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Trump, Poutine, Brexit… Le scénario catastrophe d'un cataclysme historique est en marche

Bérengère Viennot, mis à jour le 30.08.2016 à 11 h 38

Ne croyez pas que l’émergence de Trump, le Brexit et Poutine soient des événements isolés. Pris dans leur ensemble, ils sont en train de dessiner les contours de la prochaine catastrophe mondiale.

L'assassinat de l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand, le 28 juin 1914 à Sarajevo, donna le signal de la Première Guerre mondiale. Gravure d'époque du quotidien italien Domenica del Corriere.

L'assassinat de l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand, le 28 juin 1914 à Sarajevo, donna le signal de la Première Guerre mondiale. Gravure d'époque du quotidien italien Domenica del Corriere.

Nous venons d’entamer un nouveau cycle de catastrophes historiques et, comme d’habitude, nous allons garder la tête dans le sable jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

L’auteur et chercheur Tobias Stone, archéologue, historien et auteur, invite, dans un article publié en juillet dans Medium.com, à prendre un peu de recul sur toutes les catastrophes isolées qui sont en train de nous tomber dessus. De l’autre côté de l’Atlantique, Trump. Ici, le Brexit. Pas très loin, Poutine. Et puis Erdogan, aussi. Il explique pourquoi ce que nous considérons comme des calamités distinctes les unes des autres apparaîtront, pour les historiens de l’avenir, comme une série d’événements liés qui déboucheront sur le cataclysme qui ne manquera pas de réduire notre monde en miettes.

Tobias Stone prend l’exemple de la Première Guerre mondiale: en juin 1914, personne ne se doutait qu’un micro-événement tel que l’assassinat d’un archiduc autrichien déclencherait un processus débouchant sur la mort de 17 millions de personnes. D’un point de vue local, avance-t-il, ceux qui vivent au cœur des événements déclencheurs ne peuvent se douter de ses conséquences à grande échelle.

Or, l’histoire humaine est faite de cycles catastrophiques qui se répètent inlassablement. Qu’il s’agisse de la chute de l’Empire romain, de la Grande Peste, de la Guerre de Trente ans, de la Shoah.... pour les humains qui le vivent de l’intérieur, c’est à chaque fois la fin du monde. Florence pendant la Grande Peste, dit-il, était une parfaite représentation de l’enfer. Et pourtant après chaque cataclysme, auto-infligé ou non, les humains reprennent le dessus, continuent, avancent et, le plus souvent, progressent.

«Après la guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres, nous en avons eu une autre»

Nous voilà au seuil du prochain enfer de l’histoire, sans doute l’avons-nous même déjà franchi. Si nous refusons de nous en rendre compte, c’est que les humains n’ont qu’un souvenir à court terme, sur trois générations, parents, grands-parents, soit une centaine d’années, de l’histoire humaine. Pourtant, tout se répète:

«Et puis, après la Guerre qui devait mettre fin à toutes les Guerres, nous en avons eu une autre. Encore une fois, pour un historien, c’était très prévisible. Poussez les gens à croire qu’ils ont perdu le contrôle de leur pays et de leur destin, ils vont chercher un bouc émissaire, puis un leader charismatique va s’approprier cet état d’esprit du peuple et désigner la forme que prendra ce bouc émissaire. Il va tenir des discours très généraux et cultiver la colère et la haine. Bientôt, les masses commenceront à agir comme un seul homme, sans qu’aucune logique ne conduise leurs actions, et plus rien ne pourra être arrêté.»

Certes on pense à Hitler (et oui, Tobias Stone est conscient que le point Godwin est très vite atteint), mais ça marche aussi bien avec Mussolini, Staline et Mugabe. Et Poutine et Erdogan, qui construisent un culte de la personnalité autour d’eux. Et c’est ce que Trump essaie de faire aux États-Unis. À l’en croire, il veut rendre sa grandeur à l’Amérique. Pourtant, rapporte Tobias Stone, tous les indicateurs montrent que l’Amérique ne s’est jamais aussi bien portée.

Nous devrions nous demander ce que sera notre «moment archiduc d’Autriche» à nous, pose Tobias Stone, dont les amis pro-Brexit critiquent la tendance à ramener tous les dangers à ce divorce du Royaume-Uni et de l’UE. Mais le Brexit n’est pas un moment isolé, sans lien avec l’histoire du monde. Tobias Stone propose alors un scénario –un scénario parmi une multitude possible, une hypothèse où le Brexit pourrait être à l’origine de notre prochain cataclysme historique.

Scénario de la catastrophe

À cause du Brexit, l’Italie ou la France tiennent le même genre de référendum. Le Pen remporte les élections en France. Malgré tous ses défauts, l’Union européenne, désormais fracturée, a empêché une guerre en Europe pendant une période d’une durée sans précédent. Et elle joue un vrai rôle dans la répression des ambitions militaires de Poutine: ses sanctions économiques ont eu un réel impact sur l’économie russe, et contribué à réfréner les agressions russes en Ukraine. Pendant ce temps, Trump remporte l'élection présidentielle aux États-Unis. Le pays devient isolationniste, ce qui affaiblit l’Otan. Poutine, face à l’émergence d’une crise économique dans son pays, cherche à faire diversion pour fédérer son peuple. Il finance des activistes d’extrême droite anti-UE en Lettonie, qui suscitent un soulèvement des Lettons d’origine russe dans l’est du pays. La Russie y envoie alors des «forces de maintien de la paix» et des «camions humanitaires», comme en Crimée...

L’Europe divisée, dont les dirigeants financés par Poutine sont désormais majoritairement pro-russes et anti-UE, rejette les appels aux sanctions ou à une réponse militaire. L’Otan met du temps à réagir: Trump ne veut pas que l’Amérique s’en mêle. Devant l’absence de résistance, la Russie avance en Lettonie, puis dans l’est de l’Estonie et en Lituanie. Les États baltes déclarent la guerre à la Russie: pas le choix, ils viennent de se faire envahir. La moitié de l’Europe les soutient, quelques pays restent neutres, d’autres soutiennent la Russie. Quel camp choisira la Turquie? Et comment réagira l’État islamique face à une guerre en Europe?

Qui sera le premier à appuyer sur le bouton?

Ce n’est qu’un scénario «archiduc d’Autriche» parmi d’autres. Les possibilités sont infinies, et beaucoup d’entre elles ne débouchent sur aucun événement cataclysmique. Mais comme le dit Tobias Stone, «si l’on se fie à l’histoire, nous sommes en retard d’une nouvelle période de destruction, et si l’on se fie à l’histoire, tous les indicateurs signalent que nous sommes en train d’y entrer».

Les historiens reconstitueront la chronologie et l’enchaînement logique des événements et se demanderont comment nous avons pu être naïfs au point de ne rien voir venir. Comment nous avons pu rire au nez de ceux qui déclenchent des sirènes d’alarme en avertissant que le Brexit, ou Trump, augurent des catastrophes. Choisir d’ignorer ce que disent les experts revient à rire au nez du médecin qui vous dit d’arrêter de fumer, et puis de mourir d’un cancer lié à la cigarette. Il suffirait de réfléchir et d’agir de façon rationnelle pour l’éviter. Mais les gens fument, et les gens meurent. L’humanité est ainsi faite qu’elle ne parvient pas à ne pas provoquer sa propre perte.

Pour conclure, Tobias Stone expose que la catastrophe est inévitable. Que pour ceux qui la traverseront, ce sera la fin du monde. Et qu’une fois de plus l’humanité s’en sortira et reprendra le dessus. Que ceux qui prônent l’amour de l’autre et le pacifisme sont ceux qui croupissent en prison. Qu’il faut trouver un moyen de connecter les différents groupes humains qui ne se comprennent pas.

Et que peut-être, devant l’inéluctabilité de la catastrophe, n’écrit-il ces lignes que pour que l’histoire se souvienne que lui, il nous l’avait bien dit.

Bérengère Viennot
Bérengère Viennot (10 articles)
Traductrice
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