Monde

Non, les djihadistes ne cherchent pas forcément à fuir une vie difficile

Repéré par Camille Malnory, mis à jour le 18.08.2016 à 18 h 17

Une étude canadienne contredit l’idée générale que les djihadistes sont des personnes isolées cherchant un moyen d’échapper à une vie sans but. Selon eux, leur engagement est d'abord religieux pour défendre certaines valeurs.

Les djihadistes ne cherchent pas forcément à fuir une vie difficile | thierry ehrmann via Flickr CC License by

Les djihadistes ne cherchent pas forcément à fuir une vie difficile | thierry ehrmann via Flickr CC License by

Pourquoi des individus décident-ils de rejoindre le dijhad en Syrie ou en Irak? Quelles sont leurs motivations? Pour beaucoup d'observateurs, il s'agit de jeunes en grandes difficultés personnelles qui voient en la cause djihadiste un moyen de quitter une vie qui ne leur offre que peu de perspectives. Toutefois, trois chercheurs canadiens ont mené une vaste étude via les réseaux sociaux auprès de dijadhistes de différentes origines –occidentaux, africains et moyen-orientaux– combattant en Syrie et en Irak. Et leurs tavaux n'arrivent pas aux mêmes conclusions. Selon eux, ces djihadistes suivent surtout leur idéologie religieuse et les valeurs qui l'accompagnent.

De décembre 2015 à juillet 2016, ils ont ainsi interrogé quarante djihadistes partis rejoindre des groupes affiliés à al-Qaïda ou à l'État islamique, soixante membres de leurs entourage et une trentaine de potentiels sympathisants, recruteurs et adhérents à l’idéologie. Parmi eux, se trouvait Aaron Driver, sympathisant de l'État islamique, abattu il y a seulement quelques jours par la police au Canada. Les conclusions dévoilées début juillet 2016, ne sont pour l’instant que préliminaires et doivent être interprétées comme telles: elles ne concernent que vingt des interviewés et leur travail doit se poursuivre jusqu’en mars 2017.

Stables et intégrés

Lorne L. Dawson, Amarnath Amarasingam et Alexandra Bain, qui ont conjointement mené ce travail, écrivent que les djihadistes étudiés sont avant tout «des personnes accomplies et venant de milieux stables». D’ailleurs, la grande majorité d’entre eux a fait des études à l’université et plusieurs ont même été diplômés, ce qui contredit largement l’idée d’individus n’ayant que peu d’avenir professionnel. La majorité déclare aussi avoir eu «une enfance heureuse et privilégiée ou du moins, confortable» et une vie sociale des plus banales entourés par leur famille et leurs amis. 

«Parmi nos cas, aucun n’a indiqué, en tout cas pas de façon explicite, avoir été influencé par des choses que nous pouvons associer à des “chances limités sur le marché du travail et au niveau des relations sociales”. “Le manque de perspective d’avenir” ou une notion équivalente, n’a pour le moment pas émergé en tant que question primordiale», écrivent les chercheurs.

D’après eux, la colère et la frustration n’est pas étrangère au processus de radicalisation, mais «l'investissement positif dans un rôle de sauveur du monde est plus important». L’un d’eux, originaire du Royaume-Uni, justifie son départ au djihad comment étant une volonté de «rendre ce qu’il a reçu à Allah».

Motivation existentielle

Pour Dawson, Amarasingam et Bain, leurs interviewés ont donc été «attirés» vers le djihadisme par leurs convictions religieuses plutôt que «poussés» par leurs conditions de vie:

«La plupart des combattants que nous avons interrogés ont des justifications à caractère largement moral et religieux, plus que politique. il existe une petite séparation réelle entre les deux dans l’esprit de ces individus. Partir au combat est plus pour rejeter la nature immorale de leur vie en Occident qu’autre chose.»

L’un des interrogés explique qu’ils sont tous «motivés par leur religion (...), pas par la politique, l’environnement ou l’amour de notre monde.» Un autre parle même «d’émigration» pour parler de son départ, expliquant qu’il ne voulait plus vivre dans le «système occidental».

Malgré une récente analyse de l’Associated Press, démontrant que les recrues occidentales de l’État islamique n’ont finalement que peu de connaissances de l’islam, Dawson maintient la véracité de ses résultats préliminaires: 

«La sincérité de l’engagement religieux chez les nouveaux radicalisés n’a rien à avoir avec l’orthodoxie ou le niveau de connaissance. Les récents convertis sont généralement parmi les pratiquants les moins informés dans n’importe quelle religion –ils sont nouveaux. Mais, et c’est connu de tous, ils sont en général les plus enthousiastes et fervents dans leur foi et leur comportement», explique-t-il au journal canadien Maclean’s.

La radicalisation aurait donc un côté existentiel prononcé. De ce fait, les trois chercheurs canadiens estiment que «la religion est centrale pour comprendre leurs motivations, peu importe nos obscurs efforts, en tant qu’étranger à cette idée, de les comprendre».

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