Double X

Le calvaire des athlètes qui ne sont ni homme ni femme

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 19.08.2016 à 10 h 42

Repéré sur Der Spiegel, Europe 1, L'Équipe

Avant la Sud-Africaine Caster Semenya, le cas de l'Autrichienne Erika Schinegger avait fait scandale à la fin des années soixante.

L'Autrichienne Erika Schinegger (au centre) en 1966 I ARCHIVES / AFP

L'Autrichienne Erika Schinegger (au centre) en 1966 I ARCHIVES / AFP

La Sud-Africaine Caster Semenya a fait un retour en grâce ces 17 et 18 août aux Jeux olympiques de Rio lors des séries du 800m. Après une performance décevante quatre ans plus tôt à Londres, où elle avait remporté la médaille d'argent, elle apparaît cette fois-ci favorite pour l'or olympique ce samedi 20 août, rapporte le site d'Europe 1.

Caster Semenya revient de loin. Comme elle l'explique dans un long entretien accordé à L'Équipe, elle a mis longtemps à se remettre de la curée médiatique dont elle a été victime il y a sept ans, après avoir remporté le 800 m des mondiaux de Berlin:

«Ça m'a demandé beaucoup de caractère pour surmonter cette situation. C'est un test mental.»

Après avoir décroché le titre de championne du monde, Caster Semenya avait dû se soumettre à des examens sanguins et chromosomiques et à des tests gynécologiques à la demande de la Fédération internationale d'athlétisme pour prouver au monde qu'elle était bien une femme et méritait sa médaille. Caster Semenya est intersexe: sur un plan génétique, elle est un homme, mais ses attributs sexuels sont féminins.

À l'occasion de son retour sur la scène médiatique, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel évoque le calvaire qu'avant elle, d'autres sportifs de haut niveau ont dû endurer parce qu'ils étaient intersexe, dans un monde du sport obstinément binaire, qui persiste à ne  penser qu'en catégories «homme» et «femme», alors que de multiples combinaisons chromosomiques existent –comme XYY, XXYY ou XXXY.

Et notamment l'histoire de la skieuse autrichienne Erika Schinegger, qui a remporté l'épreuve de la descente lors des Championnats du monde de ski alpin en 1966 à Portillo, au Chili. Contrainte de se soumettre à un test obligatoire pour les sportifs de haut niveau quelques mois après sa victoire, la jeune skieuse a appris qu'elle était un homme sur un plan génétique –elle était porteuse d'une paire de chromosomes XY. Cette révélation signifia la fin de sa carrière sportive. La Fédération de ski autrichienne eut le culot de lui demander de signer un document selon lequel elle quittait l'équipe nationale autrichienne «pour des raisons personnelles» et de garder le silence sur les résultats des examens qu'elle avait dû subir.

La skieuse refusa de se plier à ces directives et entreprit de devenir un homme, au terme de quatre opérations chirurgicales. En juin 1968, Erik Schinegger se présenta et raconta son histoire lors d'une conférence de presse. Même s'il dût remettre sa médaille à la sportive Marielle Goitschel en 1988, qui avait fini deuxième à l'épreuve de descente en 1966, Erik Schinegger fut récompensé pour son courage:

«Le plus grand triomphe d'Erik Schinegger fut que malgré tous les murmures et les regards de travers, il trouva la force de rester dans son petit village natal de Kärntner, de se marier là-bas –et au passage de créer l'école de ski pour enfants la plus célèbre du pays.»

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