France / Monde

Quand l'Angleterre débattait du burkini d'une star athée de la télé

Temps de lecture : 2 min

«Sur une plage, les femmes ne peuvent pas gagner.»

Nigella Lawson à Cannes, en octobre 2012. VALERY HACHE / AFP
Nigella Lawson à Cannes, en octobre 2012. VALERY HACHE / AFP

«Même Nigella Lawson en a porté un!», lance, en un cri du cœur, une auditrice de la BBC. Un quoi? Un burkini, pardi. Car si nos voisins britanniques se montrent critiques sur le débat médiatique et politique sur le port du burkini sur les plages publiques françaises, initié par une série d'arrêtés sur le sujet de maires de communes balnéaires, ils ont eu aussi droit au leur il y a cinq ans. Et pas sûr qu'il ait forcément été de plus haut niveau.

En avril 2011, la presse people britannique publiait des photos de la présentatrice de télévision Nigella Lawson, 51 ans, arborant un burkini noir sur Bondi Beach, à Sydney, en Australie, par plus de 30 degrés. Personnalité sulfureuse (elle a notamment été impliquée dans une affaire de drogue en 2013), la fille de Nigel Lawson, l'ancien ministre des Finances de Margaret Thatcher, qui est surnommée outre-Manche la «Domestic Goddess» («la déesse du foyer», titre d'un de ses nombreux livres de cuisine), fait alors les gros titres de la presse. Et des grosses ventes pour Modestly Active, la marque de vêtements de bain islamiques qu'elle arbore ce jour-là, dont le patron explique que ses clientes non-musulmanes (comme Lawson, athée et fille de parents juifs non pratiquants) portent le burkini pour se protéger du soleil ou par désir d'être plus confortables.

Peu après, le Guardian faisait de Nigella Lawson, dont le porte-parole expliquait de son côté qu'elle portait cette tenue pour se protéger des coups de soleil, une quasi-icône de la subversion et de l'empowerment:

«Ce qui a moins été commenté a été l'extraordinaire timing de la balade balnéaire en burkini de Lawson, seulement une semaine après l'entrée en vigueur de l'interdiction du port de la burqa et du niqab en France. [...] Au cœur des deux histoires, on trouve une obsession pour le corps des femmes et comment ils devraient ou ne devraient pas être montrés. [...] Le présupposé est que Lawson a choisi son accoutrement, et que les femmes qui portent le niqab en France ne font pas un choix libre. Mais quelle confiance pouvons-nous accorder à ce présupposé?»

Le Huffington Post fait d'ailleurs aujourd'hui une lecture assez proche de l'affaire:

«Il serait intéressant de voir si Nigella Lawson recevrait un avertissement et une amende si elle portait un burkini à Cannes comme elle l'a fait en Australie en 2011. Cela est peu probable car quand Nigella Lawson –une Occidentale blanche et privilégiée– choisit de porter le burkini, cela est vu comme son choix, comme une affirmation de son pouvoir.»

Rachel Johnson, la sœur du maire de Londres de l'époque Boris Johnson, voyait elle dans l'épisode «un message positif pour nous tous». En fait d'enpowerment, l'affaire avait pourtant aussi révélé la force des présupposés sexistes ou patriarcaux, puisque la presse tabloïd avait par la suite affirmé que Nigella Lawson s'était habillée ainsi pour plaire à son époux de l'époque, le marchand d'art Charles Saatchi, supposé aimer «ses femmes [sic] blanches comme de la porcelaine». Elle même avait affirmé qu'elle pouvait «voir la ressemblance avec un hippopotame» et un débat sur ses formes avait occupé des pages et des pages des journaux. La preuve, estimait à l'époque le Telegraph, que «sur une plage, les femmes ne peuvent pas gagner».

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