Santé / Égalités

Voilà comment on doit avorter quand on est irlandaise

Temps de lecture : 2 min

Une femme et une de ses amis ont livetweeté leur voyage vers l'Angleterre pour avorter, rendu nécessaire par la législative la plus restrictive d'Europe.

«Je ne suis ni la première ni la dernière femme en sang à devoir affronter un long voyage retour», écrit l'une des auteures du compte Twitter au Premier ministre irlandais.
«Je ne suis ni la première ni la dernière femme en sang à devoir affronter un long voyage retour», écrit l'une des auteures du compte Twitter au Premier ministre irlandais.

Au mois de juillet, le Parlement irlandais a, sans grande suprise, rejeté le projet de loi qui prévoyait d'assouplir l'accès à l'avortement. En vertu du 8e amendement à la Constitution irlandaise, qui donne des droits égaux au foetus et à la mère, il reste donc interdit d'avorter y compris en cas de viol, de risques pour la santé de la mère ou de malformation du foetus. Une femme ne peut y obtenir un avortement légal que si sa grossesse représente «un risque réel et substantiel pour sa vie». Autrement dit, uniquement si elle est en danger de mort. Ce qui n'a pourtant pas empêché le décès d'une femme de 31 ans, en 2012, après s'être vue refuser une IVG alors qu'elle faisait une fausse couche.

Des lois datant du XIXe siècle prévoient les sanctions pénales les plus lourdes d'Europe. C'est ce qui a conduit, début juin, le comité des droits de l'homme de l'ONU à déclarer que la loi sur l'avortement irlandaise soumettait les femmes à un «traitement cruel, inhumain et dégradant». Des termes forts, qui ne pèsent de tout leur poids que si l'on prend la peine d'imaginer quelques instants les épreuves que doivent affronter celles qui doivent avorter illégalement ou quitter leur pays.

Le problème se pose dans toute l'île, puisque l'Irlande du nord aussi applique une législation très restrictive en matière d'avortement. Selon Amnesty international, dans un rapport datant de février 2015, près de 60.000 jeunes filles et femmes vivant en Irlande du Nord se sont rendues en Angleterre ou au Pays de Galles pour se faire avorter depuis 1970. «Aucun responsable politique dans un pays civilisé ne devrait contraindre une femme à quitter sa famille et ses proches pour se rendre dans une autre région afin de subir un avortement», déclarait alors Donagh Stenson, de l’association British Pregnancy Advisory Service.

Quitter son pays et ses proches pour avorter (beaucoup de femmes récusent le terme «subir» employé par Stenson et beaucoup d'autres), c'est ce qu'a fait une Irlandaise, accompagnée d'une amie. Elles ont créé le compte Twitter @TwoWomenTravel et ont entrepris de documenter leur périple de 48 heures en Angleterre.

Une démarche effectuée «en solidarité avec toutes les femmes forcées à l'exil par Enda Kenny», le Premier ministre et chef du parti de centre droit Fine Gael, qui s'était prononcé en 2015 contre «un avortement à la demande».

De la montée dans l'avion aux draps tachés de sang en passant par la salle d'attente, elles n'ont pas manqué de relayer chaque étape et de mentionner systématiquement le gouvernement nord-irlandais. Elles ont obtenu le soutien d'anonymes mais aussi de personnalités publiques, dont le ministre de la Santé irlandais, Simon Harris.

«Nous espérons que cela encouragera davantage de femmes à documenter leurs expériences, à mettre en lumière le problème et à se joindre à nous dans notre bataille pour le droit à disposer de notre corps», ont déclaré les deux femmes au terme de leur récit. En novembre 2015, dans le même but, une jeune Irlandaise avait elle live-tweeté ses règles au Premier ministre avec le hashtag #repealthe8th, pour «Abrogez le huitième amendement».

Notons que si l'Irlande est en effet le pays européen dont les lois relatives à l'IVG sont les plus strictes, beaucoup considèrent que le droit à l'avortement est menacé de façon directe ou sournoise dans d'autres pays et que certains vont jusqu'à redouter une remise en cause de l'IVG en France.

Nadia Daam Journaliste

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