Sciences / Histoire

Au XIXe siècle, les scientifiques pensaient déjà pouvoir contacter les extraterrestres

Temps de lecture : 4 min

Ils misaient pour cela sur des miroirs géants.

Tesla et son équipement | via Wikimedia CC License by
Tesla et son équipement | via Wikimedia CC License by

Un jour de 1899, alors qu’il travaillait dans son laboratoire de Colorado Springs, Nikola Tesla s’aperçut que l’un de ses détecteurs enregistrait d’étranges perturbations électriques.

«Les changements que je remarquai se produisaient périodiquement et évoquaient avec une telle évidence des nombres et un ordre qui ne se rapportaient à aucune cause que je connaissais», écrivit-il plus tard.

Ce n’était pas le genre de signaux qui provenaient du soleil, de la Terre, des aurores boréales ou des perturbations atmosphériques. Ne pouvant oublier cette expérience, il ne cessait de se demander quel était ce phénomène qu’il pouvait avoir découvert.

«Il y avait un dessein derrière ces signaux électriques, expliqua-t-il quelques années plus tard. Je me prends de plus en plus souvent à penser que j’ai été le premier à entendre le message d’une planète à une autre.»

Tesla pensait avoir intercepté une communication interplanétaire, et durant tout le reste de sa vie, il travailla à la création d’un système qui permettrait à la Terre de répondre. Il n’était pas le seul. Comme l’a expliqué l’universitaire française Florence Raulin Cerceau, au XIXe siècle, un petit groupe de scientifiques très sérieux s’est penché sur la recherche de moyens pour communiquer avec une autre planète.

Ils impliquaient, pour la plupart, l’utilisation de miroirs géants.

L’une des idées nécessitait l’utilisation d’un héliotrope semblable à celui-ci, mais beaucoup plus grand.
Wikimedia Commons/Public Domain

Aujourd’hui, les spécialistes de l’astronomie semblent assez certains que si nous rencontrons un jour d’autres formes de vie dans l’univers, elles se trouveront très loin de nous, peut-être sur l’une des exoplanètes qu’ils continuent à découvrir actuellement. Mais au début du XIXe siècle, il semblait encore possible qu’une vie extraterrestre puisse exister dans notre système solaire, suffisamment près pour que nous soyons capables, au moyen d’un signal imposant ou très lumineux, de communiquer avec elle sans quitter la Terre.

Prise de contact

En 1820, le génie allemand des mathématiques Carl Friedrich Gauss fut l’un des premiers à décrire une méthode permettant de contacter les êtres intelligents qui pourraient vivre sur la Lune. Dans une partie de la toundra sibérienne, les hommes pouvaient construire une figure géante, preuve géométrique du théorème de Pythagore, dans laquelle les éléments, un triangle à angle droit et trois carrés, seraient si grands qu’ils pourraient être vus depuis la Lune.

En 1840, Joseph von Littrow, de l’Observatoire de Vienne, eut une idée similaire. Il proposa de creuser des tranchées d’environ 30 km de large pour former des figures géométriques, de remplir ces tranchées d’eau et de kérosène, puis de les enflammer la nuit, afin d’améliorer leur visibilité. Gauss et von Littrow pensaient tous deux que, s’il existait une autre forme de vie intelligente dans notre galaxie, elle accepterait ces vérités mathématiques comme un signe que la Terre était également peuplée d’êtres intelligents. Les mathématiques seraient le langage universel.

À la fin du siècle, les défenseurs de la communication extraterrestre étaient convaincus que l’envoi de messages vers d’autres planètes pouvait réellement se réaliser

L’idée de construire d’immenses problèmes mathématiques fut toutefois rapidement abandonnée. Les scientifiques proposèrent plutôt que la Terre se fasse connaître des Sélénites et des Martiens, s’ils existaient, en envoyant des signaux lumineux dans l’espace, par l’intermédiaire d’une sorte de télégraphe interplanétaire. Il suffisait juste d’avoir beaucoup de miroirs.

Gauss imagina rapidement un appareil élaboré, composé d’une centaine de miroirs mesurant environ 1,50 m2 chacun. Ensemble, ils auraient formé un héliotrope géant (instrument réfléchissant les rayons lumineux qu’il avait déjà inventé) qui aurait pu renvoyer les rayons solaires jusqu’à la Lune. Mais ce n’était que le début.

En 1874, Charles Cros, inventeur français ayant un don pour la poésie (ou était-ce plutôt un poète doué pour les inventions?), lança l’idée de focaliser une lumière électrique vers Mars ou vers Vénus en utilisant des miroirs paraboliques. L’année suivante, en 1875, Edvard Engelbert Novius envisagea la création d’un appareil comprenant 22.500 lampes électriques.

L'aide de la tour Eiffel

Par la suite, un astronome qui écrivait sous le nom de A. Mercier proposa d’installer une série de réflecteurs sur la tour Eiffel, qui auraient capturé la lumière du soleil couchant et l’auraient redirigée vers Mars. Il eut aussi l’idée d’assembler des miroirs qui auraient transféré la lumière du soleil du versant éclairé d’une montagne vers son versant ombragé afin que le signal vers Mars soit plus clair. Dans chacun de ces scénarios, la lumière devait envoyer un message en code simple afin de prouver aux entités qui vivaient dans l’espace que le signal était intentionnel.

À la fin du siècle, les défenseurs de la communication extraterrestre étaient convaincus que l’envoi de messages vers d’autres planètes pouvait réellement se réaliser. On créa même un prix destiné à stimuler la recherche. Le prix Pierre Guzman, établi dans le testament d’une Française fortunée, devait être remis à quiconque parvenait à communiquer avec une planète ou une autre étoile et recevait une réponse. Il était accompagné d’une récompense de 100.000 francs.

Cependant, aucun de ces instruments composés de miroirs ne vit le jour. En 1909, William Pickering, l’astronome américain qui avait, le premier, suggéré qu’il existait une Planète X, en donna une raison. Il calcula que la construction d’un appareil dont les signaux pouvaient parcourir la distance entre la Terre et Mars coûterait environ 10 millions de dollars. Et bien qu’il pensât que cela pourrait fonctionner, il suggéra que l’on donne tout de même plus de preuves de l’existence d’une vie sur Mars avant d’entamer la fabrication d’une telle machine.

Tesla pensait posséder, si ce n’étaient des preuves, au moins d’importants éléments indiquant l’existence d’une vie extraterrestre. Il passa le restant de ses jours à travailler sur une nouvelle machine qui pourrait envoyer de l’énergie sur d’importantes distances, «sans la moindre dispersion», écrivit-il en 1937. Il ne divulgua cependant aucun renseignement sur son invention et tous les détails concernant son appareil disparurent après à sa mort.

Quoi que ce fût, ce qu’enregistra Tesla n’était sans doute pas un signal provenant de Mars ou de la Lune. Que reçut-il réellement? Le mystère reste entier.

Sarah Laskow Journaliste

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