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L'intriguant cadavre exquis du président Roosevelt

Franklin Roosevelt à New York en 1933 | via Wikimedia CC License by

Franklin Roosevelt à New York en 1933 | via Wikimedia CC License by

Franklin Delano Roosevelt a une idée d’intrigue de roman policier qu’il n’arrive pas à résoudre. Un comité spécial va l’aider. Le 32e président des États-Unis a-t-il créé un genre de polar nouveau?

Slate.fr vous propose tout l’été des histoires mystérieuses autour de grands écrivains. Pour retrouver les récits précédents, cliquez ici.

Le 12 mai 1935 tombe un dimanche. En guise de repas dominical, le président Franklin Roosevelt a invité quelques amis à venir dîner à la Maison-Blanche. Pas question de causer politique: la discussion tourne autour des romans policiers. Roosevelt se dit fana du genre (1). Parmi les convives se trouve Fulton Oursler. Ancien magicien à ses heures perdues devenu rédacteur en chef du magazine Liberty, Oursler édite des pulps et écrit des pièces de théâtre policières. Il demande au président s’il n’a jamais voulu écrire son propre roman policier. 

«Pour être tout-à-fait honnête, j’y ai souvent pensé. En fait, j’ai une intrigue en tête depuis des années. Mais je n’arrive pas à la résoudre. Et je n’ai jamais réussi à trouver quelqu’un qui y parviendrait. Dites-moi, comment un homme peut disparaître avec cinq millions de dollars en poche sans jamais être retrouvé?»

Roosevelt doit occuper sa cervelle à des sujets plus graves que la fiction: c’est son premier mandat, et le pays est plongé dans une crise économique sans précédent. Dans le cadre de son second «New Deal», il vient de signer un décret pour la création de la Work Projects Administration, chargée de lancer la politique des grands travaux, et un autre pour permettre le raccordement électrique des campagnes américaines. Il pourrait peut-être réfléchir à son intrigue, s’il n’avait pas besoin de dormir de temps à autres. 

Fulton Oursler propose quelque chose au président. Et s’il demandait à la crème de la crème du polar de plancher dessus? Franklin Roosevelt sourit. «Allez-y! Voyez ce que vous pouvez en tirer.»

Récompense pour qui résoudra le mystère

Le rédacteur en chef contacte ainsi l’écrivain anti-communiste Rupert Hughes, le journaliste d’investigation Samuel Hopkins Adams, la scénariste Rita Weiman, le créateur de la série Philo Vance, S. S. Van Dine, et le professeur d’anglais John Erskine. À partir de l’idée du président, ils concoctent chacun un chapitre où Jim Blake, le héros, est pris au piège d’une existence morne et ennuyeuse, sans amis mais avec une femme russe qui vient de disparaître, et qui décide de mettre les voiles. Fulton Oursler lui-même signe l’un des chapitres de son pseudonyme Anthony Abbot.

Le résultat est une sorte de cadavre exquis policier où les auteurs tentent tour à tour de résoudre l’énigme. Une première version est publiée sous forme de série dans le magazine d’Oursler en 1935. La résolution de l’intrigue, toutefois, n’est pas trouvée, et une récompense est promise à celui qui enverrait une conclusion satisfaisante. Sans succès. Un an plus tard, la version brochée se retrouve en librairie, 167 pages non résolues. Une adaptation cinématographique, dont le scénario est coécrit par Nathaniel West, voit rapidement le jour à Hollywood.

En 1967, Erle Stanley Gardner, le père de Perry Mason, reprend la main et écrit le chapitre final. Perry Mason parvient à conclure l’affaire et le livre est réédité sous le titre L’Intrigue mystérieuse du Président. 

La semaine où Franklin Roosevelt mourut d’un AVC, il lisait Arsenic et Boutons de manchette, de John Dickson Carr. D’ailleurs, a-t-il vraiment eu un AVC, ou a-t-il été assassiné?

1 — Hobby qu’il transmettra sûrement à son fils Elliott, auteur de nombreux romans policiers où sa mère Eleanor incarne une détective privée. Retourner à l'article

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