Santé

Scoop: les athlètes ont parfois leurs règles pendant les JO (et oui, ça fait mal)

Temps de lecture : 4 min

Cachez ce sang que je ne saurais voir! Dans le sport comme partout, les menstruations demeurent associées à la honte et à la dissimulation. C'était sans compter sur Fu Yuanhui, une nageuse chinoise qui a abordé le sujet sans complexes.

Fu Yuanhui, l'athlète chinoise qui ne craint pas de briser les tabous liés aux douleurs menstruelles CHRISTOPHE SIMON / AFP
Fu Yuanhui, l'athlète chinoise qui ne craint pas de briser les tabous liés aux douleurs menstruelles CHRISTOPHE SIMON / AFP

« Je n'ai pas très bien nagé aujourd'hui, j'ai laissé tomber mes partenaires», a déploré ce samedi 14 août l'athlète chinoise Fu Yuanhui à l'issue du relais 4x400 mètres de natation où la Chine ne se classe qu'en quatrième position.

Alors qu'elle passe nerveusement la main sur son ventre, les journalistes de la chaîne chinoise CCTV lui demandent si elle souffre de douleurs particulières. Sans ciller, Fu Yuanhui réplique: «C'est parce que mes règles ont commencé hier, je me sens donc très fatiguée –mais ce n'est pas une excuse, je n'ai tout de même pas assez bien nagé.»

Un problème de santé comme un autre?

Cette anecdote, rapportée par le magazine Quartz, peut sembler d'une moindre importance compte tenu des spectaculaires blessures qui rythment usuellement les Jeux olympiques. Elle soulève pourtant un vrai tabou. Dans le sport, comme dans le monde professionnel, les menstruations demeurent un sujet rarement abordé publiquement, quand bien même la santé de certaines femmes s'en trouve directement affectée. Une collègue se plaignant ouvertement de ses règles à la pause-café ou deux femmes échangeant des protections hygiéniques au vu de tous dans l'open-space apparaissent toujours dans le champ social comme des comportements gênants, voire déplacés.

« J'ai eu d'importantes douleurs de règles à partir de mes 15 ans et ce malgré la pilule, témoigne Camille, 25 ans qui prend désormais une pilule mono-phasique qui supprime complétément ses règles. Il m'est arrivé de manquer des cours à la fac à cause de cette sensation que mon bas-ventre partait en charpie. Mais je n'aurai jamais avoué à mes professeurs que c'était à cause de mes règles, c'est trop personnel et j'aurai eu peur de les embarrasser lorsqu'il s'agissait d'hommes

Des femmes rayonnantes, en pleine activité physique, au moment où leur muqueuse utérine se fait la malle

En osant mentionner ses règles comme une entrave à sa performance, la nageuse Fu Yuanhui les associe publiquement à un problème de santé comme un autre. Elle se positionne ainsi à l'inverse des présupposés véhiculés par les publicités qui tendent à minimiser la douleur menstruelle, en montrant par exemple des femmes rayonnantes, en pleine activité physique au moment où leur muqueuse utérine se fait la malle. De quoi complexer et laisser coites celles qui se terrent au fond de leur lit ou se traînent au boulot, le visage livide et le dos courbatu. Ou rendre inconcevable la douleur des sportives.

«Presque comme une crise cardiaque»

Il serait d'ailleurs intéressant de se demander si Fu Yuanhui a eu complétement raison d'ajouter que ses règles n'étaient «pas une excuse» à ce qu'elle considère comme une mauvaise performance en natation. Une foulure, une fracture, une grippe ne seraient-elles pas considérées comme des excuses suffisantes à une défaillance sportive? Si les femmes doivent être encouragées à agir même durant leurs règles, celles qui parfois s'en sentent incapables n'auraient alors pas le droit d'être «excusées» au même titre que pour d'autres blessures ou désagréments?

Un dilemme que Mathilda, ancienne championne de France de gymnastique sportive, a éprouvé tout au long de son adolescence au pic de sa carrière:

« J'ai toujours eu des règles douloureuses mais à la gym, comme j'en faisais tous les jours sauf le dimanche, les entraîneurs n'étaient pas là pour rigoler. À moins d'avoir quatre fractures, il fallait être là, toujours. “C'est dans la douleur qu'on progresse le plus”, répétaient-ils. Les règles ne pouvaient en aucun cas être considérées comme une raison valable pour manquer l'entraînement.

Les règles, pas considérées comme une raison valable pour manquer l'entraînement

Mathilda, ancienne gymnaste

Donc même le deuxième jour des règles (souvent le plus douloureux) si je n'allais pas en cours au lycée car j'étais en position foetale sur mon lit et que je ne pouvais pas me déplier, je prenais mon traitement –l'antidouleur Antadys– et allais quand même à la gym quitte à être très faible, nulle, pour faire acte de présence», explique cette jeune «retraitée» de 21 ans.

Une enquête menée par l'Insep en 2007 auprès de 363 sportives de haut niveau a tenté de démontrer l'impact des règles sur les performances physiques des athlètes:

«64% des sportives estimaient que le syndrome pré-menstruel diminuait significativement leurs performances. Parmi les sportives qui présentaient un syndrome prémenstruel modéré ou sévère, 15% d'entre elles étaient absentes de cours et 17% d'entre elles manquaient les entraînements», rapporte l'enquête menée par Carole Maitre, gynécologue au département médical de l'Insep.

Le magazine Quartz a mené pour sa part une passionnante enquête sur la recherche médicale et les douleurs menstruelles, démontrant que certaines femmes ressentaient «des douleurs presque aussi violentes que celles provoquées par des crises cardiaques», comme l'affirme John Guillebaud, professeur à l'university College de Londres. L'article déplorait le retard de la recherche scientifique pour pallier à des maladies telles que l'endométriose ou les dysménorrhées et appelait à «faire sortir du placard les femmes souffrant de douleurs menstruelles».

Tampons chinois

Quoiqu'il en soit, la sémillante Fu Yuanhui, adorée en Chine pour son mysticisme et ses expressions drôlatiques, a au moins eu le mérite de placer les mots clefs «Fu Yuanhui period» au cœur des discussions sur les réseaux sociaux chinois. Ces occurrences ont été recherchées plus de 500.000 fois dimanche sur Weibo, l'équivalent sinophone de Twitter.

Cette nageuse de 20 ans, qui a remporté sa première médaille de bronze à Rio, a également permis de populariser en Chine l'usage des tampons. Les utilisateurs de Weibo s'interrogeant, en effet, sur la possibilité pour une femme de nager dans une piscine durant ses cycles menstruels. Les tampons demeurent méconnus en Chine –comme dans la plupart des pays d'Asie du Sud-Est– et sont accusés à tort d'abîmer l'hymen de la jeune fille vierge, comme l'explicite le Los Angeles Times. En Chine, près de 85 milliards de serviettes hygiéniques ont été fabriquées en 2015 tandis que la première marque de tampon vient tout juste d'être lancée.

En brisant le «period-shaming» (la honte liée aux règles), Fu Yuanhui inspirera peut-être davantage de femmes à ne plus avoir honte de mentionner à leurs proches comme à leurs employeurs ces douleurs qui atteignent douze fois par an la moitié de l'humanité.

Agathe Charnet Journaliste

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