Société

À 105 ans, la secrétaire de Goebbels raconte sa vie sous le nazisme

Temps de lecture : 2 min

Brunhilde Pomsel a participé à l'administration nazie en tant que sténodactylo pour le ministre de la Propagande. Un emploi comme les autres, raconte-t-elle aujourd'hui dans un film.

Capture d'écran

Brunhilde Pomsel est morte à l'âge de 106 ans, le 27 janvier 2017 à Munich. Nous republions dessous un article d'août 2016 sur le témoignage sur la vie sous le nazisme de cette ancienne secrétaire de Goebbels.

Ses tâches allaient de la compilation de chiffres sur les soldats allemands tués pendant la Seconde Guerre mondiale à l'exagération volontaire du nombre de femmes allemandes violées par l'Armée rouge. Brunhilde Pomsel a 105 ans aujourd'hui et a été la secrétaire du dirigeant nazi Joseph Goebbels à partir de 1942.

Celle qui a travaillé pendant trois ans au plus près du ministre de la Propagande parle enfin de son expérience dans un film intitulé A German Life (une vie allemande, en français) diffusé au festival du film de Munich au début de l'été. Interviewée pendant trente heures, elle ne regrette pas pour autant d'avoir été à ce poste:

«Vraiment, je ne faisais pas autre chose que taper [à la machine à écrire] dans le bureau de Goebbels.»

Face à la journaliste du Guardian qui l'a interviewée à l'occasion de cette diffusion, elle tient à dire qu'elle a fait la même chose que beaucoup d'Allemands. Elle ne veut pas dire qu'elle était naïve quand elle a cru ceux qui lui disaient que les Juifs qui avaient «disparu» avaient été envoyés dans des villages en Europe centrale pour repeupler des régions.

«Ces gens qui disent aujourd'hui qu'ils se seraient opposés aux nazis –je pense qu'ils sont sincères lorsqu'ils disent ça–, mais, croyez-moi, la plupart d'entre eux ne l'aurait pas fait. (...) Je sais que personne ne nous croit de nos jours –tout le monde pense que nous savions tout. Nous ne savions rien, tout était gardé secret.»

Manucure et déni

Que dit-elle de Goebbels aujourd'hui? Que sa femme et lui étaient «gentils» avec elle. En particulier lorsque l'appartement qu'elle partageait avec ses parents a été bombardé: ils lui ont offert un costume qu'elle considère comme la chose la plus chic qu'elle ait possédé. Elle se rappelle de son patron comme d'un homme «petit mais qui se tenait bien», «gentleman», qui portait des costumes «faits de beau tissu». Il était toujours légèrement hâlé et «se faisait sûrement manucurer les mains tous les jours».

Elle avait été choquée par l'arrestation d'un animateur à la station de radio où elle travaillait avant d'intégrer l'administration nazie. Homosexuel, il avait été envoyé en camp de concentration. À 31 ans, elle a accepté ce poste, parce qu'elle était bien payée:

«Seule une maladie infectieuse m'aurait arrêtée, j'étais flattée parce que j'étais récompensée pour être la sténo la plus rapide de la radio.»

À la fin de la guerre, après le suicide de Hitler et Goebbels, elle a été condamnée à cinq ans d'emprisonnenement dans des camps russes à Berlin et aux alentours. Elle a dit la vérité, selon elle, qu'elle a «travaillé cinq ans comme sténo aux côtés de Goebbels au ministère de la Propagande». Ce n'est qu'en revenant chez elle des années plus tard qu'elle a réalisé ce qu'avait été l'Jolocauste, explique-t-elle.

Ainsi, en 2005, elle a notamment voulu savoir ce qu'il était arrivée à son amie d'enfance Eva Löwenthal. Au moment de l'arrivée au pouvoir d'Hitler, sa vie était devenue «beaucoup plus difficile», avait-elle noté. En se rendant au mémorial de l'Holocauste à Munich il y a plus de dix ans, elle a appris que son amie avait été déportée en novembre 1943 et qu'elle était morte en 1945.

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