Sports

Le sport français n'a pas trop à se réjouir de son «record» de médailles de Rio

Yannick Cochennec, mis à jour le 22.08.2016 à 13 h 54

Si le total de médailles de Pékin est battu, la France reste derrière l'Allemagne, et surtout loin derrière la Grande-Bretagne. Le sport français est à sa place, ni plus ni moins.

Avec une nouvelle médaille après l'or de Londres, mais seulement d'argent cette fois-ci, et une communication maladroite, le perchiste Renaud Lavillenie restera un des symboles français de ces Jeux. FRANCK FIFE / AFP.

Avec une nouvelle médaille après l'or de Londres, mais seulement d'argent cette fois-ci, et une communication maladroite, le perchiste Renaud Lavillenie restera un des symboles français de ces Jeux. FRANCK FIFE / AFP.

Les Jeux olympiques de Rio s’achèvent et l’heure est déjà aux bilans à tous les niveaux. Alors que le Comité international olympique (CIO) se félicite de ces Jeux «emblématiques» selon les mots de son président Thomas Bach, le sport français se réjouit d’avoir obtenu son plus gros total de médailles –42– dans l’histoire moderne (une de plus qu’à Pékin en 2008).

Avec son actif et son passif, toute comptabilité, surtout «à chaud», peut être sujette à discussion. Pour le Brésil, seul le temps dira si ces JO auront été bénéfiques et laisseront un héritage fructueux. Pour le sport français, il s’agit de laisser reposer le soufflé des émotions pour véritablement évaluer les contours de performances qui, toutefois, dessinent déjà un trompe-l’œil intéressant à analyser.

A l’heure des adieux brésiliens, deux pays se détachent clairement au-dessus des autres: les Etats-Unis, qui dominent le tableau des médailles (121 dont 46 en or) avec un écart considérable, et même inédit, sur la concurrence, et leur dauphin, la Grande-Bretagne, qui, en termes de résultats, s’est hissée à un niveau sans précédent avec une moisson de 67 médailles (27 en or), soit une deuxième place générale pour faire le désespoir de la Chine. C’est à l’aune des Britanniques qu’en réalité, les Français devraient être en partie jugés au regard de la proximité géographique et démographique des deux pays. Et là, il n’y aurait clairement pas, ou plus, de match.

Avec la Grande-Bretagne, des destins croisés

En dépit de son total record de médailles, la France termine, comme en 2012, à la 7e place des nations avec une médaille d’or en moins. Il n’y a donc pas eu d’évolution à ce stade avec notamment ses deux principaux concurrents européens pour la devancer comme à Londres, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, l’Italie se trouvant dans son sillage immédiat, comme quatre ans plus tôt. C’est donc plus une certaine stabilité qui prévaut, ni plus ni moins, au-delà des discours triomphalistes. Les plus pessimistes pourront peut-être même y voir une forme de recul puisque contrairement à 2012, la France ne décroche aucun titre dans les deux plus grands sports olympiques, l’athlétisme (joli score de six médailles néanmoins, du jamais vu depuis 1948) et la natation –la gymnastique, autre sport olympique emblématique, n’a généré aucune médaille quel que soit le métal.

Le secrétaire d’état aux Sports Thierry Braillard, qui avait rêvé d’un «top 5» pour le sport français, doit constater que cet objectif fantasmé est resté hors de portée puisque l’Allemagne, 5e, n’a certes pas plus de médailles que la France (42 contre 42), mais qu’elle dispose de sept médailles d’or de plus –ce qui est considérable (l’Allemagne s’était contentée de 11 médailles d’or en 2012 pour un total général de 44). Rappelons qu’il y a vingt ans, avec deux disciplines de moins inscrites au programme à Atlanta, la France avait décroché 15 médailles d’or et s’était classée 5e au rang des nations. De manière complètement inversée, la Grande-Bretagne n’avait touché l’or qu’une fois à Atlanta pour un misérable total de 15 médailles et… une 36e place finale. Comme les temps ont changé…

Honnêtement, le sport français est donc seulement à sa juste place à Rio avec trois disciplines très fortes (boxe, judo, équitation, deux titres olympiques chacune) et quelques gros couacs à l’image du tennis, en pleine débandade avec un zéro pointé, et du cyclisme, qui avait rapporté huit médailles en 1996 contre une seule vingt ans plus tard. Plus inquiétant, il n’arrive toujours pas à faire émerger suffisamment de femmes au plus haut niveau avec seulement 11 médailles sur 41 (l’or au saut d’obstacles a été une médaille mixte avec Pénélope Leprevost), contre 15 en 2012. Ce constat avait déjà été établi dans le passé. Après près 53% des médailles d'or remportées par des Françaises en 1996 (8 sur 15) s’en était suivie une chute à 23 et 27% en 2000 et 2004, pour un effondrement à 14% en 2008, une remontée à 36% en 2012 et un léger ressac à nouveau en 2016 (33% hors saut d’obstacles). La parité n’est décidément pas encore à l’ordre du jour en France et il y a vraisemblablement des chantiers à rouvrir en la matière… A titre de comparaison avec le pays des «ogres », les Américaines, comme en 2012, ont remporté plus de médailles (51%) que leurs homologues masculins (remarque également valable pour les seules médailles d’or, 27 contre 18, une mixte).

Rendez-vous à Lima

Dans une conférence de presse bilan, Thierry Braillard a déjà convoqué des… états généraux du sport français pour octobre, signe que tout ne tourne probablement pas complètement rond malgré les indéniables bons chiffres de Rio. La France, qui aspire à accueillir les Jeux olympiques en 2024, ne joue toujours pas dans la cour des très grands et le mirifique exemple britannique interpelle évidemment, même si nos voisins d’outre-Manche ont toujours eu une véritable culture sportive que n’auront jamais les Français. Il n’empêche, en vingt ans, les Britanniques ont sérieusement musclé leur manière de porter leur sport de haut niveau au firmament grâce au financement puissant de la loterie nationale entré en vigueur il y a une vingtaine d’années au moment de leur débâcle d’Atlanta. Et ils ne se sont pas arrêtés aux seuls Jeux de Londres en guise d’apothéose. Depuis, ils n’ont pas relâché l’effort avec des choix, sans compromis, puisqu'ils ont clairement et volontairement délaissé des sports collectifs comme le handball, le basket ou le volley où la France excelle plutôt. Ils préfèrent concentrer tous leurs efforts vers des médailles plus accessibles avec parfois un flot d’argent pour des disciplines comme le cyclisme sur piste, qu’ils cannibalisent véritablement. Les champions olympiques de voile, Giles Scott, Saskia Clark et Hannah Mills ont sinon passé 150 jours à examiner tous les mouvements de l’eau de la baie de Guanabara...

La politique française, qui ne peut pas lutter avec les Britanniques sur le plan financier au regard des difficultés budgétaires du pays, est différente, moins radicale, avec une répartition plus égalitaire qui a aussi ses vertus, sans éviter une certaine misère en certains lieux comme l’a souligné, avec des mots forts, Benjamin Auffret, quatrième au plongeon à 10m, auprès L’Equipe. Néanmoins, il y a peut-être des choses à revoir, à reconsidérer ou à réoriente. Tout comme il faudrait pouvoir mieux maîtriser ou mieux encadrer la communication de certains athlètes quand survient une crise comme celle traversée par Renaud Lavillenie, maladroit dans ses propos après son échec pour l’or olympique, et mal jugé ensuite par Teddy Riner, trop donneur de leçon en la circonstance. La France mauvaise perdante, le cliché peut avoir la peau dure au-delà de nos frontières. Mais les Américains ont réussi à faire pire, ne l’oublions, pas avec les mensonges du nageur Ryan Lochte, qui ont blessé le Brésil. Il existe des médailles d’or qu’il n’est pas désagréable de laisser à d’autres.

Pour le sport français, il s’agit désormais de se tourner vers les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 avec au passage le rendez-vous capital de Lima, en septembre 2017, quand Paris saura si elle est élue ville olympique en 2024 au détriment de Budapest, Los Angeles et Rome. Ce sera une date décisive pour passer éventuellement dans une autre dimension. Mais la faiblesse politique du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), qui n’est pas suffisamment contributeur auprès du CIO en termes d’idées et de propositions, n’incite pas à un optimisme démesuré face à la puissance de feu américaine et des Anglo-Saxons en général.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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