Culture

Louis C.K.: «La pire chose quand on se fait décapiter, c’est qu’on a l’air débile après»

Vincent Manilève, mis à jour le 22.08.2016 à 16 h 22

L’humoriste a la solution contre les exactions de Daech: le suicide.

Louis C.K., le 25 juin 2016 à New-York. Mike Coppola / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Louis C.K., le 25 juin 2016 à New-York. Mike Coppola / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Un petit cercle parisien de célébrités, de fans et de journalistes était réuni, dimanche 21 août à l'Olympia à Paris, pour assister à l’unique date française (en deux représentations) de la tournée européenne de l’humoriste américain Louis C.K. Alors qu’il est accusé aux Etats-Unis de harcèlement sexuel par plusieurs comédiennes et qu’il cherche à éponger de lourdes dettes, l’acteur et créateur de la série Louie a pourtant réussi à se mettre le public (déjà acquis) dans la poche avec un spectacle pour le moins grinçant.

«Toutes les personnes qui ont peur de Daech devraient se suicider»

Fidèle à ses principes humoristiques (on parle d'un humoriste qui n'hésite pas à rire de la pédophilie en direct à la télévision américaine), il a commencé par parler de suicide avant d'enchaîner rapidement sur un sujet particulièrement sensible, et peut-être encore plus dans une salle de spectacle parisienne: Daech.

Il a commencé par se moquer des horribles vidéos de décapitations d’otages que le groupe de terroriste diffuse pour faire sa propagande et alimenter un peu plus la panique dans les pays occidentaux. «La pire chose quand on se fait décapiter, c’est qu’on a l’air débile après», explique-t-il, tout un mimant la tête d’une de ces victimes au visage déformé par la douleur,  brandie par un djihadiste face à la caméra. Il a d’ailleurs recommandé aux personnes susceptibles de se faire enlever par Daech de se raser le crâne pour empêcher le terroriste de les tenir par les cheveux lorsqu’il tentera de lui trancher la tête. Lors de son passage en Israël, il a déclaré à ce moment-là du spectacle, selon le Jerusalem Post: «Je ne peux pas changer le spectacle en fonction de là où je me trouve, je devrais changer tout sinon. Je vais juste faire ce que j’ai fait à Amsterdam la nuit dernière.»

Puis, il a exposé son plan pour s’assurer de la défaite du groupe terroriste: le suicide. «Toutes les personnes qui ont peur de Daech devraient se suicider. Daech n’aurait plus de pouvoir, les personnes qui seraient encore en vie n’en n’auraient rien à foutre», lance-t-il après avoir vanté les mérites de l’acte. Imparable. Il a alors mimé à nouveau un djihadiste un train de décapiter un otage (son micro faisant office de couteau), mais cette fois sans entrain, sans joie, comme si sa violence n’avait plus de sens à ses yeux. Le public a ri de bon cœur, impressionné par l’humour que Louis C.K. réussit à insuffler à des sujets aussi sombres et tragiques que la vague actuelle d'attentats terroristes et la guerre en Syrie.

«Daech, va te faire enculer dans les trois trous»

Cette façon d’aborder le terrorisme offre un contraste très intéressant avec sa dernière prise de parole médiatique sur le sujet. En octobre 2014, alors que le groupe État islamique venait de décapiter plusieurs otages anglais et américains, il avait posté sur son compte Twitter toute une série de tweets obscurs pour demander aux djihadistes «d’aller se faire enculer». Ces messages sont inaccessibles aujourd’hui, Louis C.K. ayant décidé de supprimer son compte quelques jours après la fameuse diatribe, mais les voici traduits:

«Oh, va te faire foutre Daech. Sincèrement, s’il vous plaît, niquez-vous dans la bouche avec des fourchettes. Vous êtes des gamins de sept ans. Vous êtes stupides. Vous craignez. J’ai 47 ans. J’ai vu un paquet de trous du cul. Mais ces faces de cul de Daech sont les pires. S’il te plaît Daech, bois de l’essence de chez Sunoco [une marque de stations-service] et fume une cigarette. Je me demande vraiment si Daech est une bande d’employés de chez Halliburton [une multinationale spécialisé dans l’exploitation pétrolière, connue pour ses liens avec l'administration Bush]. Ou juste des enculés de rôdeurs et de violeurs bien de chez nous. Mais vraiment. Qu’ils aillent se faire foutre. Ils puent. “Va te faire foutre Daech” ne veut pas dire “Allez l’Amérique”. Je ne dis pas ça en tant qu’Américain. Je ne crois pas qu’ils viendront ici. Je suis un Martien. Un Martien comme tous ces Irakiens et Syriens déplacés, tués, violés par Assad, Bush, Saddam, Cheney et Daech. [...] Mais maintenant, en tant que vieux gars grincheux qui lit le journal: Daech, va te faire enculer dans les trois trous et fais en un cinquième et vas te faire enculer par là aussi. Je voulais dire un quatrième. Désolé. Vraiment désolé.»

Ces deux facettes de l’humoriste, tentant de rire du groupe terroriste après s’être emporté sur internet, démontrent un certain malaise éprouvé par l’Amérique quand il s'agit de rire de ces sujets-là. En novembre 2014, alors que C.K. faisait ses valises et quittait Twitter, son ami Chris Rock montait sur la scène du «Saturday Night Live» habillé en membre de Daech pour interpréter un sketch qui n’a pas beaucoup fait rire le public. Quelques mois plus tard, un autre sketch parodique  de la même émission a dû affronter des retours parfois virulents de son public et de nombreux médias, mécontents qu’on s’amuse des jeunes partis faire le djihad. Dans une célèbre fausse pub, on voyait un père confier sa fille (Dakota Johnson de Fifty Shades of Grey) à Daech, leur demandant de «prendre soin d’elle». Ce à quoi un terroriste lui répondait avec tendresse: «Mort à l’Amérique.»


Et pourtant, les Etats-Unis aurait tout intérêt à valoriser ce genre d'humour noir que mettent en avant Louis C.K. ou le «Saturday Night Live». C'est en tout cas ce qu'affirme le chanteur/homme de paix Bono. En avril dernier, lors d’une très sérieuse intervention au Sénat américain sur l’extrémisme et le rôle que doivent avoir les puissances étrangères, il a déclaré:

«Ne riez pas, mais je pense que l'humour devrait être employé. […] Je suggère que le Sénat envoie Amy Schumer, Chris Rock et Sacha Baron Cohen. Merci.»

Merci pour le tuyau, Bono.

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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