Histoire / Sports

Deux mille ans avant Phelps, Léonidas de Rhodes, dieu vivant des JO

Temps de lecture : 3 min

L'athlète grec était le premier à avoir collecté 12 trophées en quatre éditions différentes des Jeux. C'était au IIe siècle avant Jésus-Christ.

Le site d'Olympie en Grèce, ressuscité lors de du passage de la flamme ARIS MESSINIS / AFP
Le site d'Olympie en Grèce, ressuscité lors de du passage de la flamme ARIS MESSINIS / AFP

«C'est comme ça que je voulais finir ma carrière, c'est la cerise que je voulais mettre sur le gâteau.» Une cerise. Drôle de formule qu'a eue Michael Phelps pour qualifier ces Jeux olympiques de Rio, lors desquels il a obtenu six nouvelles médailles (donc cinq en or, excusez-nous du peu), rapporte L'Équipe.


Le jeune retraité américain de 31 ans peut s'enorgueillir de deux choses: être consacré comme le plus grand sportif de tous les temps avec 23 médailles d'or, mais surtout avoir mis fin à un record qui durait depuis deux mille ans. Celui du coureur grec Léonidas de Rhodes, seul athlète à avoir collecté à lui seul 12 trophées en quatre Jeux consécutifs. Peu superstitieux, Phelps a ajouté une treizième médaille à son parcours individuel, renvoyant notre valeureux Léonidas à ses antiques pénates.

Courses en armes

Originaire de la cité de Rhodes, vaste île cernée par la mer Egée, Léonidas de Rhodes était un coureur olympique qui vécu au IIe siècle avant notre ère. Il suscita l'engouement général à Olympie entre 164 et 152 avant Jésus-Christ par ses épiques victoires lors des trois épreuves de courses à pied (le stadion, le diaulos et le hoplitodromos). La dernière course, dites «course des hoplites» ou «course armée», était considérée comme la plus redoutable.

«Cette course se faisait avec un casque et un bouclier, ce qui représentait un poids conséquent pour l'athlète, explique Jean-Paul Thuillier, professeur émérite à l'École Normale Supérieure et spécialiste du sport dans l'Antiquité. Autrefois, les athlètes devaient même porter des jambières mais, au temps de Léonidas, cette contrainte avait déjà été supprimée. Et cette course en armes se déroulait toujours à la fin des Olympiades, car elle marquait symboliquement l'arrêt de la trêve Olympique et le retour à l'état de guerre qui était le quotidien du monde héllénistique.»

Il faut donc imaginer le valeureux Léonidas de Rhodes, coiffé de son casque et brandissant son bouclier, franchir en vainqueur la ligne d'arrivée en 152 avant J.C. pour la quatrième fois consécutive. Eut-il les larmes aux yeux, comme Michael Phelps, au moment d'être coiffé de son ultime couronne de laurier? Impossible de le savoir:

«Il est difficile d'avoir des renseignements précis sur les athlètes olympiques de cette période: quel était leur âge au moment des épreuves, leur biographie, confie Jean-Paul Thuillier. À cette époque, il n'y avait évidemment pas de carte d'identité!

Mais les écrits des Grecs, notamment de Philostrate dans son traité intitulé De la gymnastique, nous donnent des indications sur leurs modes d'entraînement. Après les Jeux, les athlètes étaient traités en véritables divinités. Surtout dans leurs cités d'origines où des statues étaient érigées à leur effigie. Les citoyens y déposaient des offrandes et faisaient des sacrifices d'animaux en leur honneur. À Rhodes, Léonidas était un héros.»

Ce qui importait c'était d'être le premier homme à avoir fait quelque chose, d'être considéré comme le meilleur de tous et donc, de côtoyer symboliquement les dieux

Un peu comme Usain Bolt ou David Douillet

La reconversion des athlètes olympiques à l'issue de leur carrière sportive était également un enjeu de taille durant la Grèce Antique.

«Les Jeux olympiques rassemblaient près de 50.000 personnes qui faisaient le déplacement pour assister aux performances des athlètes, décrit Jean-Paul Thuillier. C'était une occasion exceptionnelle de notoriété que l'on pourrait, d'une certaine façon, comparer à celle des Jeux de Rio. On peut ainsi citer le lutteur Milon, originaire de la cité de Crotone dans l'actuelle Italie du Sud, qui devient un chef de guerre très important. Il était donc tout à fait possible pour un athlète d'imaginer embrasser une carrière politique, un peu comme David Douillet aujourd'hui

Et les athlètes antiques ne manquaient pas d'originalité pour conquérir les foules. Un siècle après Léonidas de Rhodes, Politès de Kéramos remporta à son tour les trois épreuves de courses. Il devint donc, selon la formule usitée alors un «triastès», mais cet exploit fut accomplit en une seule journée. Un fait d'armes que rapporte avec humour Le Cheikh, un twitto féru d'histoire:

Des exploits qui ne se quantifient néanmoins pas en terme de chronomètres: «Les Grecs n'enregistraient ni records de temps ni records de longueurs, analyse Jean-Paul Thuillier. Ce qui importait, c'était d'être le premier homme à avoir fait quelque chose, d'être considéré comme le meilleur de tous et, donc, de côtoyer symboliquement les dieux.»

«Enfant, je voulais faire quelque chose que personne n’avait jamais fait et c’est ça qui me plaît», a déclaré Michael Phelps avant sa dernière course. Une affirmation qui n'aurait sûrement pas déplu à Léonidas de Rhodes.

Agathe Charnet Journaliste

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