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Face à Trump, la presse américaine a renoncé à l'impartialité

Temps de lecture : 2 min

Les journalistes revendiquent une fidélité aux faits plutôt qu'une égalité de traitement entre les candidats.

Trump I JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Trump I JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Un défi sans précédent. Le Guardian pose la question difficile à laquelle doivent faire face tous les journalistes américains qui couvrent la présidentielle américaine: «Si vous avez l'intime conviction que Donald Trump est un démagogue qui souffle sur les braises du racisme et du nationalisme et tout ce qu'il y a de pire dans ce pays, qu'il s'acoquine avec des dictateurs opposés aux intérêts de l'Amérique et qu'il serait dangereux de lui confier l'arme nucléaire, comment est-ce que vous êtes sensés faire votre travail?»

Le quotidien britannique pose un simple constat: la presse américaine a perdu toute impartialité dans son traitement de Donald Trump, au mépris d'un certain idéal journalistique. En novembre dernier, on relayait, par exemple, que plusieurs médias américains n'hésitaient plus à comparer celui qui était alors candidat à la primaire républicaine de fasciste. Plus récemment, CNN s'est mis à fact-checker les déclarations de Trump dans ses bandeaux, alors qu'il ne le fait jamais pour Hillary. Et maintenant que le candidat est investi, plus une semaine ne passe –sur Slate en premier lieu– sans qu'on nous répète à quel point il est fou, dangereux, une menace pour l'Amérique et le monde.

Les journalistes américains interrogés par le Guardian justifient ce traitement spécial. À l'image de Jim Rutenberg du New York Times: «Le journalisme ne devrait pas se mesurer à l'idée qu'un des camps de la campagne se fait d'un juste traitement. L'important, c'est de dire la vérité au public, de s'attacher aux faits. Il faut pouvoir faire face au jugement de l'histoire.»

Lutter face aux mensonges

Faut-il regretter ou au contraire encourager un tel traitement? Le journaliste Peter Preston fait remarquer que les règles d'équités qui encadrent les campagnes à la télévision obligent à donner un même temps de parole à chacun et qu'il est donc plus difficile dans ces conditions de lutter contre les candidats qui s'appuient sur le mensonge, citant en exemple le camp du Brexit.

On peut aussi opposer qu'un tel traitement ne fait qu'accroître la défiance d'une partie de l'électorat envers les médias traditionnels, renvoyant chaque camp vers ses propres sources d'information. À ce titre, il serait contre-productif puisqu'au final, les médias ne prêcheraient plus les faits qu'aux convaincus. De même, il pourrait encourager une frange grandissante de l'électorat vers un vote plus contestataire pour remettre en cause l'establishment.

En attendant, la machine médiatique anti-Trump bien aidée par l'accumulation de bourdes du candidat républicain semble pour l'heure fonctionner. Comme on l'écrivait le 11 août dernier, «en deux semaines, le site spécialisé dans l'analyse des sondages FiveThirtyEight a fait passer, dans l'un de ses modèles statistiques, les chances de Donald Trump de remporter l'élection présidentielle américaine de près de 50% le 30 juillet à moins de 15% ce 11 août

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