LGBTQ

Les JO, le cadeau gay de l'été

Temps de lecture : 4 min

Entre immense exercice de gaydar et fétichisme sexuel décomplexé, la compétition fournit un moyen d'admirer les sportifs dans un cadre plus érotique que d'habitude.

Teddy Riner lors de son combat pour la médaille d'or à Rio, le 12 août 2016. TOSHIFUMI KITAMURA / AFP.
Teddy Riner lors de son combat pour la médaille d'or à Rio, le 12 août 2016. TOSHIFUMI KITAMURA / AFP.

Beaucoup d'articles ont été publiés sur les problématiques LGBT aux JO de Rio, qu'il s'agisse du nombre d'athlètes ouvertement LGBT, reflet d'une meilleure visibilité dans le sport (le site Outsport dresse la liste de tous les athlètes en question et leur actualité) ou de polémiques comme celle sur la publication d'un article outant quelques sportifs gays sur l'application Grindr ou celle sur la rumeur d'un hypothétique «Pédé, va» de Teddy Riner en finale du judo. En fait, les médias généralistes se penchent sur l'attrait des gays pour le sport car, pour ces derniers, les JO sont un moyen d'admirer les sportifs dans un cadre plus érotique que d'habitude.

Depuis les Jeux olympiques de Los Angeles, je me suis toujours intéressé à l'esthétique des JO. A l'époque, c'était un des rares moments de télévision où les hommes se déshabillaient entre deux compétitions. Les JO montraient une nudité partielle quand la télévision était désespérément pudique. C'était aussi un des rares moments où l'on voyait des sportifs non blancs.

Au début des années 1980, les concours de gymnastique en salle étaient alors le summum du look gay, ce qui a été très bien illustré par Bruce Weber dans son numéro collector de GQ en 1980, qui est devenu une référence pour tous les bureaux de style. Plus tard, à Atlanta, il faut rappeler l'impact esthétique de Jean Galfione sur l'imaginaire homosexuel avec cette célèbre photo tricolore qui a fait toutes les couvertures des journaux. Et si on en parle moins, les lesbiennes aussi sont attirées par les stars de l'athlétisme, leur indépendance et leur look. Les gays et les lesbiennes savent déceler les attitudes qui révèlent une sexualité différente, pas toujours confirmée par le coming out: les JO sont un immense exercice de gaydar, ce sixième sens qui nous permet de nous reconnaître.

Se rincer l'œil, comme les hétéros

Le New York Times peut donc facilement se demander pourquoi les gays aiment les JO. Bah, c'est pas évident? On est là aussi pour se rincer l'œil, comme les hétéros.

Er ces grandes compétitions sont aussi excitantes quand on s'intéresse à l'esthétique sportive. A chaque édition, le matériel progresse, les vélos et les combinaisons des cyclistes en salle évoluent, les maillots des délégations sportives créent de nouvelles combinaisons de couleur. Les escrimeurs ont des casques lumineux, le maquillage des sportives de gymnastique devient irradiant, les nouvelles idées artistiques nourrissent, il faut bien le dire, des fantasmes et des fétichismes. Les JO sont une mine pour les niches sexuelles, textiles ou non.

Avec un nombre d'athlètes LGBT affirmés qui a doublé depuis les Jeux de Londres, on peut aussi regarder les JO sous un angle militant, par exemple avec le selfie de deux héros ouvertement gays du plongeon, l'Américain Greg Louganis, plusieurs fois titré à Los Angeles et Séoul, et le Britannique Tom Daley, deux fois médaillé de bronze à Londres et Rio. L'admission des athlètes trans est aussi très étroitement suivie. On peut donc également s'offusquer de l'article (depuis retiré) qui est allé chercher des sportifs gays sur Grindr: personnellement, je pense que lorsqu'on est sur Grindr, c'est comme si on était visible aux yeux de tous vu le succès de cette application de drague.

Objectification

Mais on peut aussi regarder les JO sous un angle presque pornographique. Comme l'a noté cet article, les caméras sportives ont parfois le chic pour filmer des moments de préparation qui ressemblent à du soft porn, surtout pendant les exercices de plongeon. Mais c'est aussi parce que certains studios porno font exactement ça, comme le célèbre Sean Cody, qui débute toujours ses scènes par des jeunes musclés faisant du sport avant la baise. Ce n'est pas que du sexe, c'est du sexe APRÈS le sport.

Un autre article de Slate se demandait pourquoi les joueurs de beach-volley gardent leurs t-shirts alors que les athlètes féminines de la même discipline ont des maillots beaucoup plus révélateurs. Si cet aspect porno light est remarqué, c'est parce que les sportifs jouent avec leur image, comme cette équipe de judo sud-coréenne qui montre ses abdos. Cela ressemble à une bande annonce de film de cul.

Le Wall Street Journal affirme ce que nous savons tous: en masse, les gymnastes masculins choisissent d'être objectifiés alors que pour les femmes, le processus est plus personnel. Les hommes sont moins offusqués quand on parle de leur apparence même si les commentateurs sportifs sont moins à l'aise pour parler de l'érotisme masculin, quand ils ne cessent de dire des grossièretés sur l'apparence des femmes.

Sport = sexe

Les JO sont un moment universel de nudité partielle, ce qui d'ailleurs pose un problème religieux dans certains pays. Le découplage entre le noble sport olympique et la sexualité est fini. En 2014, Time publiait un récapitulatif rapide de l'activité sexuelle lors des jeux précédents et notait que tous les sportifs présents à Sotchi avaient un compte Tinder. Il y a une surcharge d'érotisme dans ce rassemblement des plus grands sportifs au monde et l'imaginaire va bon train quand on imagine l'ambiance du village olympique. Rappelons-nous des JO de Barcelone, qui ont été particulièrement chauds, et de l'explosion, déjà, des connexions à Grindr pendant ceux de Londres.

On peut donc regarder les JO uniquement parce que le sport dévoile la musculature d'un surhomme comme Teddy Riner. On a vraiment les yeux qui souffrent quand il apparaît et il est toujours fascinant de noter la différence entre les photos officielles de ces sportifs sur Google et les images furtives pendant lesquelles leur anatomie est dévoilée (ma photo de Teddy Riner sur Tumblr a récolté plus de 230 likes).

Le sport est la manifestation sociale d'une supériorité physique et donc, parfois, sexuelle. Il n'y a pas d'homophobie internalisée à admirer les hommes et les femmes hétéros quand on est soi-même gay ou lesbienne, mais plutôt un lien qui nous unit. Les hétéros se laissent admirer et les gays vivent au grand jour. C'est le cadeau olympique sexy de l'été.

Didier Lestrade Journaliste et écrivain

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