France

Hollande et les attaques chimiques en Syrie: «On n’a pas frappé... et il y a Daech»

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 24.08.2016 à 17 h 29

Repéré sur Le Journal du dimanche, Le Nouvel Observateur, Le Monde, The Atlantic

Un nouveau récit de l'un des jours les plus importants du quinquennat.

Un expert de l'ONU collecte des indices de l'attaque chimique dans la banlieue de Damas, le 29 août 2013. Ammar al-Arbini / AFP.

Un expert de l'ONU collecte des indices de l'attaque chimique dans la banlieue de Damas, le 29 août 2013. Ammar al-Arbini / AFP.

C'est sans doute l'un des moments les plus importants du quinquennat que les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme revisitent dans leur série en six épisodes sur les secrets de la présidence Hollande: le jour où celui-ci, lâché par Barack Obama, a dû renoncer à son projet de bombarder la Syrie en représailles pour l'attaque chimique menée dans la Ghouta le 21 août 2013. Et ce alors que le président américain avait lui-même fait d'une attaque chimique une «ligne rouge» dans l'attitude de la communauté internationale envers le régime de Damas.

Revisitant ce moment devant les auteurs, au printemps 2015, Hollande lâche, avec regret: «Ce que je peux dire, c’est qu’on n’a pas frappé… et il y a Daech.» (tout en reconnaissant que, en cas d'attaque, Daech aurait peut-être pu quand même émerger et s'affirmer). «Si l’on n’inflige rien pour un acte comme celui-là, on ne fera plus rien après», expliquait-il aux mêmes un an et demi plus tôt, à la veille d'une conversation décisive avec Barack Obama, qui allait voir ce dernier retarder une éventuelle action pour demander un vote de soutien très incertain du Congrès, après le refus du Parlement britannique de suivre David Cameron. Tout était pourtant prêt: les deux journalistes du Monde détaillent aussi le contenu d'un mémo «confidentiel défense» qui figurait sur le bureau du président français le 30 août, la veille de sa conversation avec Obama, et détaillait les préparatifs de l'attaque, prévoyant un feu vert de Hollande à 20 heures avec un délai de rétractation jusqu'à 1 heure du matin.

Fin septembre 2013, L'Obs racontait déjà en détail comment la France avait prévu de frapper en Syrie dans la nuit du 31 août au 1er septembre. Les services secrets avaient alors fait fuiter dans le Journal du dimanche des documents prouvant les attaques chimiques menées par Bachar el-Assad contre sa propre population, et l'armée préparait le calendrier de l'opération, comme l'expliquait un haut responsable français à l'hebdomadaire:

«Le plan était de bombarder pendant une nuit, en commençant vers 3 heures du matin au moment où les gens sont profondément endormis. Il s'agissait de détruire notamment des batteries de missiles et des centres de commandement de la quatrième armée, la chimique.»

Dans une autre enquête publiée en février 2014, Le Monde détaillait lui la façon dont avait été accueillie la volte-face d'Obama à Paris. Au sein même du ministère de la Défense, les avis divergeaient entre ceux qui estimaient que le président américain était déterminé à frapper (et avaient d'ailleurs maintenu opérationnel le dispositif français) et ceux qui pensaient que son appel au Congrès servait à «enterrer» le projet d'attaque. Ce qui sera au final le cas du fait de l'impossibilité pour Obama de recueillir une majorité au Congrès, et surtout de la proposition russe, au G20 de septembre 2013, de placer l'arsenal chimique syrien sous la supervision de la communauté internationale.

Publié en avril 2016, un extraordinaire compte-rendu de la politique étrangère de Barack Obama dans The Atlantic s'ouvrait déjà sur cette décisive semaine de la fin août 2013, celle où «l'inefficace Barack Obama a prématurément mis fin au règne de l'Amérique comme seule indispensable superpuissance, ou bien le sagace Barack Obama a contemplé les abysses du Moyen-Orient et s'est éloigné de ce gouffre dévorant». L'article détaillait les deux camps, interventionniste ou plus «prudent», qui s'étaient opposés au sein de l'administration américaine, ainsi que les justifications d'Obama pour temporiser: le fait qu'il n'était pas possible de frapper directement les stocks d'armes chimiques, ainsi que l'avertissement du responsable de la sécurité nationale James Clapper, qui lui avait expliqué que ses services disposaient de preuves substantielles que l'attaque chimique venait du camp Assad, mais pas de la preuve décisive. Le mot employé par Clapper était slam dunk, le même que celui utilisé en 2003 pour convaincre George W. Bush d'attaquer l'Irak...

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