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Comment un duo improbable a forgé le nationalisme russe post-soviétique

Temps de lecture : 14 min

Un universitaire obscur et un philosophe marginalisé se sont emparés des esprits du Kremlin.

Toy Soldier | Simon Lee via Flickr CC License by
Toy Soldier | Simon Lee via Flickr CC License by

Il serait très désagréable à Sir Halford Mackinder, un flegmatique universitaire édouardien à lunettes, de voir l’usage qu’il a été fait dans la Russie postcommuniste du travail de toute sa vie.

Connu surtout pour un cours titré «Le Pivot géographique de l’histoire», donné à la Royal Geographical Society en 1904, Mackinder soutenait que la Russie et non l’Allemagne, était le principal rival de la Grande-Bretagne sur le plan stratégique. Il illustrait cet argument par une théorie haute en couleurs qui s’est faite connaître sous le nom de «géopolitique». Le moment de sa prédiction, précédant deux guerres mondiales contre l’Allemagne, n’a été guère favorable à sa théorie. Cependant, la vision de Mackinder a finalement semblé se montrer juste lors de la dernière année de sa vie, à la faveur du début de la guerre froide, l’incarnation de ce qu’il avait professé.

Il voyait le monde prendre la forme dont il avait eu la vision en 1904: la Grande Bretagne et les États-Unis, dont les marines dominaient les océans du globe, face à l’Union soviétique, la principale puissance continentale sur la planète, avec sa vaste steppe et ses hivers rigoureux qui avaient vaincu Napoléon et Hitler, tout à fait imprenable dans la forteresse terrestre que Mackinder appelait le «Heartland», le cœur de l’Eurasie.

Dominer le monde

Mackinder considérait que malgré des siècles de progrès technologique et de développement intellectuel, la géographie restait la composante fondamentale de l’ordre international, comme cela avait été le cas lors de la guerre du Péloponnèse durant laquelle la force navale qu’était Athènes avait fait face à la plus grande force terrestre grecque: Sparte. Selon les spécialistes de géopolitique, la plupart des conflits armés ayant éclaté depuis auraient toujours opposé une puissance maritime dominante et une puissance continentale dominante. En d’autres termes, la puissance maritime et la puissance continentale étaient éternellement vouées à s’affronter.

Le cœur de la puissance terrestre, le centre de l’Eurasie, le territoire de l’Empire russe, serait ainsi pour toujours dans une rivalité mondiale avec la puissance navale, dont la tutelle était sur le point de passer de la Grande-Bretagne aux États-Unis. En 1919, Mackinder s’accrochait toujours à l’idée que la Russie était le principal adversaire de la Grande-Bretagne et défendait la création «d’un tampon territorial intégral entre la Russie et l’Allemagne». Mackinder justifiait cette idée par une formule qui est restée sa plus célèbre: «Qui domine l’Europe de l’Est dirige le Heartland; qui domine le Heartland dirige l’Île Monde; qui domine l’Île Monde dirige le Monde.»

Il a fallu un demi-siècle pour que ces mots trouvent un écho dans le Heartland lui-même, Mackinder passant alors de l’obscurité à la célébrité et recevant le statut de prophète, pour de mauvaises raisons. Ses avertissements pressants qui portaient sur le potentiel latent de la Russie pour la conquête et la domination, étaient destinés à précipiter l’émergence d’un consensus parmi l’élite européenne de l’entre-deux-guerres afin d’empêcher ce potentiel de s’accomplir. En réalité, ils sont devenus la version «nouveau Russe» de la Destinée manifeste américaine. L’avancée de la Russie en Géorgie en 2008, en Ukraine en 2014, et sa récente campagne en Syrie, de même que ses efforts pour consolider sa sphère d’influence dans le Heartland du centre de l’Eurasie, au sein de l’Union économique éurasiatique, ont été sinistrement prédits dans la théorie géopolitique.

La géographie d'abord

Mackinder soutenait que c’est la géographie et non l’économie qui est le déterminant fondamentale de la puissance mondiale et que la Russie, par le simple fait de sa localisation, hérite d’un rôle de premier plan au niveau mondial. Sous la présidence de Vladimir Poutine, les principes légèrement excentriques de la théorie de Mackinder ont pénétré au sein de l’establishment, en grande partie du fait d’un homme, Alexandre Douguine, un intellectuel et anticonformiste de droite qui avait émergé comme l’un des principaux nationalistes russes dans les années 1980, à l’époque de la Perestroïka. C’est en grande partie grâce aux liens troubles entre Douguine et les élites que la géopolitique est aujourd’hui devenue une discipline grand public en Russie.

Les Fondements de la Géopolitique, un des livres les plus curieux, impressionnants et terrifiants publiés en Russie à l’époque postsoviétique, est devenu le point de repère d’une large partie des droitistes radicaux russes

Les arguments de Mackinder étaient utiles à Douguine et aux autres jusqu’au-boutistes qui soutenaient que le conflit avec l’ouest était la condition permanente de la Russie, non sans avoir des difficultés à expliquer pourquoi. Les causes de la Guerre froide semblaient s’être évaporées avec la fin de la confrontation idéologique, et une nouvelle époque de tolérance universelle et de démocratie, la supposée «fin de l’histoire». L’élévation de l’anglais au statut de grand Mufti de la puissance atlantique a été facilitée par Douguine, qui avait publié en 1997 Les Fondements de la Géopolitique, un des livres les plus curieux, impressionnants et terrifiants publiés en Russie à l’époque postsoviétique, devenu le point de repère d’une large partie des droitistes radicaux russes. Le livre était né des échanges entre Douguine et les penseurs de la Nouvelle Droite russe, ainsi que de ses cours bimensuels à l’Académie de l’État-major sous les auspices du général Igor Rodionov, le plus jusqu’au-boutiste des jusqu’au-boutistes qui allait plus tard être ministre de la défense, de 1996 à 1997.

Le Machiavel russe

En 1993, selon Douguine, les notes issues de ses cours avaient été rassemblées pour former un ensemble de matériaux que tous les étudiants de l’académie étaient censés utiliser, qui était régulièrement mis à jour et annoté de nouvelles observations soumises par les généraux, ou augmenté à la suite d'une conférence donnée par un idéologue de droite venu de Paris ou Milan. C’est ainsi que Douguine s’est donné pour tâche d’écrire un manuel pratique de conquête et de gouvernement à la manière de Machiavel. Comme Le Prince (qui était d’abord surtout une lettre de candidature flagorneuse écrite au dirigeant florentin Laurent de Médicis, justifiée par l’exil de Machiavel loin du pouvoir pendant dix ans), le livre de Douguine fut écrit comme une ode à la nomenklatura de la sécurité nationale russe depuis les profondeurs de son isolement consécutif à la crise politique de 1993.

Jusqu’en 1991, Douguine avait été un des principaux propagandistes du passage à une ligne dure, rédigeant une combinaison de théories conspirationnistes et de démagogie nationaliste pour Le Jour, un journal financé par le ministère de la Défense. Suite au coup d’état manqué organisé par le KGB et l’armée rouge en août cette année-là, Douguine avait été en exil, isolé tout en restant dans le pays, doté de peu de moyens pour vivre. Avec un autre intellectuel nationaliste, Edouard Limonov, il avait fondé un mouvement politique agressif, le Parti National Bolchevik, qu’il désignait comme «un projet d’art politique».

À côté de cela, il avait obtenu un poste de professeur visiteur à l’Académie de l’État-major grâce à ses liens avec la droite radicale et avec Rodionov. S’appuyant sur ses contacts parmi les enseignants de l’armée et installé dans la cave sale du quartier général du Parti National Bolchevik rue Frounzenskaïa, Douguine avait écrit un livre qui allait devenir une des influences principales de la droite radicale russe.

Berlin-Moscou-Tokyo

Dans les mains expertes de Douguine, Mackinder, une curiosité édouardienne qui n’avait jamais obtenu de poste permanent à Oxford, fut transformé en une sorte de cardinal Richelieu du gouvernement britannique dont les conseils murmurés à l’oreille des grands hommes d’État auraient été une main sûre à la barre de la pensée stratégique britannique pendant un demi-siècle, et dont les idées continuaient de constituer les impératifs stratégiques d’une nouvelle génération de mandarins de l’ombre.

En plus de Mackinder, Douguine avait dressé le profil des géopoliticiens opposés à celui-ci, principalement des Allemands, qui partageaient la logique de Mackinder mais en promouvant une puissance terrestre continentale plutôt qu’une puissance navale globale. Parmi ceux-ci, Friedrich Ratzel, un géographe allemand de la fin du XIXe siècle qui avait inventé le terme Lebensraum, c’est-à-dire «espace vital», qui serait plus tard récupéré comme principe de base par le Troisième Reich. La seconde génération de textes géopolitiques a contribué à associer la discipline au nazisme, à l’image de Karl Haushofer, un contemporain de Mackinder, théoricien de la stratégie qui était un ardent défenseur d’une alliance tripartite entre Berlin, Moscou et Tokyo.

La plupart des politistes classiques regardent la géopolitique de travers. Ils considèrent les géopoliticiens de la même façon que les économistes considèrent les analystes dits «gold bugs» qui persistent à croire en la valeur éternelle de l’or comme moyen d’échange et qui ont foi en de vieilles constantes dont ils sont sûrs qu’elles réapparaîtront inévitablement. De la même façon, les géopoliticiens, une sous-culture exotique au sein de la communauté des experts, considèrent qu’en dépit d’ambitieux principes et d’avancées, le conflit stratégique pour la possession de la terre prévaudra toujours. Ils ont parfois raison.

Dissolution

Les Fondements de la Géopolitique a été vendu jusqu’à la rupture de stock dans quatre éditions différentes et continue d’être donné comme manuel à l’Académie de l’État-Major et d’autres universités militaires en Russie. Pour l’historien John Dunlop, le spécialiste de la droite russe de la Hoover Institution on War, Revolution and Peace à l’université de Stanford, «il est probable qu’aucun autre livre publié en Russie pendant la période postcommuniste n’a exercé une influence comparable sur les élites du milieu de la défense, de la police et de la politique étrangère russes».

L’Empire eurasiatique sera construit sur le principe fondamental de l’ennemi commun: le rejet de l’Atlantisme

En 1996, Andreï Kozyrev, le ministre des Affaires étrangères russe qui symbolisait l’effort d’occidentalisation de la politique d’Eltsine, fut renvoyé et, la même année, le général Rodionov, le parrain de Douguine à l’Académie de l’État-major, fut nommé ministre de la Défense en remplacement de Pavel Gratchev qui, en tant que chef des troupes aéroportées, avait rallié Eltsine lors de la tentative de coup d’État d’août 1991.

En 1996 également, la Douma vota l’abrogation de la décision du Traité de Minsk, qui avait déclaré l’Union soviétique officiellement dissoute, et la reconnaissance légale des résultats du referendum de 1991, par lequel 70% des électeurs russes avaient soutenu le maintien de l’URSS. Ce n’était évidemment que symbolique, mais cinq ans à peine après la fin de l’URSS, une majorité au sein de l’élite russe, si tant est que le vote écrasant de la Duma puisse être considéré comme un baromètre adéquat, se montrait en faveur d’une restauration de l’Empire.

L'erreur d'Hitler

Les Fondements arriva au moment-même où un changement sismique parcourait l’élite russe, bien que ce ne fut qu’avec la chute de la rouble en août 1998 que le progressisme russe ne finit par subir le coup fatal. Le livre fut bien aidé par son positionnement curieusement systématique dans les meilleures librairies de Moscou: presque toujours juste à côté des caisses...

L’argument principal de Douguine dans ses Fondements était issu directement des pages d’Haushofer: il était nécessaire de déjouer la conspiration Atlantiste menée par les États-Unis et l’Otan et destinée à retenir la Russie parmi des anneaux concentriques de nouveaux États indépendants. Le plan était simple, conseillait Douguine: d’abord reconstituer l’Union soviétique, puis utiliser une intelligente diplomatie d’alliance se concentrant sur des partenariats avec le Japon, l’Iran et l’Allemagne pour chasser du continent les États-Unis et ses sbires atlantistes du continent.

La clef pour créer l’«Eurasie» était de rejeter un programme étroitement nationaliste qui pourrait repousser des alliés potentiels. Il citait le théoricien de la Nouvelle Droite Jean-François Thiriart, qui avait déclaré que «la principale erreur d’Hitler avait été de tenter de rendre l’Europe allemande. Il aurait plutôt dû tenter de la rendre européenne». La Russie, par conséquent, ne devrait pas créer un Empire russe, mais un Empire eurasiatique.

«L’Empire eurasiatique sera construit sur le principe fondamental de l’ennemi commun: le rejet de l’Atlantisme, le contrôle stratégique des États-Unis, et le refus de voir les valeurs progressistes libérales nous dominer», écrivait Douguine.

Cela ne semblait pas être un problème qu’en 1997 cette idée passe pour complètement folle. Le PIB de la Russie était alors inférieur à celui des Pays-Bas, et la force extraordinaire qu’avait été l’Armée rouge venait d’être battue sur le champ de bataille et contrainte à une paix humiliante par un groupe disparate d’insurgés tchétchènes.

Conspirations

C’était une période de l’histoire russe où les analogies avec la République de Weimar étaient nombreuses, et le livre de Douguine témoignait du fait que les mêmes forces sombres qui avaient été radicalisées par la chute de l’Allemagne pendant l’entre-deux-guerres semblaient prendre l’ascendant en Russie. Le livre prêchait que l’humiliation du pays était le résultat de conspirations étrangères. La jaquette était ornée d’un symbole runique évoquant la svastika, connu dans les cercles occultistes comme l’«étoile du chaos», et le livre lui-même dressait un portrait favorable de plusieurs extrémistes de droite et nazis. Comme si les parallèles avec le Troisième Reich n’étaient pas assez nombreux, il appelait à la formation un «axe» géopolitique qui inclurait l’Allemagne et le Japon.

Les Fondations partait de l’idée que la politique réelle se jouait derrière un voile d’intrigues, selon des règles que les élites et les régimes du monde entier internalisaient depuis des siècles à l’abri de leurs bastions de privilèges mais répugnaient à laisser voir en public. L’idée n’était pas difficile à vendre à un public avide de conspirationnisme et le livre était vêtu de tous les attributs ésotériques d’une initiation à un savoir secret: inscriptions runiques, cartes géographiques obscures pleines de flèches et de hachures et présentations d’éminence grises inconnues de la diplomatie mondiale.

La dépendance de l’être humain à la géographie n’est apparente que lorsque l’on s’approche de très près du sommet du pouvoir

Mais il comportait également juste ce qu’il fallait de faits avérés soutenant des conclusions fantastiques pour que le lecteur soit constamment intrigué, de la même façon que les adeptes de la pratique du ouija sont souvent extrêmement impressionnés lorsque la «goutte» leur apprend quelque chose qu’ils croient déjà savoir.

Main dans la main avec l'armée

Selon Douguine, il s’avèrerait que si la géopolitique reste dans l’ombre, ce n’est pas parce que ses praticiens sont fous, désespérément difficiles à comprendre ou parce qu’ils ont été poursuivis aux procès de Nuremberg, mais plutôt parce que les hommes en place s’assurent qu’elle ne soit pas connue… Ou plutôt, comme le soutient Douguine, «parce que la géopolitique donne à voir trop ouvertement le mécanisme fondamental de la politique internationale, que certains régimes préfèrent le plus souvent cacher derrière une rhétorique brumeuse et des schémas idéologiques abstraits».

Les Fondements était plus sobre que les précédents livres de Douguine, mieux argumenté, et dénué de références occultistes, de numérologie, de néo-traditionalisme et de métaphysique excentrique. En réalité, il est tout à fait possible que Douguine ait reçu une aide significative de la part de personnes haut-placées à l’Académie de l’État-major, où il était toujours enseignant. Douguine n’a pas essayé de cacher ses liens avec l’armée: sur la première page il désigne le général Nicolaï Klokotov, son principal collaborateur à l’Académie de l’Etat-major, comme son co-auteur et son inspirateur principal (bien que Klokotov assure que non).

Science du pouvoir

Cette association intelligente avec l’armée a en revanche donné au travail de Douguine une forme d’autorité et une apparence de respectabilité bien officielle, et généralisé l’idée, comme sortie des pages d’un de ses propres pamphlets, qu’il était la figure de proue d’une supposée conspiration de jusqu’au-boutistes dans l’«État profond» russe. Il n’est pas impossible que cela ait été le cas.

Douguine aspirait clairement à parcourir les couloirs du pouvoir, et s’est efforcé de défendre ses idées auprès de ceux qui les peuplaient. Il tient que seuls ceux qui comprennent les impératifs de la géographie et de la puissance peuvent être considérés comme qualifiés pour être à la barre de l’État:

«La dépendance de l’être humain à la géographie n’est apparente que lorsque l’on s’approche de très près du sommet du pouvoir. La géopolitique est une vision du monde par le pouvoir, une science du pouvoir, pour le pouvoir.»

Bien sûr, il était entendu pour Douguine que l’URSS devait être reconstituée, la Géorgie démembrée et l’Ukraine annexée: «L'Ukraine, en tant qu’État indépendant aspirant à certaines ambitions territoriales, représente un immense danger pour toute l’Eurasie.» L’Azerbaïdjan, en revanche, pouvait être cédé à l’Iran en échange d’un «axe Moscou-Téhéran». La Finlande pouvait être annexée à la province russe de Mourmansk, tandis que la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce pouvaient rejoindre la Russie en tant que «Troisième Rome» orthodoxe, ou en tant que Sud russe.

La destinée de la Russie

L’autre question que le livre expédiait un peu rapidement, en dépit du style érudit et de l’ambition d’exhaustivité de Douguine, était celle du pourquoi la Russie aurait besoin d’un empire. Des penseurs russes, d’Alexandre Herzen à Andreï Sakharov, ont maintenu que l’empire était le principal responsable d’un éternel retard russe. Peu se risqueraient à soutenir que les dysfonctionnements de la Russie contemporaine et le manque d’un statut et d’une influence proportionnels à ses ambitions sur la scène internationale puissent être causés par son manque de taille. Après tout, elle reste le plus vaste pays du monde, malgré la perte de 14 territoires postsoviétiques.

L’influence des Fondements a été profonde en terme de ventes de libres, mais elle était plus profonde encore lorsque mesurée par le vrai outil de comparaison de l’auteur: le plagiat

De plus, la civilisation fondamentalement continentale de la Russie n’était pas uniquement un stratégiquement rivale de puissances maritimes, mais également autre sur le plan culturel et civilisationnel, de façon inhérente plus hiérarchique et autoritaire que le monde atlantique, plus mercantile et démocratique. Douguine soutenait que l’empire était le seul moyen d’arrêter la marche du libéralisme, qui était antithétique au système de valeurs de la Russie.

L’influence des Fondements a été profonde en terme de ventes de libres, mais elle était plus profonde encore lorsque mesurée par le vrai outil de comparaison de l’auteur: le plagiat. Comme le dit Douguine lui-même, ses idées étaient devenues un «virus». Elles étaient maintenant réimprimées dans des dizaines de manuels similaires, lesquels portaient tous sur les théories de Mackinder, Haushofer et d’autres. Les librairies russes commencèrent à inclure des sections «géopolitique», la Douma forma un comité de «géopolitique» où se pressèrent les députés du parti dit «Libéral Démocratique» de l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski.

Boris Berezovski, oligarque influent et homme des coulisses du pouvoir, conclut en 1998 son passage dans l’émission de débat Le Héros du Jour en affirmant: «Je voudrais juste dire quelque chose d’autre: la géopolitique est la destinée de la Russie». La géopolitique était devenue comme l’affirmait Douguine un «logiciel libre». Il avait écrit le programme et tout le monde l’avait copié.

Cet article est adapté du nouveau livre de Charles Clover, Black Wind, White Snow: The Rise of Russia’s New Nationalism.

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