About Love en 1997 était un disque de chansons d’amour. Je qualifierai ce nouveau disque d’essai sur une histoire d’amour et une relation

«A Short Album About Love en 1997 était un disque de chansons d’amour. Les chansons étaient assez franches et directes. Je qualifierai ce nouveau disque d’essai sur une histoire d’amour et une relation. Chaque chanson évoque un aspect de cette relation.»


Et donc quand le disque parler d’amitié, c'est bien l'amitié dans un couple dont il s'agit. Celle qui fait durer la relation.

«Je me suis souvent demandé dans le passé si l’amitié homme/femme existait vraiment. Je n’y croyais pas vraiment, j’étais plus motivé par… “l’autre chose” quand j’étais plus jeune. Mais Cathy et moi sommes aussi follement amis. C’est même la meilleure amie que j’ai jamais eu.»

C’est donc bien l’album de la maturité (désolé, je n’ai pas pu m’empêcher), mais l'auteur n'aurait pas pu écrire ces morceaux lorsqu'il avait 20 ou même 30 ans. Si le fait de se qualifier de «mûr» le fait sourire, Neil Hannon reconnaît qu'il a pu se comporter comme un «crétin» pendant pendant ses jeunes années alors qu'il se voyait évidemment comme un parfait gentleman.

Capter l'intensité

Le morceau «Other People» est à cette image. C’est une grande chanson d’amour à la fois mature et totalement immature. Il s’agit d’une ode dans laquelle le chanteur explique que c’est bien que compagne ait eu d’autres histoires avant. Les histoires précédentes ont façonné celle qu'il aime aujourd'hui. Le texte est poignant, l'inteprétation particulièrement touchante mais le morceau finit brutalement par «and hum blablabla» et fait exploser de rire…

«La prise de voix que j’ai retenue pour ce morceau est en fait le premier moment où j’ai chanté. C’était dans une chambre d’hôtel, je venais d’écrire le texte, j’avais la mélodie en tête et je l’ai enregistré sur mon téléphone. Les paroles n’étaient pas finies. Mais j’étais tellement dedans quand je l’ai chanté que j’ai décidé de mettre cette version sur l’album. Je ne pense pas pouvoir recapturer une telle intensité en studio.»

Quand il chante «bla bla bla» à la fin de la chanson, à ce moment-là, c’est une simple indication pour se dire qu'il va écrire le reste du texte plus tard. Rien de plus. Mais lorsqu'il a réécouté la prise, Neil Hannon s'est rétrouvé avec un sens nouveau et a considéré que tout était dit.

«Je n’avais rien à écrire de plus sur le sujet. Alors j’ai utilisé cette prise, j’ai mis des cordes dessus et voilà!»

L’orchestre de corde exagère le côté sentimental et intime et la chute vient apporter un peu d’ironie. Et le fait de commencer cette chanson a capella oblige l’auditeur à tendre l’oreille aux paroles et au sens des mots. C’est assez rare. Et du coup, on se prend la chute en pleine poire. Selon l'Irlandais, cela nous montre aussi comment les choses peuvent s’arrêter brutalement. Entre honnêteté et ironie, ce morceau capture parfaitement l'essence de que l'on aime aujourd'hui chez The Divine Comedy.


«Je redeviens un troglodyte»

Mais ne croyez pas que toutes les chansons sont aussi sérieuses. «How Can You Leave Me On My Own» est une chanson remarquable par la mise en scène de l'immaturité et de l'insécurité masculine. Elle tranche singulièrement avec le reste par son tempo rock et donne tout simplement la pêche.

Lorsque j’avais 20 ans je n’avais pas à m’échapper de quoi que ce soit. Il n’y avait que moi. Je passais des heures dans les livres. Maintenant, j’ai du mal à me poser pour lire

«Au départ, elle devait s’appeler “How Can You Dare Not To Be Me” (comment peux-tu oser ne pas être moi?). Ce qui est encore plus immature! C’est un peu la négation de l’autre en tant que personne et sur ce sentiment que nous avons tous un peu que le monde ne tourne qu’autour de soi. C’est très étrange, dès lors que je suis seul, je peux me retrouver à manger des pizzas, boire de la bière et regarder des bêtises à la TV toute la journée. C’est comme une sorte de soulagement. Soudainement, je redeviens un troglodyte.»


Neil Hannon serait donc un homme normal comme vous et moi qui est parfois super heureux de s'affaler sur un canapé et de ne pas avoir à se montrer sous son meilleur jour tout le temps.

«Ça ne m’arrivait pas lorsque j’avais 20 ans car je n’avais pas à m’échapper de quoi que ce soit… Il n’y avait que moi. Je passais des heures dans les livres… Alors que maintenant j’ai du mal à me poser pour lire. Prendre de l’âge, ça craint.»

Avec sa quarantaine bien tapée, on sent réellement une montée en puissance dans les textes et aussi dans la musique de The Divine Comedy. Foreveland se rapproche des albums Victory for the Comic Muse (2004) et Absent Friends (2006). Une belle évolution depuis les années 1990. Finalement avec l’âge, on se connait mieux. Neil Hannon explique traverser actuellement une période très heureuse de sa vie. Malgré tout, il confie qu'enregistrer ce disque a finalement été assez difficile:

«C’est sans doute dû au fait que ma partenaire est aussi songwritter. Je n’avais pas envie d’avoir l’air stupide face à elle! Et puis, bien entendu, je prends de l’âge et j’ai pris conscience que j’allais mourir un jour et qu’il fallait que j’aille droit au but.»

Neil Hannon est donc non seulement un homme normal mais aussi un quadra ordinaire. Heureux.

* The Divine Comedy: Foreverland (Pias), sortie le 2 septembre 2016

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