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Comment Tarantino et Lucy Liu ont aidé à immortaliser le combat le plus sanglant du water-polo

Temps de lecture : 3 min

La demi-finale Hongrie/URSS des JO de Melbourne (1956) a viré au pugilat sur fond de révolte anticommuniste matée par Moscou. Un documentaire relatant cette page d’Histoire compte l’actrice américaine révélée par «Ally Mc Beal» et le papa de «Pulp Fiction» parmi ses producteurs exécutifs.

Le Hongrois Ervin Zador aux JO de Melbourne en 1956 I STAFF / INP / AFP
Le Hongrois Ervin Zador aux JO de Melbourne en 1956 I STAFF / INP / AFP

Soixante ans après, l’image choque toujours. Un grand gaillard quitte la piscine dans laquelle il nageait pour consolider la couronne d’Helsinki (1952). L’hémoglobine envahit et rougit sa joue tuméfiée. Ervin Zádor vient de se prendre une énorme châtaigne infligée par son vis-à-vis soviétique Valentin Prokopov, agacé d’être traité de «loser». Les deux équipes sortent les poings et la police australienne stoppe les hostilités. Victoire 4-0 de la Hongrie sur tapis vert puis médaille d’or contre la Yougoslavie.

La vague médiatique transforme ce fait de jeu en symbole de la «fièvre de liberté» agitant l’Europe Centrale, avide de démocratie après la mort soudaine de Staline. C’est d’ailleurs le nom du film de Colin Keith Gray et Megan Raney (sa sœur), sorti il y a dix ans et retraçant en 1h30 l’épopée des poloïstes magyars répondant aux tanks dévastateurs de l’Armée Rouge. Un conte politico-sportif narré par la légende des bassins Mark Spitz, sept fois consacré à Münich (1972) et jeune apprenti de Zádor émigré en Californie.


Bataille en eaux troubles

Objectif des cinéastes? Souligner le courage des Hongrois face aux malheurs en série du XXe siècle –traité de Trianon, régime autoritaire de Horthy, capitale assiégée et bombardée en 1944-45, pro-nazis au pouvoir avec Szalási, collectivisme et exécutions d’opposants sous Rákosi puis Kádár. Mais aussi montrer le dilemme des athlètes tentés par l’exil. Résultat: six semaines en tête du box-office local, une sortie américaine et la présence surprenante du tandem Lucy Liu/Quentin Tarantino au générique.

«Lucy est une copine de fac. On s’est rencontrés lors d’une représentation de “Jésus Christ Superstar” à l’université du Michigan dans laquelle on jouait, explique le réalisateur canadien. C’était en 1989, l’année de Tian'anmen et de la chute du Rideau de fer. Le contexte nous a fortement politisés. Elle a aimé le projet où elle voyait un parallèle entre la répression en Chine et les événements hongrois de 1956, animé notre première collecte de fonds organisée à Los Angeles puis signé comme productrice.»

En dehors des amphis et de l’amitié le liant à l’actrice, Gray s’adonnait assidument au polo. Son coach? Ben Quittner, membre du collectif couronné à Montréal (1976) sous les ordres de Desző Gyarmati. L’icône hongroise et ses camarades disparus (sauf Bolvári, Hevesi et Karpáti) incarnent les piliers de ce récit où l’on aperçoit notamment le fils de Nikita Khrouchtchev, des insurgés survivants de 1956 décrivant leur lutte ou le regretté Sándor Tarics titré en water-polo deux décennies avant Melbourne.

Tarantino m’a dit que cette revanche aquatique était l’une des histoires les plus dingues qu’il avait entendues

Humain, tristesse, ultraviolence

La substance du docu copie la dureté d’Inglourious Basterds ou de Django Unchained malgré son optimisme parfois gnangnan du genre «aimons-nous les uns les autres, car la guerre, c’est mal». Cadavres jonchant le sol, tanks en faction, tirs sur les manifestants depuis le siège de la Magyar Radió, témoignages empreints de sanglots, visite d’une prison où l’on fusillait les adversaires du système... Un mélange d’humain, de tristesse, et d’ultraviolence taillé pour séduire l’enfant terrible d’Hollywood.

«J’ai convaincu Quentin de s’impliquer lors de cette fameuse collecte de fonds de l’automne 2001 alors qu’on était en train de tourner Kill Bill, raconte la tête d’affiche de Charlie et ses drôles de dames. Même s’il n’avait jamais entendu parler de la révolution hongroise et qu’il n’y connaissait quasiment rien au water-polo, le concours de circonstances l’a vraiment emballé. Il m’a dit que cette revanche aquatique était l’une des histoires les plus dingues qu’il avait entendues. D’où son accord immédiat.»

Autre acteur de taille en coulisses: Andy Vajna, le producteur américano-magyar de Rambo et de Total Recall, également responsable d’un long métrage évoquant l’engagement du poloïste Karcsi Szabó dans la révolution tandis que ses coéquipiers écrasent l’ogre soviétique. «Freedom’s Fury» dépeint leur déchirement face à l’Histoire en marche et entretient convenablement la mémoire de 56. Mieux que l’hymne électro-pop naze commandé par Viktor Orbán pour l’anniversaire du soulèvement.

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